Qui parmi nous, joueur de dimanche ou compulsif du Pmu de la Loterie Nationale sénégalaise (LONASE), n’a pas eu à assister à l’arrivée d’un enfant, tout essoufflé, tenant entre les mains un bout de papier comportant une et des combinaisons de jeu et de l’argent, au niveau d’un kiosque dédié ? Sans que cela ne prête, malheureusement, à conséquence.

Le Directeur du service Marketing et communication de la Lonase, El Hadji Malick Mbaye, lui, dégage d’un revers de main, toute responsabilité de son entreprise dans les colonnes de Seneplus.com   

«Il y a une loi qui encadre tous les jeux organisés par la Loterie nationale sénégalaise (Lonase). Les jeux ne sont pas destinés aux enfants de moins de 18 ans. Et si vous regardez toutes les communications faites par la Lonase, vous voyez une interdiction claire et nette que ce jeu soit interdit au moins de 18 ans. Le pari sportif n’est pas une exception à cette règle. C’est tous les jeux. Il y a au moins 5 produits de la Lonase sur le marché et aucun parmi eux n’est autorisé aux mineurs. Nous faisons en sorte que ces jeunes n’accèdent pas à nos produits». Vous m’en direz tant au vu et au su de tous, des kiosques PMU devant les écoles où les plus fidèles abonnés restent des élèves mineurs.

Photo crédit: Image publiée sur le site Seneplus le 04/07/2015: Les mineurs foot de pari, addiction à un jeu de hasard – Auteur: Abdou Mbaye

Nous aurions aimé pouvoir applaudir à cette sortie et nous rassurer que «tout et pour le mieux dans le meilleur des mondes», pour nos enfants. Mais le phénomène internet est encore passé par là !

Entendons, nous bien, internet, c’est tout bénef pour nos loteries nationales. Entre 1Xbet, Premier Bet Sénégal, Instant Loto, Dashing Derby, Vegas et consorts, la Lonase se frotte naturellement les mains : du jeu, vous en voulez, en voilà !

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Pour jouer, rien de plus simple, il faut s’enregistrer. Pourquoi voulez-vous que l’on complique les choses aux parieurs ? Enfin…

Ah oui ! Tout en fait en bas de la page d’accueil, un premier sigle 18+, doublé d’un plus grand -18 barré, assorti cette fois-ci du texte « Le jeu est interdit aux mineurs (-18 ans), même accompagnés d’un adulte », sont censés protéger nos enfants du démon du jeu. Faut-il en rire ou en pleurer ? C’est faire offense au savoir-faire de nos ados d’internautes que de penser que ces restrictions, réellement, vraiment de vraiment, sont de nature à les empêcher de jouer sur cette plateforme. Désolé, mais c’est le minimum syndical qui s’applique à la Lonase en la matière. 

Jugez-en ! En France – notre référence en tout, un accent tout particulier a été mis sur les procédures d’inscription et d’accès aux sites de jeu.

En vertu de l’article 5 de la loi du 12 mai 2010, les opérateurs de jeu « en dur » et en ligne ne peuvent, tout d’abord, financer l’organisation ou parrainer la tenue d’événements à destination spécifique des mineurs.

Ce même article prévoit, en outre, spécifiquement à l’égard des opérateurs de jeu en ligne :

– d’une part, la mise en place, lors de toute connexion au site de jeu, d’un message avertissant que les jeux d’argent et de hasard sont interdits aux mineurs ;

– d’autre part, le renseignement de la date de naissance du joueur au moment de son inscription, ainsi qu’à chacune de ses visites sur le site de l’opérateur.

(…) Plus précisément, toute personne sollicitant l’ouverture d’un compte joueur doit communiquer à l’opérateur, dans le délai maximum d’un mois à compter de la demande d’ouverture du compte :

« 1° La copie d’une carte nationale d’identité, d’un passeport ou d’un permis de conduire en cours de validité justifiant de son identité et de sa date de naissance » ;

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« 2° Un document portant références du compte de paiement […] et attestant que ce compte est ouvert à son nom » (article 4).

Au vu de ce qui précède, faut-il franchir le pas et dire que la Lonase, faute de plus de restrictions en direction des jeunes ados, est en train de contribuer à l’émergence d’une génération de jeunes « accros » au jeu ? Nous n’irons pas jusque-là, mais le fait est que l’heure est grave.

Et, malheureusement, cela ne s’arrête pas là.  Savez-vous qu’il y a plus grave que l’addiction à l’héroïne ? Le Professeur Daniele Zullino, chef de service d’addictologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), impliqué dans le groupe de travail de l’OMS, révèle. «Aujourd’hui, l’addiction à Internet, véhiculée par les tablettes ou les smartphones, est le motif numéro un des consultations chez les jeunes dans le service d’addictologie des HUG, devant le cannabis et l’alcool », explique-t-il. « On retrouve les mêmes changements neurobiologiques que dans l’addiction à l’alcool ou à la cocaïne. Or, contrairement à ces drogues, Internet propose des stimuli de manière concentrée, rapide et toujours disponible. En matière de dépendance, c’est beaucoup plus efficace et pernicieux que l’héroïne. »

Et bonjour la nomophobie, contraction de «no mobile phobia», désignant une forme de pathologie liée aux technologies modernes, notamment au smartphone et à la peur excessive d’être séparé de son smartphone.

Un outil de mesure de la nomophobie a été développé et publié dans la revue scientifique Computers in Human Behavior et a mis en évidence une névrose particulièrement élevée chez les adolescents : 76 % d’entre eux déclarent être angoissés à l’idée de perdre leur smartphone. De plus, 33 % de ces jeunes hyper connectés consulteraient leur smartphone au moins cinquante fois par jour, et parfois même la nuit.

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Il faut y ajouter le syndrome de la sonnerie fantôme (il s’agit de la sensation que votre téléphone portable vibre, alors que ce n’est pas le cas) et la peur de manquer quelque chose (FOMO, fear of missing out) qui est une peur liée à la multiplication des notifications et autres alertes qui sont légion sur les smartphones.

Pour faire simple, ados hyperconnectés, votre smartphone ne vous veut pas que du bien. La dépendance au téléphone menace votre santé mentale ! S’y ajoutent les jeux de pari sportif, nous sommes en train de laisser place à une génération qui potentiellement, pourrait avoir du mal à se sevrer de l’addiction aux jeux.

Photo crédit: Deux jeunes Nigérians consultent leur portable, en 2016 à Lagos. | Stefan Heunis / AFP

Pour reprendre les propos de Charles Sanchez, ce défenseur des droits humains: «Un gouvernement soucieux de l’avenir de sa jeunesse interdit purement et simplement ces jeux de pari sportif en ligne notamment ou tout au moins les régule de façon que les risques de déperdition soient les moins importants possibles. Les jeux en ligne sont comme de la drogue. Ils produisent les mêmes effets. Il y a des choses qui sont au-dessus de l’argent».

Lorsque, pas une mais deux addictions interagissent sur la santé de nos enfants, autorités, parents responsables, sociétés de jeux, citoyens engagés, nous sommes tous responsables : agissons vite ! 

Cheikh Bamba Ndao – 

Digital Manager – Consultant en communication digitale – Blogueur Tech

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