Ce lundi, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont suspendu la vaccination avec AstraZeneca, allongeant la liste des pays ayant pris cette mesure face aux craintes d’effets secondaires.

iffusé à large échelle à travers le monde, le vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 connaît actuellement une très inquiétante remise en question. Jusqu’ici, une dizaine de pays ont suspendu par précaution l’utilisation du sérum après le signalement d’effets secondaires « possibles », au niveau sanguin, mais sans lien avéré à ce stade avec l’injection. D’autres retardent leur campagne, ou rejettent des lots en particulier. Deux morts suspectes, en Autriche ainsi qu’en Norvège, font l’objet d’enquêtes.  

Ce lundi, l’Italie, l’Allemagne et la France, trois poids lourds européens, ont annoncé une suspension de l’utilisation du sérum AstraZeneca à dix minutes d’intervalle. L’Agence européenne du médicament doit se pencher sur la question mardi, avant une « réunion extraordinaire » prévue jeudi, « pour conclure sur les informations recueillies et sur toute autre mesure qui pourrait être nécessaire ». Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) les pays devraient continuer à vacciner avec AstraZeneca. Son groupe d’experts se réunira également mardi. Le point sur la situation. 

La France dans l’attente de l’EMA

En France, la vaccination via le sérum AstraZeneca est suspendue, a indiqué ce lundi, autour de 16h30, le président de la République Emmanuel Macron. Le temps que l’Agence européenne du médicament (EMA) ne rende son dernier avis sur la question, attendu mardi après-midi. 

Un peu plus tôt dans la journée, les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône avaient déjà suspendu leurs injections auprès de leur personnel contre le Covid-19 après la survenue d’effets indésirables chez un pompier. Ce dernier, originaire d’Arles, a été hospitalisé pour une arythmie cardiaque après sa première injection le 8 mars. Il irait « beaucoup mieux », désormais, assure le Sdis. 

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Plusieurs voix s’élevait contre cette suspension. « Ça n’a aucun sens (de) procéder à des arrêts de cette vaccination », s’étonnait ce lundi matin Bruno Riou, cadre de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), sur France Inter. « C’est comme si on disait: « Il y a eu un accident de voiture chez un vacciné, on va interdire la conduite ou supprimer la vaccination ! » 

Vendredi, l’Agence nationale de sécurité du médicament avait recommandé la poursuite de la vaccination à l’aide du vaccin AstraZeneca en France. En dépit d’un taux de signalement d’effets indésirables un peu plus présent que pour les autres vaccins, à 0,66%, contre 0,19% pour Pfizer/BioNTech et 0,12% pour Moderna. 

La veille, le ministre de la Santé Olivier Véran avait estimé qu’il n’y avait « pas lieu de suspendre la vaccination par AstraZeneca à ce stade ». « Le bénéfice apporté par la vaccination est jugé supérieur au risque à ce stade », avait-t-il souligné au cours d’une conférence de presse. 

Les pays qui suspendent : Danemark, Islande, Norvège, Bulgarie, Irlande, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Espagne

Les pays nordiques ont été les premiers à suspendre totalement l’administration du vaccin dans le pays, en attendant plus d’analyses. Le Danemark, d’abord, dès jeudi 11 mars, après des rapports de « cas graves de formation de caillots sanguins » chez des personnes vaccinées (thrombose). 

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Les mêmes raisons sont évoquées par l’Islande, mais également par la Norvège, qui ont pris la même décision. En outre, les autorités sanitaires norvégiennes se sont inquiétées samedi de cas d’hémorragies cutanées chez des personnes relativement jeunes ayant reçu une dose du vaccin AstraZeneca. Si aucun lien n’est encore établi, « ceci est grave et peut être le signe d’une diminution du nombre de plaquettes, » a alerté l’Institut norvégien de santé publique. Une soignante de moins de 50 ans, hospitalisée après avoir reçu une injection du vaccin AstraZeneca, est décédé, a informé la Norvège ce lundi. 

Plusieurs pays ont suivi. Essentiellement par précaution, après les cas relevés dans les pays susmentionnés. Il s’agit de la Bulgarie, de l’Irlande, et des Pays-Bas

Ce lundi, l’Allemagne a également annoncé suspendre l’utilisation du vaccin « à titre préventif », après le signalement d’effets secondaires. L’institut médical Paul-Ehrlich, qui conseille le gouvernement, « estime que d’autres examens (sont) nécessaires », après des cas de formation de caillots sanguins chez des personnes vaccinées en Europe. 

En Italie, les ABV2856 puis ABV5811 avaient déjà été interdits au cours de la semaine précédente. La suspension du vaccin a été généralisé à tout le pays ce lundi. Enfin, l’Espagne a annoncé à son tour cette suspension lundi soir à titre « temporaire ». 

Ceux qui écartent des lots spécifiques : Autriche, Roumanie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg

L’Autriche avait annoncé dès le 8 mars suspendre l’utilisation d’un lot de vaccins AstraZeneca (ABV5300) après qu’une infirmière de 49 ans est décédée de « graves problèmes de coagulation sanguine », quelques jours après avoir été vaccinée. Quatre autres pays européens – l’Estoniela Lettoniela Lituanie et le Luxembourg – ont par la suite également suspendu l’utilisation des vaccins de ce lot d’un million de doses, qui a été envoyé dans 17 pays européens. La Roumanie, comme l’Italie, a elle suspendu le lot ABV2856. 

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Ils retardent leur campagne : Thaïlande, RDC, Indonésie

En conséquence,La Thaïlande et la République démocratique du Congo (RDC) ont retardé le démarrage de leurs campagnes de vaccination avec le vaccin d’AstraZeneca, qui étaient prévues respectivement vendredi et ce lundi. L’Indonésie a prévenu, ce lundi, qu’elle ferait de même, « pour être prudents », en attendant une « confirmation de l’OMS ». 

L’OMS et AstraZeneca démentent tout problème

Le groupe pharmaceutique anglo-suédois affirme de son côté qu’il n’y a « aucune preuve de risque aggravé » de caillot sanguin entraîné par son vaccin, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il n’y a « pas de raison de ne pas utiliser » ce vaccin. 

Le vaccin d’AstraZeneca est sûr, a enfin affirmé lundi son codéveloppeur britannique. Il y a « des preuves très rassurantes qu’il n’y a pas d’augmentation du phénomène de caillot sanguin ici au Royaume-Uni, où la plupart des doses en Europe ont été administrées jusqu’à présent », a déclaré Andrew Pollard, directeur du Oxford Vaccine Group, partenaire d’AstraZeneca dans la conception du sérum. 

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