Issus des différents coins et recoins du Sénégal et d’Afrique, des étudiants sénégalais et africains ont présenté, hier à Somone, une dizaine de projets technologiques innovants susceptibles de booster considérablement le développement du continent. C’était à l’occasion de la sortie de la première promotion de Dakar American University of Science and Technology (Daust). Le grand absent à ce rendez-vous de l’excellence, c’est l’Etat très prompt à afficher son intérêt pour le développement des STEM.

C’est une école pas comme les autres. Loin de la littérature des chiffres qu’on a coutume de voir dans nombre d’écoles et universités du Sénégal, ici, la maitrise des STEM (Science, Technology, Engineering, et Mathematics) est une réalité concrète. A la Dakar American University of Science and Technology (Daust), dès la première année, les pensionnaires commencent à chercher et à trouver des solutions qui sortent de l’ordinaire. Intelligence artificielle, valorisation des déchets plastiques, lutte contre la mortalité maternelle et infantile, la robotique, plusieurs domaines sont explorés, de la première jusqu’à la cinquième année, par des passionnés de sciences et de technologies.

Hier, à l’occasion de la sortie de la première promotion, les étudiants ont présenté 15 projets technologiques, les uns plus innovants que les autres. Etudiant en première année, Sénégalais ayant passé l’essentiel de son cursus en Guinée, Mame Moussa Sène ne regrette pas son choix suggéré par les parents. Il témoigne : ‘’C’est vraiment une grosse opportunité d’être là. Comme vous pouvez le voir avec cette expo, on n’est pas tout le temps sur nos cahiers, on n’est pas toujours là à faire de la théorie ; on associe la pratique à la théorie et c’est vraiment un avantage. C’est toute la différence entre Daust calquée sur le modèle américain et la plupart de nos écoles et universités.’’

Passionné de technologie, le nouveau pensionnaire de Daust a réussi, en seulement quelques mois, à mettre en place un système d’intelligence artificielle permettant de remplacer l’homme par la machine dans le domaine des jeux. Pour un début, il a choisi le titris. Il explique le principe : ‘’L’intelligence artificielle est une simulation de l’intelligence humaine. On s’interroge sur le cerveau humain, on essaie de voir comment il fonctionne, et on essaie de reproduire la même chose avec la machine, à travers des codes.’

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la machine prend nettement le dessus sur celui qui l’a fabriqué. ‘’Pour vous donner une idée, ce score sur le tableau illustre nos performances respectives. Moi, j’ai joué pendant 5 minutes pour un score de 11. La machine, elle, a fait 64 pendant seulement 2 minutes’’, rigole le spécialiste. Avant de préciser : ‘’En fait, c’est juste un exemple parmi tant d’autres. On peut adapter l’intelligence artificielle à plusieurs types de jeu. Par exemple, pour Fifa, tu entends parfois quelqu’un dire qu’il joue contre l’ordinateur. En fait, il joue contre l’intelligence artificielle.’’ Sauf que s’il est possible de gagner dans ce dernier exemple, avec le système de Mame Moussa, on perd à tous les coups. Du moins jusque-là.

Elève au lycée LCB de Dakar, Amadou Tidiane venu visiter l’exposition ne cache pas son enthousiasme. ‘’Comme je suis un grand joueur, c’est l’un des projets qui m’a le plus marqué. C’est un projet qui permet de mettre l’ordinateur à la place de l’homme. Nous avons remarqué que l’ordinateur ne perd jamais. On doit donc pouvoir s’entrainer avec et cela peut nous être utile dans des compétitions comme le jeu de dames. Vu que la machine ne perd pas, il s’agira d’adopter les mêmes réflexes pour avoir de meilleurs résultats. Lorsqu’on parvient à battre la machine, on saura qu’on est au top’’, analyse-t-il sous les acquiescements de ses camarades.  

Le cadenas intelligent pour lutter contre l’insécurité

Etudiant en 5e année, membre de la promotion sortante, Mouhamadou S. Diop est tout heureux d’être de la première cohorte d’élèves qui ont eu à fréquenter l’école. Très enthousiaste, l’habitant de Sicap a présenté son projet dont le premier prototype est déjà disponible. Il s’agit d’une solution très innovante et pratique pour combattre l’insécurité. Il explique : ‘’C’est un projet pour développer un smart cadenas, c’est-à-dire un cadenas intelligent qui donne des informations en temps réel sur la position, l’état du cadenas… C’est pour lutter contre l’insécurité.’

Avec la solution de Mouhamadou et sa team, c’est à coup sûr moins de vols qui aboutissent. En fait, il s’agit d’un cadenas doté d’un système d’alarme, de GPS et de smsing pour permettre au détenteur non seulement de suivre sa marchandise, s’il est convoyé par exemple à bord de conteneurs, de réagir vite si quelqu’un essaie de le défoncer. L’Ingénieur en mécanique précise : ‘’Il y a deux moyens de recevoir des sms. Le premier, c’est le propriétaire lui-même qui demande l’information. Il la reçoit où que les bagages puissent se trouver. Le deuxième, c’est quand, par exemple, on essaie de toucher au cadenas pour voler. Là, l’envoi du sms est automatique. Aussi, le système d’alarme est déclenché… Aussi, il y a un GPS qui permet de le localiser. Ce qui nous permet de suivre nos bagages en déplacement.’’

Pour développer un tel projet, Mouhamadou et ses amis ont su compter sur l’entreprise partenaire dirigée par Mme Diagne Oumy Ndiaye. Selon cette dernière, il s’agit là d’un partenariat très utile entre l’école et le monde de l’entreprise. ‘’Ce prototype, souligne-t-elle, on l’avait acquis et nous l’avons donné à Daust, parce qu’on a voulu le tropicaliser. Daust a retravaillé le produit à partir de rien, en créant les circuits intégrés et en y ajoutant d’autres capteurs de température, d’alarme… C’est un big challenge et si tout se passe bien, il s’agira de le fabriquer à grande échelle et de le commercialiser. Nous sommes vraiment contents du travail qui est en train d’être abattu.’’

L’objectif, insiste-t-elle, est de mettre en place une plateforme qui va permettre de disséminer le produit à travers les pharmacies, les véhicules qui transportent des marchandises, les magasins et autres grandes surfaces notamment. ‘’La particularité, c’est que ce sera une technologie maitrisée localement. La maintenance pourra donc se faire sur place. Et il sera possible d’en produire autant que nous voudrons, parce que nous maitrisons les coûts de production’’.

Revenant sur les potentiels clients, elle n’oublie pas les organismes publics spécialisés dans la sécurité. ‘’Nous visons également tous les organismes : que ça soit l’armée, la police, la gendarmerie, la douane qui ont besoin de sécuriser des entrepôts, des véhicules transportant des marchandises ou produits dangereux… Plus besoin de mettre des gardiens, puisque le produit va permettre de sécuriser totalement les lieux et la porte d’entrée’’, s’enflamme le bailleur.

Yaay ak Doom pour diminuer la mortalité maternelle et infantile

A l’instar des projets susvisés, d’autres ont été exposés par les étudiants. Au total, ce n’est pas moins de 15 projets portés par des élèves et étudiants très euphoriques. A côté de Seynabou Faye, étudiante en 4e année, est placé un joli miroir avec un écran tactile bordé de bois. Elle l’appelle affectueusement ‘’Yaay ak Doom’’. Elle présente : ‘’On s’est rendu compte qu’au Sénégal, le taux de mortalité maternelle et infantile est très élevé. On a été à Kédougou pour voir quels sont les problèmes auxquels les femmes sont confrontées. On a vu qu’il y avait les infections, les hémorragies, le déficit de médecins… Nous avons essayé de voir comment remédier à ces problèmes.’’

Ainsi est né ‘’Yaay ak Doom’’. Un miroir équipé de capteurs qui permet de traquer le poids de la femme durant les neuf mois de grossesse, de voir si le niveau d’oxygène dans le sang, le nombre de battements du cœur est normal… ‘’Nous avons voulu créer une application qui permet de joindre un médecin facilement, quelle que soit notre position géographique, ainsi que toutes les solutions pour faciliter la vie aux femmes enceintes dans le monde rural, en vue de réduire la mortalité maternelle. Aussi, il permet de digitaliser les carnets de santé, d’envoyer des conseils… C’est aussi doté d’une échographie pour marquer les différents résultats’’, explique celle qui a déjà travaillé sur pas mal de projets depuis qu’elle a rejoint Daust grâce à une bourse de la 3FPT.

Un robot pour aider la Senelec à nettoyer ses panneaux solaires

Pour sa part, Djamilla, étudiante en 5e année, a présenté avec son équipe un projet qu’ils sont en train de développer en collaboration avec la Senelec. ‘’Nous travaillons sur ce projet dont le but est de fabriquer un robot qui puisse automatiquement nettoyer les panneaux solaires. On sait que la poussière sur les panneaux empêche l’énergie solaire d’atteindre les cellules photovoltaïques. Cela impacte la performance des panneaux. Certains utilisent le lavage à la main, d’autres le tracteur. C’est le cas de la Senelec. Le problème, c’est l’utilisation massive de l’eau et le coût du carburant. Du coup, notre système est plus pratique, moins polluant, moins coûteux’’, soutient la résidente de Keur Massar qui a eu à bénéficier d’une bourse offerte par M. Ndao, Président de l’école.

Une machine pour remplacer le menuisier

Par ailleurs, l’un des projets qui a marqué pas mal de visiteurs, c’est la machine intelligente qui permet de remplacer le menuisier dans la plupart des tâches qu’il accomplit jusque-là avec la main. ‘’Comme le nom l’indique, informe Serigne Mbacké Ka, étudiant en 3e année, c’est l’artisanat digital. Nous avons voulu digitaliser, mécaniser et automatiser le travail des artisans : menuisiers de bois, métallique, bijoutier…

Comme vous le voyez, on a là un modèle de machine à découpage numérique. Cela permet à l’artisan, au menuisier en l’espèce, de faire seulement le dessin de son produit, de le placer dans l’application et celle-ci va se charger de fabriquer le produit en entier avec une très haute précision. Avec une telle machine, nos menuisiers peuvent par exemple, en une journée, fabriquer un lit, un double-lit, une armoire… Et ce qui rend notre machine unique, c’est qu’on veut permettre un contrôle à distance de notre machine. Quelqu’un pourrait, par exemple, être en France, au Etats-Unis et contrôler la machine.’’

MOR AMAR/ENQUETEPLUS