L’ordre économique mondial est basé sur des modèles de croissance favorisant les échanges internationaux. Il a été, ainsi, largement façonné depuis plus d’un demi-siècle par les termes mondialisation, globalisation, libéralisation financière, décloisonnement, commerce international, coopération et coalition, flux des capitaux, mobilité.

Ces politiques de développement ont permis d’améliorer le bien-être social et contribué à générer des facteurs de croissance à travers le globe. Mais des questions de base demeurent non résolues. Il s’agit notamment de la pauvreté, des inégalités sociales, de la sous-alimentation, de l’accès aux soins sanitaires et de plusieurs autres défis démographiques et sociaux.

Le retour de la frontière

La crise actuelle, causée par la plus grave pandémie de l’histoire contemporaine, vient rappeler l’importance cruciale d’une coopération internationale réelle et effective. Elle invite également à une nouvelle réflexion sur le rôle de l’État. Les pénuries d’équipements médicaux, les limites des capacités de la couverture sanitaire et l’inefficacité des voies de distribution alimentaire suscitent une véritable remise en question de la soutenabilité du modèle suivi dans de nombreux pays au cours des dernières décennies. Pourtant, ce modèle réduit sans cesse les prérogatives de l’État au nom de l’application de la doctrine libérale.

Dans un monde profondément marqué par les inégalités et par la disparité de la distribution des ressources économiques, l’interdépendance est un facteur déterminant de la mondialisation, qui restera toujours un pilier du développement. Toutefois, la fermeture des frontières, les mouvements de rapatriement des étrangers et la fermeture des espaces aériens laissent présager que le monde contemporain – si souvent présenté comme un monde sans frontières dépassant la définition de base des délimitations géographiques – n’est en réalité pas prêt à affronter des défis mondiaux nécessitant une réponse et une synergie universelles. Dès lors, une nouvelle définition de la notion de frontière paraît s’imposer.

Le retour au premier plan, dans le débat public, de la question de la frontière est l’un des faits politiques majeurs de la crise due à la pandémie de Covid-19. Celle-ci a révélé les limites d’un modèle régi par les principes de dérégulation des échanges et de liberté totale de circulation.

La maladie a mis en exergue deux réflexes contradictoires. Le premier se traduit par une course effrénée vers l’importation de médicaments et de masques pour protéger sa propre population. L’autre consiste à entraver la circulation des humains pour empêcher la propagation de la pandémie.

Des travailleurs tunisiens bloqués en Libye s’apprêtent à retourner chez eux en raison de la pandémie de la Covid-19. Fathi Nasri/AFP

Ainsi, les frontières sont envisagées par certains comme une protection des communs, et la relocalisation des activités comme une manière de lutter contre le grand déménagement du monde. D’autres prennent pour prétexte la dénonciation de la mondialisation pour prôner la fermeture des frontières et justifier le rejet de l’immigration.

Sur le vieux continent, l’irruption du Covid-19 a mis entre parenthèses l’Europe sans passeport. C’est ainsi, à titre d’exemple, qu’après avoir déclaré le 11 mars que les fermetures de frontières ne sont pas la réponse adéquate, la chancelière Angela Merkel décidait cinq jours plus tard la fermeture quasi-totale de ses liaisons avec la France, le Danemark, le Luxembourg, la Suisse et l’Autriche. L’idéal d’une Europe sans frontières se trouve sérieusement ébranlé au point que certains redoutent une cassure définitive de l’esprit Schengen.

De son côté, le président américain avait annoncé le 20 mars, alors que les USA ne déploraient que 150 morts, de nouvelles restrictions au passage de la frontière avec le Mexique, faisant clairement le lien entre migrations et Covid-19. Des mesures similaires seront prises postérieurement avec le Canada, ce qui n’a pas empêché le pays de franchir récemment la barre des 100 000 morts.

Les défis futurs et l’importance de l’inclusion économique

La théorie des cycles économiques longs (nous nous référons principalement aux travaux de Kondratieff (1929)) et les scénarios des futurs possibles (qui présentent les réponses envisageables aux grands défis climatiques mais aussi sanitaires) alertent les décideurs et la communauté internationale sur la possibilité d’un passage à un nouveau cycle économique après 2020.

Prenant la suite du dernier cycle commencé à partir de 1950, le nouvel ordre s’appuierait sur un appel à la mise en place d’une économie inclusive basée sur une transition digitale et verte et assurant une nouvelle relation entre l’Homme et la nature, mais aussi renforçant l’accointance entre l’économique, le social et l’environnemental. Il est entre autres crucial de dépasser les externalités négatives de la croissance économique actuelle.

Les grandes tendances dressant les scénarios d’avenir possibles suggèrent l’urgence d’une réponse collective et harmonieuse permettant de juguler les défis multiples du monde à venir : augmentation du nombre de « réfugiés » fuyant les changements climatiques, épuisement des ressources naturelles, mutations des métiers sous l’effet de l’intelligence artificielle et du probable nouveau chômage que celle-ci engendrera, hausse de la cybercriminalité, expansion des nanotechnologies et évolution globale de l’éthique d’utilisation et d’intégration des technologies avancées.

Les efforts de la communauté internationale destinés à définir des conventions, à l’image de la COP21 et de l’Agenda des Nations unies autour des Objectifs pour le Développement durable, visent à instaurer des facteurs de synergie et des orientations universelles communes, encourageant fortement la coopération. À titre d’exemple, dans leur définition de l’objectif 17, les Nations unies stipulent que

« des partenariats efficaces entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile sont nécessaires pour un programme de développement durable réussi. Ces partenariats inclusifs construits sur des principes et des valeurs, une vision commune et des objectifs communs qui placent les peuples et la planète au centre, sont nécessaires au niveau mondial, régional, national et local. »

L’Intelligence artificielle peut-elle favoriser l’inclusion ?

En réponse à ces défis et marasmes annoncés, la mobilité de l’être humain, à côté d’un tracking plus standardisé des échanges de toute nature, s’impose. Comment peut-on sécuriser et faciliter cette mobilité alors qu’existent des problèmes d’accès aux données à côté de la divergence de définition d’identité et d’immatriculation d’un pays à l’autre ? Le problème est plus important du côté de l’être humain du fait des multiples nouvelles tendances et évolution économique tel que l’inclusion financière mais aussi, la cybercriminalité et surtout le grand besoin d’un registre de santé universel.

Aujourd’hui, dans un monde connecté, l’intelligence artificielle pourrait faciliter ces efforts de coopération, à travers des solutions d’identification universelles. De la reconnaissance faciale à la reconnaissance de l’iris, des solutions biométriques émergentes viennent dépasser les failles des empreintes digitales et peuvent offrir des solutions futuristes aux problèmes de mobilité de l’Homme dans des conditions d’extrême danger, et renforcer la coopération sur la voie d’une économie inclusive et d’une meilleure équité sociale nationale et universelle. Ces solutions peuvent être utilisées pour remplacer l’usage des supports de reconnaissance et d’identification ordinaires dans le cadre d’algorithmes respectant l’éthique et les données personnelles.

Certes, la fermeture des frontières comme réponse aux grands risques de contagion d’une pandémie a bien prouvé ses fondements. Il n’en demeure pas moins qu’une meilleure coordination, la standardisation des actions et le renforcement des facteurs de synergie au sens global s’imposent aujourd’hui plus que jamais. Les discussions des mesures de déconfinement et des actions mitigées, d’un pays à l’autre, d’ouverture d’espace des frontières et d’acceptation de l’autre, sont désormais le grand argument de ce besoin d’harmonie, de standardisation et des protocoles universels. L’intelligence artificielle pourra fortement les faciliter à travers un système d’identification universel basé sur des solutions de reconnaissance intelligentes.

 

 

  1. Amira Kaddour

    Professeur associé en finance, Université de Carthage

  2. Lotfi Hamzi

    Professeur en géopolitique, Neoma Business School

Publié par theconversation

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