Si la décision prise par le président du Salvador de légaliser le cours du bitcoin a suscité des frissons d’enthousiasme parmi les fans de la cryptomonnaie, le Fonds Monétaire International (FMI) ne partage visiblement pas leur enthousiasme, et tient à avertir les Etats du risque que pose l’adoption de cette monnaie pour les transactions du quotidien.

« L’adoption du bitcoin comme devise légale soulève un certain nombre de problèmes macroéconomiques, financiers et juridiques, qui requièrent une analyse très détaillée », a ainsi affirmé ce jeudi Gerry Rice, un porte-parole de l’organisation.

« Ce que nous avons dit par le passé, en général, c’est que les actifs crypto peuvent poser des risques importants. Des mesures de régulation efficaces sont cruciales pour les traiter », a-t-il poursuivi.

Un cours légal au bitcoin, une grande première dans le monde

Ces déclarations surviennent alors que le Congrès du Salvador a approuvé dans la nuit de mardi à mercredi par 62 voix sur 84 la proposition d’adoption de la cryptomonnaie par le président Nayib Bukele, quelques jours après que celui-ci a fait une annonce dans ce sens.

Cette loi devrait permettre à terme d’utiliser le bitcoin dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, de l’achat de biens immobiliers aux contributions fiscales.

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C’est la première fois que la très volatile cryptomonnaie décentralisée est reconnue comme une devise, alors qu’au contraire, de nombreux régulateurs en Europe, en Chine ou en Amérique du Nord s’arment contre ce marché qui a explosé ces derniers mois.

Un précédent qui pourrait bien faire des émules : le député paraguayen Carlos Rejala Helman a ainsi affirmé dans un tweet cryptique que son pays avait « une annonce » à faire sur les cryptomonnaies prochainement.

Tout comme le président du Salvador, le député a en outre édité sa photo de profil pour y remplacer ses yeux par des rayons laser, signe de reconnaissance des fans de Bitcoin qui symbolise leur concentration sur la hausse du cours de la cryptomonnaie.

Renforcement des règles applicables aux banques pour les cryptomonnaies

Cette mise en garde intervient alors que le Comité de Bâle veut renforcer les règles applicables aux banques pour les cryptomonnaies, en particulier pour les plus spéculatives tels que le bitcoin, qui doivent selon lui être soumises à des règles plus « conservatrices ».

Ce comité chargé de définir les règles prudentielles pour le secteur bancaire à lancé jeudi une consultation sur une proposition de réforme concernant les capitaux que les banques doivent mettre de côté pour se prémunir contre les risques de défaut, a-t-il indiqué dans un communiqué.

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« L’exposition des banques aux cryptoactifs est actuellement limitée », a fait valoir le Comité de Bâle dans le document de consultation.

Toutefois, « la croissance des cryptoactifs et services associés peuvent potentiellement soulever des inquiétudes pour la stabilité du système financier et accroître les risques auxquels sont confrontées les banques », a-t-il ajouté, évoquant notamment leur « haut degré de volatilité ».

Les cryptomonnaies suscitent également des inquiétudes concernant la protection des consommateurs, le blanchiment d’argent et financement du terrorisme mais aussi leur empreinte carbone.

Le comité de Bâle propose de subdiviser les cryptoactifs en deux groupes, le premier portant sur les actifs qui peuvent être appréhendés avec les règles prudentielles déjà existantes, « avec des modifications et recommandations supplémentaires », précise-t-il.

Il concerne certains actifs traditionnels dits « tokenisés », telles que des obligations ou actions enregistrées avec ces nouvelles technologies, mais aussi les jetons stables (stablecoins), c’est-à-dire adossés à une monnaie à l’image du projet de monnaie numérique de Facebook, appelé Diem, qui doit se caler sur le dollar américain.

Le second groupe englobe les actifs tels que le bitcoin, qui posent des risques « supplémentaires » et plus « élevés » et doivent en conséquence faire l’objet d’un traitement plus « conservateur », insiste le Comité de Bâle.

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Il propose de durcir fortement les pondérations dans les calculs utilisés pour déterminer les sommes que les banques doivent mettre de côté pour se prémunir contre les risques.

Ces derniers mois, plusieurs grandes banques ont mis un pied dans les crypto monnaies après s’être longtemps montrées très réticentes. Si le Salvador a  approuvé une loi qui devrait permettre à terme d’utiliser le bitcoin dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, les cryptomonnaies se sont attiré les foudres de plusieurs pays comme la Chine. Jeudi, plus d’un millier de personnes y ont été arrêtées dans lors d’un vaste coup de filet contre un réseau accusé « d’activités frauduleuses » en lien avec les cryptomonnaies.

(La Tribune avec AFP)

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