Du Maroc au Cameroun en passant par le Bénin, portraits de cinq pionniers africains qui révolutionnent le secteur de la e-santé et captent déjà l’attention des investisseurs.

Après l’expérience d’Ebola, le virus de la Covid-19 n’aura fait que confirmer l’intérêt de soutenir leur développement. Les start-up africaines de la santé rivalisent d’idées permettant aux populations et praticiens de mieux s’informer, de mieux échanger tout en simplifiant le parcours des patients, de la prise de rendez-vous au paiement des consultations de télémédecine en passant par la livraison de médicaments. 

Sous-investissement

Alors que 180 jeunes pousses étaient actives en 2020 selon des données compilées par le cabinet Attali & associés, seulement 13 % des innovations dans le secteur sont conçues en Afrique

Les start-up de la santé ont pourtant levé 141 millions de dollars l’an passé, selon l’investisseur français Partech, et ce, à l’occasion de 52 transactions.

S’il a attiré l’attention des investisseurs en 2020 à la faveur de la pandémie mondiale, le secteur souffre encore de sous investissements. De quoi justifier notre choix de mettre en avant quelques entrepreneurs de la santé connectée, résolus à combler les lacunes d’un système qui ne compte à l’heure actuelle qu’un médecin pour 1 000 habitants. 

  • Jean Lobe Lobe – Waspito (Cameroun) 
Jean Lobe Lobe, Waspito

Jean Lobe Lobe n’a pas honte de son ambition. Son but ? Créer le « Facebook de la santé », rien que ça. Pour le moment, Waspito, qu’il a créé en avril 2020 suite à l’électrochoc causé par la mort de son père en 2016, est une plateforme et application qui réunit plusieurs services, de la télémédecine en passant par la livraison de médicaments ou encore des groupes de discussion où praticiens distillent leurs bons conseils aux utilisateurs.

LIRE AUSSI  L’économie collaborative, ce modèle qui irait si bien à l’Afrique.

Objectif, prévenir plutôt que guérir et fidéliser une audience massive. Lancée au Cameroun où elle compte 30 000 utilisateurs sans qu’aucune publicité n’ait été faite, la healthtech qui s’est alliée avec les principaux groupes d’assurance du pays prévoit de s’implanter cette année au Gabon et au Nigeria.

Pour ce faire, l’ancien responsable RH de British American Tobacco pour l’Afrique de l’Ouest prépare une levée de fonds en amorçage de quatre millions de dollars. Accompagné par Orange, qui a injecté 500 000 dollars dans la société en novembre 2020, Waspito compte donc déjà des soutiens de taille.

De quoi nourrir de grandes ambitions pour son fondateur qui prévoit déjà une mutation de son modèle d’affaires du prélèvement de commissions sur les consultations médicales et achats de médicaments vers la monétisation des données de ses utilisateurs à destination des annonceurs du secteur pharmaceutique. 

  • Zineb Drissi Kaitouni – Dabadoc (Maroc) 
Zineb Drissi Kaitouni

L’entreprise marocaine fondée par la trentenaire Zineb Drissi Kaitouni a accueilli fin mai l’assureur Axa (déjà détenteur de 25 % de son capital) et l’opérateur télécoms Orange comme actionnaires majoritaires.À LIRE Benoît Claveranne (Axa) : « Dans la santé, le potentiel en Afrique est immense »

Aux manettes de la désormais ex-start-up, qui propose de la prise de rendez-vous en ligne en langue française et arabe, Zineb Drissi Kaitouni, ex-analyste de Goldman Sachs formée à HEC Montréal, est réputée discrète.

La société qu’elle dirige seule a pourtant été récompensée plusieurs fois, notamment en 2014 par l’incubateur et investisseur Seedstars qui l’a nommée meilleure start-up du Maroc. Fondée en 2013, disponible au Maroc, en Tunisie et en Algérie, Dabadoc devrait pouvoir entrer rapidement sur les marchés nigérian et sud-africain grâce à ses deux nouveaux actionnaires majoritaires. 

LIRE AUSSI  Cloudmania veut aider les entreprises à assurer le suivi de leurs données

  • Sedric Degbo – Rema Medical Technologies (Bénin) 
Sedric Degbo

Médecin généraliste diplômé de l’Université d’Abomey-Calavi en 2017, le Béninois Sedric Degbo a remporté le concours de pitch de Seedstars au Cameroun en 2018. Son ambition : éviter les erreurs médicales qui tueraient selon lui chaque année en Afrique « plus que le paludisme et le Sida réunis ».À LIRE La tech se mobilise contre le coronavirus

Il a donc eu l’idée de créer en 2017 un réseau social dédiés aux praticiens afin qu’ils échangent entre eux leur savoir et leurs retours d’expérience, le Réseau d’échange entre médecins d’Afrique (Rema), qui compte déjà plus de 7 000 médecins à travers l’Afrique de l’Ouest.

La start-up basée à Cotonou a par exemple récemment noué un partenariat avec la Société béninoise de neurologie qui met désormais vingt ans de travaux de recherche à disposition des membres de Rema. Son modèle économique : la monétisation de son audience de professionnels auprès d’annonceurs publics ou privés du secteur de la santé. 

  • Gregory Rockson – mPharma (Ghana) 
Gregory Rockson, le 10 avril 2019, lors des Skoll Awards for Social Entrepreneurship

Incubée chez Microsoft à Tel-Aviv et cofondée par Gregory Rockson, mPharma est basée à Accra depuis sa création en 2013 et fait partie de ces sociétés qui ont bouclé un tour de table au plus haut de la crise sanitaire mondiale. À LIRE Tech, finance, santé… Ce que les investisseurs ciblent pendant le Covid en Afrique

Le fonds britannique CDC a ainsi mené une levée de fonds en série C de 17 millions de dollars, portant le total des fonds levés par mPharma depuis sa création à 53,2 millions de dollars.

Parti du Ghana en 2009 étudier les sciences politiques au Westminster College de Fulton dans le Missouri, Gregory Rockson a créé une plateforme qui fluidifie la communication entre les compagnies d’assurance et les pharmacies pour une meilleure gestion et une meilleure distribution des médicaments à deux millions de patients dans six pays. 

LIRE AUSSI  Cancer du sein : demain, un soutien gorge connecté grâce aux maths ?

Avec 850 pharmacies et 155 hôpitaux au sein de son réseau, elle est identifiée par le World Economic Forum comme l’une des 100 start-up pionnières en technologie dans le monde. 

  • Alain Nteff – GiftedMom et Healthlane (Cameroun) 
Alain Nteff,, jeune inventeur d’une application téléphone pour mieux suivre la santé des femmes enceintes

Pluri-entrepreneur, Alain Nteff a eu l’honneur début 2021 d’être mis en avant par Bill Gates en personne dans une vidéo et un article publiés sur GatesNotes, le blog personnel du milliardaire américain.

À seulement 29 ans, le Camerounais gère deux start-up de e-santé. La première, GiftedMom, s’attache à réduire la mortalité infantile et maternelle dans les pays en développement via un service de suivi des femmes enceintes par SMS et messages vocaux en anglais et en français.À LIRE Start-up africaine de la semaine : Gifted Mom au secours des futures mamans

L’application mobile permet également de s’informer sur les régimes alimentaires à suivre pendant la grossesse et offre la possibilité de consulter des spécialistes.

Healthlane, quant à elle, est basée à Lagos et a levé 2,6 millions de dollars (dont 2,4 millions de dollars en obligations convertibles) en mai 2020. L’application est une concurrente directe de Waspito.

Bénéficiant du soutien du prestigieux incubateur Y Combinator qui lui a ouvert les portes de la Silicon Valley et de deux fonds reconnus, Sequoia Capital – présent au capital du nigérian Opay – et SVB Capital, basé à Palo Alto, elle dispose de 60 000 utilisateurs entre le Cameroun et le Nigeria.

Avec Jeune Afrique

COMMENTAIRES

Je donne mon avis sur le sujet