Jean-François Kobiané, Professeur titulaire de Démographie à l’ISSP de l’université Joseph Ki-Zerbo au Burkina Faso, a accordé un entretien au magazine d’information de l’IIPE-UNESCO Dakar. Ainsi, il revient sur l’importance et la relation entre démographie et qualité de l’éducation.

Comment l’analyse des tendances démographiques peut-elle contribuer à atteindre l’objectif de l’enseignement de base universel – et en quoi est-ce important ?

Pour atteindre un enseignement de base universel de qualité, il faut d’abord savoir qui l’on vise. La première question à se poser est donc « pour qui » ? En termes démographiques, on parle de population scolarisable, c’est-à-dire la population – par âge, sexe, et autres caractéristiques socio-économiques – pour laquelle on planifiera les services éducatifs.

Pour élaborer des stratégies ciblées, il est nécessaire de disposer de données sur l’effectif de cette population, avant de concevoir son profil sociodémographique et économique. Les autres questions clés que les planificateurs et démographes sont amenés à se poser concernent, entre autres, le nombre total d’enfants d’âge scolaire ou leur répartition géographique selon les principaux découpages administratifs du pays.

L’identification des besoins scolaires des enfants en situation de vulnérabilité est particulièrement importante pour qu’aucun d’entre eux ne soit laissé de côté. Il s’agit en particulier des enfants en situation de handicap, ceux issus des catégories sociales les plus précaires mais aussi ceux qui vivent dans des situations de conflit : enfants déplacés, réfugiés, ou vivant dans des zones rurales isolées.

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À travers ses méthodes d’observation, notamment les recensements généraux de la population, les enquêtes démographiques – et ses techniques ou outils, comme l’analyse démographique, les perspectives ou projections de population, la démographie offre les informations de base nécessaires pour mieux planifier les besoins. La recherche de l’équilibre entre croissance démographique et satisfaction des besoins sociaux a toujours été au cœur des débats de la discipline, et fait de la démographie une science centrale pour éclairer les décisions politiques.

En quoi l’accès généralisé à une éducation et à une formation de qualité peut aider à tirer pleinement parti du dividende démographique ?

L’éducation apparaît comme un levier majeur à différentes étapes du processus de dividende démographique. C’est d’abord un levier d’accélération de la transition démographique.

Cette notion se caractérise par un recul des naissances, alors que la mortalité a baissé. Si plusieurs facteurs d’ordre socio-économique, environnemental et psychosocial contribuent indirectement à cette transition démographique, certains déterminants impactent directement la baisse de la fécondité : l’âge d’entrée en union, l’utilisation de la contraception ou le recours à l’avortement, par exemple. Or, l’éducation, surtout au-delà du primaire, permet aux filles de retarder leur entrée en vie maritale et donc l’âge où elles deviennent mères. Le niveau d’éducation des individus, en particulier des femmes, va de pair avec leur niveau d’accès à l’information et la possibilité qu’elles ont à recourir aux structures sanitaires et à la planification familiale. Les familles parviennent donc plus facilement à réaliser leurs aspirations en matière de contrôle de naissance.

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Par ailleurs, l’éducation permet aux enfants et aux adolescents d’acquérir des compétences pour réussir leur entrée sur le marché de l’emploi. Au-delà du montant des investissements, les options choisies pour concevoir les politiques éducatives sont particulièrement importantes, notamment en terme d’équilibre entre enseignement général d’un côté et enseignement et formation techniques et professionnelles de l’autre. Mais aussi en terme de cohérence entre l’offre de filières de formation et les besoins de l’économie.

Enfin, à une phase ultérieure du dividende démographique, l’éducation tout au long de la vie, et notamment la formation continue, permet d’accroître la productivité économique des travailleurs. Pour aider la population active à s’adapter aux évolutions constantes, des mécanismes institutionnels d’apprentissage en continu sont nécessaires, tant au niveau public que privé.

La forte croissance démographique du Continent, notamment en Afrique subsaharienne, est-elle une contrainte ou un atout ?

Les deux. C’est une contrainte car elle requiert une forte demande supplémentaire chaque année pour parvenir à fournir des services sociaux et éducatifs de qualité. Par exemple, face à une population de 20 millions d’habitants, dont le taux de croissance naturelle annuel est de 3 %, 600 000 personnes de plus doivent être prises en compte tous les ans dans la planification des différents services. Dans le domaine de l’éducation, les implications financières sont énormes au regard des investissements nécessaires en matière d’infrastructures, d’équipements scolaires ou de recrutement de personnels.

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Toutefois, la forte croissance démographique peut aussi être un atout, surtout si on appréhende la dynamique démographique et les investissements qu’elle implique dans une perspective de long terme. En effet, les tendances démographiques évoluent au gré de plusieurs facteurs, parmi lesquels la généralisation de l’éducation. Par conséquent, si l’on veut tirer parti de ce phénomène, si l’on souhaite avoir dans les prochaines décennies une jeunesse bien formée, compétente et à même de participer à la production de la richesse nationale, l’inertie des phénomènes sociaux et démographiques exige des investissements urgents et adéquats pour les enfants et les adolescents d’aujourd’hui.

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