A chaque fois cité pour mettre de l’ordre dans l’espace médiatique sénégalais, le président du Conseil de régulation de l’audiovisuel (CNRA), Babacar Diagne, note une absence de culture chez beaucoup de professionnels. En plus, il déplore la mauvaise compréhension des missions du régulateur des médias et les ‘’amalgames’’ qui amènent certains observateurs à confondre régulation et censure.

 ‘’Des fois, j’ai été quelque peu déçu de voir des sommités intellectuelles faire des amalgames.

J’ai vu, dans un journal de la place, un professeur d’une grande université du Sénégal dire que le régulateur devrait bien visionner’’ les séries diffusées par les télévisions pour voir leur contenu, avant qu’ils ne soient diffusés, a-t-il déclaré. Dans une interview publiée lundi par le quotidien privé Vox Populi, Diagne dit avoir de même ‘’entendu un prêcheur’’ célèbre ‘’dire qu’il pointe du doigt le CNRA qui, selon lui, doit tout visionner’’. 

Babacar Diagne estime que cette compréhension des missions de l’organe de régulation de l’audiovisuel relève d’une ‘’grosse méprise’’, d’autant plus que cela ne fait pas partie des tâches à exécuter par le CNRA. 

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‘’Ce n’est pas un hasard si on nous appelle le gendarme de l’audiovisuel. Le gendarme est dans la circulation. Quand vous doublez à droite, il vous demande de vous garer. Mais le gendarme ne fait pas la visite technique. C’est exactement la même chose chez nous’’, explique-t-il. ‘’La censure, ce n’est pas la régulation. La censure se passe dans les départements, au ministère de la Culture’’, par le biais d’un comité d’experts chargés de délivrer un visa pour la diffusion des films et séries, après les avoir visionnés, a précisé Diagne selon nos confrères de l’APS. 

Le travail du CNRA ‘’commence quand c’est diffusé. On ne fait pas de régulation a priori. La régulation se fait a posteriori’’, a-t-il soutenu, ajoutant : ‘’Le régulateur gère ce qui est diffusé. Il n’intervient pas avant. Nous n’avons pas inventé la régulation. Cela se passe comme ça.’’ Le CNRA a été amené à prendre récemment des mesures encadrant la diffusion de la série sénégalaise ‘’Infidèles’’, à la suite de plusieurs plaintes relatives à ‘’des propos, comportements et images jugés choquants, indécents, obscènes ou injurieux’’, relayés par cette production audiovisuelle. Les auteurs des plaintes adressées au CNRA pointaient du doigt ‘’des séquences ou propos qui portent gravement atteinte à la dignité, à l’image, à l’honneur et à la réputation de la personne humaine, notamment de la femme, ou encore des séquences ou propos susceptibles de nuire à la préservation des valeurs, sensibilités et identités culturelles et religieuses’’.

Le régulateur gère ce qui est diffusé. Il n’intervient pas avant…

  Le régulateur a ordonné, il y a quelques mois, que des ‘’correctifs’’ soient apportés à certaines séquences d’un autre téléfilm très suivi, ‘’Maîtresse d’un homme marié’’, une série qui était également objet de plaintes. Le président du CNRA, interrogé sur les programmes très critiqués des médias audiovisuels, a répondu : ‘’Malheureusement, il y a beaucoup d’efforts à faire.’’ ‘’Le problème, ce sont les sources d’inspiration.

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Je pense qu’on ne peut pas seulement prendre les faits divers comme source d’inspiration. Aujourd’hui, pour vendre, les gens aiment titiller nos bas instincts. Franchement, les ‘teuss’, les ‘xalaas’, ça existe, mais ça ne doit pas être aussi [dominant]’’ dans les programmes des radios, a-t-il dit, concernant ces émissions consacrées largement aux faits divers. ‘’Il y a tellement de sujets qui peuvent être abordés, mais il y a la prégnance du sexe, de la violence. C’est tout le temps des enfants tués, des bébés assassinés. Je pense qu’il y a beaucoup à faire sur ce plan-là’’, a poursuivi Diagne.

Beaucoup de nos stars de l’audiovisuel ne sont pas cultivées

 Il recommande aussi aux professionnels des médias de se cultiver davantage. ‘’Un journaliste audiovisuel a une notoriété facile. Au bout de trois ans d’exposition, vous êtes très célèbre. Mais il y a un danger : vous êtes exposé, mais vous êtes vide.’’ ‘’Beaucoup de nos stars ne sont pas cultivées. C’est dangereux. Il faut revenir à de meilleures sources d’inspiration. Nous avons des jeunes talentueux dans les télévisions et les radios’’, a-t-il souligné, souhaitant que les professionnels de l’audiovisuel soient mieux formés. Babacar Diagne estime que les médias ont par exemple ‘’un immense rôle à jouer dans l’éducation, pour ressortir le patrimoine culturel historique et le partager’’.

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