Le déploiement de cette nouvelle technologie provoque des réactions hostiles, souvent irrationnelles, parfois justifiées. On fait le point.

«Des antennes 5G ont été glissées dans les masques utilisés dans la lutte contre le Covid.» Cette fausse information a fait le buzz sur les réseaux sociaux au début de l’été, des complotistes affirmant que la petite barre en fer permettant de plaquer le masque sur le nez était en fait une antenne 5G capable de tracer les mouvements des citoyens. Un «hoax» symbole de la crainte qu’inspire cette fameuse nouvelle norme de téléphonie, qui va pourtant faire entrer 2,79 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat. C’est en effet la somme que les opérateurs vont débourser pour avoir accès à ces fréquences au terme d’une série d’enchères. Une belle opération, même si on est loin des 6,5 milliards récoltés par les pouvoirs publics allemands et des 6 milliards d’euros entrés dans les caisses italiennes.

Mais pour les opposants à cette technologie, ces considérations financières sont accessoires et la fronde anti-5G s’installe un peu partout. Des maires écologistes, élus en juin dernier, ont demandé un moratoire. Depuis deux ans, la 5G était expérimentée à Bordeaux, dont Alain Juppé, alors à la tête de la mairie, voulait faire un site pilote, symbole de dynamisme technologique et économique. Elle est aujourd’hui à l’arrêt total et Pierre Hurmic, le nouvel édile écologiste, souhaite un débat public avant de poursuivre l’expérience.

Pour le maire de Grenoble, Eric Piolle, même constat négatif: «La 5G, ça servira surtout à regarder du porno en HD dans l’ascenseur», a-t-il déclaré en juillet dernier, un brin provocateur. Et pourtant, il s’agit bien d’une révolution technologique. Grâce à elle, dans les grands centres urbains on pourra brancher plus de 1 million d’appareils au kilomètre carré avec une connexion optimale. En théorie, elle pourra atteindre 10 gigabits par seconde, soit un débit 100 fois plus important que celui de la 4G. Grâce à elle, le délai de latence, qui est le temps entre le moment où une information est envoyée par un appareil et le moment où elle arrive à destination, sera 10 fois moins important, ce qui permettra de faire fonctionner des voitures autonomes ou de procéder à des opérations médicales à distance.

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Mais tout n’est pas si simple. Car cette révolution annoncée a aussi ses zones d’ombre. Pour cette nouvelle technologie, la Chine a une avance considérable. Dans ce pays, il y a déjà 100 millions de particuliers connectés à la 5G et les acteurs prennent tous les jours de l’avance pour le développement des applications. Avec son géant des télécoms Huawei, la Chine maîtrise les infrastructures nécessaires au développement de ce réseau. Et c’est bien ce qui fait peur à certains dirigeants occidentaux. Ren Zhengfei, le fondateur et P-DG de la marque, est un ancien ingénieur de l’armée chinoise, ce qui ne rassure pas les Etats-Unis qui accusent le constructeur de fournir des informations confidentielles à son gouvernement.

La Grande-Bretagne et la Suède ont déjà exclu l’entreprise chinoise de leur réseau 5G, mais la France a adopté une position plus ambiguë: elle recommande de ne plus prendre Huawei et n’autorise l’installation de ses équipements que pour une durée de trois ou huit ans. Du coup, Orange a renoncé à faire appel à Huawei pour ses équipements et s’est tourné vers Nokia et Ericsson, tout comme Free. Un pis-aller. «On ne peut pas se voiler la face, affirme le cadre d’un opérateur français. Aujourd’hui, en termes de technologie et de prix, c’est bien Huawei qui est incontournable. Les Européens ont dix-huit mois de retard, ce qui pour ce genre de technologie est colossal…»

Selon certains, le développement de la 5G pourrait aussi avoir des conséquences sur la santé, avec l’implantation de dizaines de milliers de nouvelles antennes même si l’Organisation mondiale de la santé assure que, «au vu des études publiées ces trente dernières années, il est improbable que les champs électromagnétiques représentent un grave danger pour la santé». Mais dans le contexte sanitaire actuel, cela ne suffit pas à rassurer les plus inquiets.

Pour l’environnement, la 5G n’est pas non plus sans danger, même si les réseaux devraient être plus économes en énergie. Mais comme les usages vont se multiplier, l’addition pour l’impact carbone devrait être toujours plus importante (+ 30% selon ses détracteurs). Autre point noir: le changement total du parc des smartphones pour accéder à cette nouvelle technologie. Samsung commercialise déjà le S20 dont le prix avoisine les 900 euros. Huawei, toujours lui, mise énormément sur son P40.

Et le prix des forfaits dans tout ça? En Allemagne, le forfait illimité de Deutsche Telekom en 5G coûte 85 euros, soit 5 euros de plus que celui fourni pour la 4G. En Grande-Bretagne et en Espagne, les utilisateurs de la 5G doivent, eux aussi, verser 5 euros de plus. En Italie, où les forfaits sont moins chers, les 100 gigaoctets en 5G coûtent 50 euros. La facture des 59 millions d’abonnements mensuels en France pourrait donc être encore plus salée. Le prix à payer pour aller toujours plus vite.

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