Dans cette interview accordée à SciDev.Net, le directeur général du CIRMF, Jean Bernard Lekana Douki, évoque le partenariat avec l’IHU de Marseille. Il lève aussi un pan de voile sur la contribution du CIRMF dans la recherche médicale et se prononce sur la polémique que suscite au Gabon les mesures prises pour renforcer la vaccination contre la COVID-19.

Didier Raoult a séjourné il y a quelques jours au Gabon à l’invitation du CIRMF. Pourquoi l’avoir invité ?

La visite de Didier Raoult ou plutôt de la délégation de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) au CIRMF était motivée par le partenariat que nous avons initié il y a plus de dix ans avec l’IHU.

Depuis plus de dix ans, nous travaillons ensemble, nous avons des projets communs, nous formons ensemble des étudiants de niveau master et doctorat. Cette visite a permis de faire un véritable brainstorming sur le partenariat qui lie l’IHU au CIRMF.

Quelle est la substance de ce partenariat et quel en est l’intérêt pour la recherche au CIRMF et au Gabon ?

L’accord cadre que nous avons signé permet d’intensifier ce que nous avons déjà comme partenariat c’est-à-dire densifier la mobilité entre l’IHU de Marseille et le CIRMF. Grâce à ce partenariat, nous allons continuer à développer des projets ensemble.

Et pour cela, il faut aller mobiliser des fonds et derrière, il y a cette mise en commun des ressources dans le but de créer une technopole qui est un pôle de haute technologie pour le diagnostic et la caractérisation des microbes.

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Quelle est la contribution du CIRMF dans la recherche sur des maladies comme la COVID-19 et Ebola entre autres ?

Le CIRFM, c’est plusieurs unités de recherches autour des maladies infectieuses, des microbes. Le CIRMF a énormément travaillé sur le paludisme. On a une grande unité qui travaille sur la résistance aux antipaludiques. Par exemple, cette unité a été la première au monde à montrer que l’usage des nouveaux antipaludiques engendrait des modifications génétiques.Cette unité travaille également sur les autres maladies parasitaires. Le CIRMF a aussi fait énormément de travaux sur les bactéries, particulièrement la résistance aux antibiotiques. Sans oublier des travaux sur la virologie, notamment, le HIVEbola, la rougeole et tout autre virus impliqué dans les fièvres. Tels que chikungunya, Dengue, ainsi que les virus impliqués dans les diarrhées.

Concrètement, la contribution du CIRMF à la recherche est basée sur le diagnostic, la caractérisation des microbes, et la surveillance.

Et qu’en est-il de la COVID-19 ?

Sur la COVID-19 particulièrement, nous avons été parmi les premiers à alerter l’Africa CDC du danger qui allait arriver de Wuhan dès janvier 2020. Nous sommes à la pointe du diagnostic, c’est nous qui avons formé les premiers agents et installé les premiers laboratoires de diagnostic COVID-19 à Libreville. Le CIRMF est d’ailleurs sorti du Gabon pour aller former et installer des laboratoires en Guinée Equatoriale.

Nous avons été parmi les premiers à dire que ce coronavirus allait connaitre des mutations. Nous avons été parmi les premiers à faire du séquençage et à déposer ces séquences sur les banques de données internationales. Et avec le séquençage, nous avons mis en évidence l’introduction des variants dans le pays. Aujourd’hui, nous faisons de la surveillance de ces variants.

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Le CIRMF ne mène-t-il pas des recherches dans le sens de trouver des traitements, vaccins contre ces maladies ?

Aujourd’hui, les essais cliniques ne rentrent pas dans les champs d’action du CIRMF. Nous nous focalisons sur le diagnostic, la caractérisation des pathogènes et la veille.

Peut-être que dans le développement que le CIRMF va connaitre, on fera des essais cliniques et proposer des traitements. Mais, pour cela, il faut des équipements bien spécifiques que le CIRMF n’a pas aujourd’hui.

Au Gabon, certaines structures ont mis en place des procédures tendant à obliger les employés à se vacciner contre la COVID-19. Quelle est votre opinion, en tant que chercheur, sur ces mesures ?

Je ne pense pas que le fait de monter d’un cran sur la prévention soit un durcissement. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on est en face d’une maladie nouvelle, qu’on ne connait pas. Nul ne peut aujourd’hui se prévaloir d’une expertise incontestée, incontestable sur la COVID-19. Chaque jour on apprend une nouvelle chose.

Les moyens qu’on a aujourd’hui, ce sont les mesures barrières et le vaccin. Sur les maladies infectieuses, la vaccination est la meilleure arme qu’on puisse avoir. C’est grâce à la vaccination qu’on a pu éliminer la variole, c’est grâce à la vaccination que le Gabon est aujourd’hui considéré comme un pays poliomyélite free, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de poliomyélite au Gabon. Donc, un vaccin, c’est la meilleure arme qu’on peut avoir.La polémique sur le vaccin contre la COVID-19, il faut l’analyser face à cette maladie. Il y a des personnes à risque qui, une fois contaminées, sont condamnées. Pour mieux protéger ces personnes, il vaut mieux les vacciner. Il vaudrait mieux que la prévention soit à un niveau un peu plus élevé et cela passe par la vaccination.

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C’est pour ça que les plus hautes autorités de ce pays ont choisi de vacciner et incitent davantage les populations à se faire vacciner. C’est pour le bien de la population.

Y a-t-il au CIRMF une stratégie pour encourager les jeunes étudiants à embrasser une carrière de chercheurs ?

La stratégie, c’est la formation. Le CIRMF travaille en étroite collaboration avec les universités. Nous accueillons les jeunes étudiants dans le cadre des différents stages afin de leur donner goût à la recherche de haut niveau. Puisque le CIRMF s’aligne sur des standards internationaux. Derrière, on les encourage. On leur donne un plateau technique exceptionnel et des conditions exceptionnelles pour pouvoir travailler.

L’autre point sur la stratégie, c’est la communication. Les chercheurs du CIRMF communiquent sur leurs travaux afin de montrer aux jeunes les bienfaits de la recherche.

Par Scidev

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