Une étude conclut que les pôles technologiques africains remettent en question l’hégémonie des universités traditionnelles en tant que sources de production de connaissances et sont de mieux en mieux adaptés à une économie de la connaissance en évolution rapide.

Alors que les universités traditionnelles font face à des ressources limitées, à un engagement insuffisant de l’industrie et aux limites des connaissances disciplinaires institutionnelles, les pôles technologiques sont efficaces dans la création de valeurs économique et sociale à travers la création de nouveaux emplois, la stimulation de l’écosystème entrepreneurial et l’amélioration de la qualité de vie des groupes socio-économiques pauvres.

Selon l’étude, les pôles technologiques devraient adopter un modèle de collaboration pour l’innovation, rassemblant les universités, les gouvernements et l’industrie afin de créer des emplois et améliorer les moyens de subsistance.

“Les hubs sont mis en place pour outiller la main-d’œuvre africaine afin qu’elle puisse répondre aux nouveaux modèles avec de nouveaux types de travailleurs qualifiés et adaptés à l’industrie 4.0”

Oluwaseun Kolade, De Montfort University

Au cours des cinq dernières années, les pôles technologiques africains sont passés de 314 en 2016 à 643 en octobre 2019, indique l’étude publiée dans le numéro de décembre 2020 de Technological Forecasting & Social Change.

« Notre article est une réflexion critique sur l’état de l’éducation sur le continent, se demandant qui sont les acteurs du pôle technologique dans le paysage de la production de connaissances et que font-ils différemment », déclare Oluwaseun Kolade, co-auteur de l’article et professeur associé d’entrepreneuriat et de développement international à De Montfort University au Royaume-Uni.

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Oluwaseun Kolade

Ce dernier et ses collègues ont examiné le mLab sud-africain ainsi que des études de cas sur les pôles technologiques au Nigeria, au Kenya et en Ouganda. L’accent était mis sur la capacité de ces pôles à relever les défis du secteur de l’éducation, à générer des innovations et à contribuer aux besoins économiques et sociaux.

« Les pôles technologiques sont flexibles et installés pour créer de la valeur économique et sociale. Ils ont une approche multipartite consciente qui leur permet de toucher le secteur public et l’industrie pour faire une différence », déclare Oluwaseun Kolade.

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Les pôles ont également révélé qu’ils sont des créateurs d’emplois, contrairement aux universités qui produisent généralement des demandeurs d’emploi. « Les pôles technologiques produisent des personnes dotées de capacités innovantes et de compétences entrepreneuriales qui contribuent à créer des emplois plutôt qu’à rechercher des emplois qui n’existent peut-être pas », explique Oluwaseun Kolade à SciDev.Net.

Cela est particulièrement pertinent compte tenu de la transition mondiale vers la quatrième révolution industrielle (4IR). « Les hubs sont mis en place pour outiller la main-d’œuvre africaine afin qu’elle puisse répondre aux nouveaux modèles avec de nouveaux types de travailleurs qualifiés et adaptés à l’industrie 4.0 », dit-il.

Selon le Forum économique mondial, la population en âge de travailler de l’Afrique subsaharienne devrait dépasser les 600 millions d’ici 2030 ; les compétences en sciences, en technologie, en ingénierie et mathématiques et en technologies de l’information et de la communication étant essentielles pour le développement futur du continent.

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Les universités n’ont peut-être pas actuellement la capacité de répondre à ces besoins économiques croissants, déclare Lucienne Abrahams, directrice du Learning Information Networking Knowledge Center de l’Université du Witwatersrand à Johannesburg en Afrique du Sud.

« En définitive, les pôles technologiques défient les universités en tant que producteurs de connaissances dans le domaine de l’habilitation des technologies numériques, car très peu d’universités africaines concentrent leurs investissements, leurs ressources et leurs énergies sur l’innovation numérique», dit-elle.

Collaboration

La collaboration entre les universités et les pôles technologiques peut ainsi contribuer au partage des connaissances entre les établissements, ce qui se traduirait par une valeur ajoutée pour les universités ainsi que pour les pôles technologiques.

« Mais cela n’est possible que si les universités s’intéressent et s’engagent dans la recherche et l’innovation avec des objectifs de développement spécifiques», dit-elle.

À cette fin, le document suggère que les pôles technologiques adoptent un modèle de collaboration à trois axes pour l’innovation, où les pôles technologiques stimulent des partenariats avec les universités, le gouvernement et l’industrie.

« Alors que les universités devraient chercher activement à intégrer les pôles technologiques dans la structure de leurs programmes, nous pensons qu’il serait mieux pour les pôles technologiques de prendre les choses en main et de pousser les universités à faire les choses autrement », déclare Oluwaseun Kolade.

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« Nous avons constaté que la mobilisation des ressources et les stratégies des pôles technologiques sont supérieures et plus efficaces que les celles des universités traditionnelles, car elles peuvent s’affranchir des contraintes des systèmes de connaissances institutionnalisés », déclare ce chercheur.

Les pôles technologiques ont besoin d’une réponse crédible à la façon dont ils s’intègrent dans l’infrastructure de l’enseignement supérieur, déclare Lucy Heady, PDG d’Education Sub – Saharan Africa, une organisation à but non lucratif opérant au Ghana, au Kenya et au Royaume-Uni.

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« Les arguments les plus convaincants viendront du suivi des progrès et de la démonstration de ce qu’ils font pour l’employabilité des jeunes grâce à l’incubation, au mentorat et au financement », explique l’intéressée.

Elle fait savoir à SciDev.Net que « quand on évoque la transformation d’un secteur de la technologie et d’un secteur de l’éducation dominés par les hommes, il est essentiel d’aborder la manière dont ils soutiennent les femmes ».

« Le secteur doit s’assurer qu’il est le moteur d’une croissance inclusive et d’un emploi inclusif pour les jeunes.»

La version originale de cet article a été produite par l’édition de langue anglaise de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.

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