Interpellé sur comment il a fait pour devenir célèbre, s’offrant en prime une belle voiture et un beau appartement lui à qui l’on ne connaît aucune source de revenus, le boute-en-train Pawlish répondit : «khana di wakh wakhi doff».

En français, littéralement, cela donne : «raconter des absurdités». Cette réponse crue a le mérite d’être d’une rare honnêteté. Le gus, en réalité, n’est pas aussi déglingué que veulent le croire certains. Sa lucidité est frappante pour avoir compris qu’au Sénégal, plus c’est énorme, plus ça passe à la télé et sur les réseaux sociaux. Alors il la joue à fond la caisse. Depuis cette fameuse sortie, des webs Tv et même des télévisions classiques se bousculent au portillon de Pawlish qui s’en donne à cœur joie en faisant ce qu’il sait faire le mieux : «wakhi dof».

Plus il dit des bêtises, plus des gens le regardent. Et, semble-t-il, il commence à exiger d’être payé pour se faire interviewer.

Il n’est pas fou le bonhomme. Il s’est rendu compte que dans notre pays, la sottise rapporte.

Avec l’autre loustic Ouzin Keita et le rappeur raté 10.000 Problèmes, Pawlish est devenu un des nouveaux visages des écrans sénégalais. On fait appel à eux pour booster les audimats et faire exploser les clics au détriment de la sacro-sainte philosophie qui voudrait que la télévision informe, éduque et distrait le grand public.

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Mais faut-il s’en étonner ?

Non ! Il y a longtemps que les télévisions sénégalaises (pas toutes heureusement) se sont éloignées de leur mission. À l’ère du buzz, les choses sont allées de mal en pis. Pour occuper le devant de l’écran, il suffit de se débrouiller pour avoir une vidéo virale sur les réseaux sociaux et le tour est joué. C’est comme ça qu’en 2019, un certain «Ndiaye Dragon» s’est retrouvé chroniqueur dans une émission de télévision. Il était devenu célèbre pour avoir déclaré qu’un dragon se cachait dans une maison à Guédiawaye.

À sa décharge, ce jeune père de famille à l’air sympathique n’avait pas cherché la notoriété. La puissance et le pouvoir d’attrait de la télévision ont été si forts qu’il a cédé à l’appel des caméras avant de retomber dans l’oubli d’un quotidien sans relief. Et c’est là le côté quelque peu ingrat des médias. Ils sont combien, les «bons clients» d’hier à avoir disparu des petits écrans comme par enchantement, sans crier gare ?

Outre ces plaisantins, pour être une bonne tête de gondole pour nos télévisions, il faut ramer à contre-courant de tout ce que dit ou fait les pouvoirs publics. Avoir la critique facile et un argumentaire puisé dans le registre de la démagogie. Un petit ramassis du discours néocolonial est un plus pour asseoir l’image d’un bon candidat cathodique.

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À ce jeu, des personnages ont réussi à se faire une place sur les plateaux de télévision. Il en est ainsi de ce «chroniqueur» de D-Medias, président d’un obscur mouvement pompeusement appelé «Leral Askan wi» qui, à longueur d’émission, se laisse aller dans un discours aussi vaseux que diffamatoire. Un de ses «collègues» de la même chaîne, vieux routard d’une vie dissolue, flirte avec le succès médiatique depuis qu’il a commencé à donner une tonalité scabreuse à ses interventions télévisées.

À l’heure de la Covid-19, les télés ont de nouveaux chouchous dont la particularité est de tenir un discours anti-conformiste macéré de sauce complotiste. Le premier à se signaler dans ce registre est ce directeur d’une célèbre clinique de la place. Après avoir fait le tour des plateaux de télévision, d’abord pour fustiger la stratégie de lutte contre la pandémie, ensuite pour critiquer les vaccins et annoncer qu’il ne se ferait pas piquer, il a finalement fait un virage à 180°. Depuis quelques jours, il s’est fait voler la vedette par un biologiste-chimiste qui partage le terrain anti-vaccin avec un indécrottable syndicaliste qui, en tant qu’enseignant du moyen-secondaire, a réussi la prouesse de s’être prononcé plus sur la Covid-19 que l’ensemble des spécialistes de la santé réunis.

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Dans son livre «La Télé rend fou… mais j’me soigne», l’ancien présentateur du Journal de 20 heures sur TF1, Bruno Masure, a eu cette belle formule : «la télé, c’est comme l’autoroute : pour en sortir sain et sauf, il faut… garder la distance ! Seul remède connu contre les ravages de la mégalomanie, les illusions de la popularité, et les pièges du narcissisme». Nos télés pullulent de tarés qui refusent de se soigner.

Elhadji Ibrahima THIAM

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