Caroline Diop Faye a été la première député-ministre du Sénégal. Cette voix de l’élite féminine a porté, avec succès, la cause des femmes sous les magistères des Présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf.

Elle nous a quittés le 29 juillet 1992, à Dakar, après une retraite administrative et politique bien méritée. Elle, c’est Mme Caroline Diop née Faye, veuve de l’ancien Ministre Demba Diop, dont le premier stade dit de l’Amitié porte le nom, juste après son assassinat dans la ville de Thiès, en 1967, au cours d’une rencontre entre militants socialistes. Née le 11 juillet 1923, à Foundiougne, dans la région de Fatick, Caroline Diop a eu un parcours digne d’éloges et indissociable du nom de son époux. Elle fut la première femme sénégalaise à siéger en Conseil des ministres sous Senghor puis sous Abdou Diouf, mais aussi à entrer à l’Hémicycle. Elle avait gagné sa place au sein de la République pour devenir une véritable femme d’État.

Origines familiales et études

Toute jeune, elle fréquenta l’école Albert Sarraut, dans sa ville natale, avant de fourbir ses armes intellectuelles dans la capitale de l’ex-Aof, Dakar. «Caro» pour les intimes, est l’une des premières institutrices du Sénégal après son passage à l’École normale des jeunes filles de Rufisque qui fut à l’époque le creuset de l’élite féminine de l’Afrique occidentale française. Elle conduisit les destinées de cet établissement de 1951 à 1962 et s’engagea en politique dans le parti de Senghor. Très vite, elle y gravit les échelons sans brûler les étapes.
Membre du Bloc démocratique sénégalais (Bds), l’enfant de Foundiougne fut la seule femme membre du Bureau politique. Imprimant sa touche personnelle, elle fut la première femme député à l’Assemblée nationale pendant trois législatures (1963 à 1978). Avec cette solide expérience parlementaire, Mme Diop fit son entrée dans le Gouvernement, après les élections de 1978, pour occuper le département de l’Action sociale.
En 1980, à la suite d’un léger remaniement, elle fut nommée Ministre déléguée auprès du Premier ministre d’alors, Abdou Diouf. Ce qui ressemblait à une sanction politique. Présidente du Mouvement national des femmes socialistes, elle avait intégré l’Internationale socialiste en 1976 en tant que Vice-présidente aux côtés de Senghor et Willy Brandt. Son credo était uniquement de faire avancer la cause de la femme sénégalaise. Elle fut ainsi l’initiatrice de l’organisation annuelle de la Quinzaine dédiée à la femme à travers des manifestations sur toute l’étendue du territoire. Elle a porté sur les fonts baptismaux le Code de la famille donnant plus de droits aux femmes et à l’enfant.
Présidente des femmes socialistes, Secrétaire générale adjointe de la Panafricaine des femmes et Vice-présidente du Conseil national des femmes du Sénégal, son combat n’a jamais été d’opposer les femmes aux hommes. C’est elle qui déclarait : «Je suis pour le féminisme. Mais pas le féminisme outrancier. Je suis pour l’égalité entre l’homme et la femme. Mais pas l’égalité mathématique, plutôt celle qui se résout dans la complémentarité. Je ne suis pas partisane d’une promotion au rabais».
Au cours du congrès de son parti à Thiès, elle avait osé protester auprès de son leader, le Président Senghor, pour le fait qu’aucune femme de la ville de Mbour ne soit de la délégation.
Originaire de Foundiougne, Caroline Faye était la fille de Louis Diène Faye, un expert-comptable, militant de la Section française de l’internationale ouvrière (Sfio) où militait Me Lamine Guèye, un des fondateurs du Bloc démocratique sénégalais et de Fatim Diop, descendante de Magne Diop Mbathio du Walo. À l’école des institutrices, elle obtint son diplôme en 1945 en se classant 3ème de sa promotion. Parmi ses condisciples, il y avait Mme Annette Mbaye d’Erneville, 1ère de la promotion, Mme Ndèye Coumba Mbengue Diakhaté (ancien écrivain), 2ème de la promotion, Mme le député Anne Marie Sohaï Sambou de la Casamance, mais aussi Jeanne Martin Cissé de la Guinée, pour ne citer que celles-là.

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Une riche carrière d’enseignante

Grâce à son diplôme, en 1945, elle devint respectivement institutrice à Louga sous les ordres de son mentor, Abdoulaye Sadji de Rufisque, à Thiès, à Matam puis à Mbour où elle dirigea l’Ecole des filles de 1951 à 1962.
Celle que l’on surnommait «La voix des femmes» s’était éteinte à Dakar après son retrait politique. Pour l’immortaliser, la ville de Mbour a donné le nom de son prestigieux stade de football, à l’entrée, à Caroline Faye, l’unique infrastructure sportive dédiée à une femme au Sénégal.


El Hadji Abdoulaye THIAM

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