La crise du covid 19 nous révèle la fin de l’hyper mondialisation, à savoir que le système capitaliste fondé sur les économies ouvertes est entrain de sonner son propre glas. La mondialisation heureuse est terminée. En effet, le système hyper optimisé dans lequel nous étions a révélé sa grande fragilité avec la pandémie du coronavirus.

Nous sommes en train de passer d’un monde optimisé à un monde résilient. Cela va nécessiter que les futurs modèles économiques d’affaires vont s’appuyer sur la dynamique que peut constituer les marchés sous régionaux, plutôt que l’idée selon laquelle « on peut vendre partout dans le monde sur le modèle des entreprises transnationales ».

Ce qui atteste cela, c’est la chute du prix du pétrole qui a atteint son cours le plus bas depuis la crise des années 70. Cette chute du prix du pétrole est la conséquence logique, du confinement décidé par les autorités politiques en Europe et aux Etats-Unis, mais aussi de l’état d’urgence et du couvre-feu chez nous.  

Nous savons que de manière stratégique et surtout par réflexe, les investissements dans le secteur pétrolier sont stoppés lorsque les prix baissent drastiquement, comme c’est le cas actuellement. Cependant, nulle part dans le monde on ne parle de pénurie, mais du fait que beaucoup d’activités économiques et sociales sont arrêtées (confinées) la demande en pétrole a fortement chuté par rapport à l’offre. (A Noter que l’Arabie Saoudite et la Russie viennent de trouver un accord pour baisser la production afin de la faire correspondre à la demande actuelle ; mais qui peut croire à cette volonté de la Russie de Poutine, quand on sait qu’il a tout fait au début de la crise pour asphyxier le pétrole de schiste des Etats-Unis en refusant de faire baisser sa production).

La question à se poser est de savoir est ce que les banques et les fonds de pension peuvent elles se permettre de perdre des sommes aussi importantes ? Qui va payer ? les banques africaines (BCEAO, BAD BOAD etc…) et mêmes américaines et européennes (BM, FMI, BCE etc…) vont-elles pouvoir absorber les conséquences d’un tel choc ? Quels seront les secteurs d’activités économiques gagnants et perdants de l’explosion de la bulle pétrolière ? 

Ces questions doivent interpeller le régulateur des marchés des communications électroniques dans la mesure où ses actions et décisions vont impacter l’activité d’un secteur stratégique pour le développement du pays et l’atteinte des objectifs fixés dans la Stratégie Nationale 2016 – 2025 (SN2025). 

Tant qu’il sera question dans les médias de la contraction de l’économie pour des raisons de confinement et de fermeture des industries, le pétrole ne sera pas un sujet d’actualité. 

L’état d’urgence et les mesures de couvre-feu décidés par les autorités politiques n’ont pour objectif que d’endiguer la propagation du virus et donc éviter l’encombrement de nos structures hospitalières. Mais une fois la crise sanitaire derrière nous, il n’est pas certain qu’on n’assiste pas à une crise d’une autre forme. 

Comme l’écrit Charles GAVE (Institut des libertés), l’économie n’est rien d’autre que de transformer de l’énergie en produits et/ou services. Donc il y a au départ toujours de l’énergie. Cette affirmation rapportée au secteur des communications électroniques indique au régulateur de réfléchir à un plan de sortie approprié, spécifique voire sui généris à la crise sanitaire que nous vivons. 

Au Sénégal, le secteur du numérique est rentable parce que le prix de l’énergie est à un niveau suffisant permettant aux opérateurs de téléphonie de pouvoir gagner de l’argent en le transformant en produits et servies pour leur clientèle. 

Question : qu’en sera-t-il s’ils perdent de l’argent en transformant cette énergie ? Autrement dit, si le prix de l’énergie augmente – ce qui n’est pas à exclure – sous quelle forme elle va être répercutée au client final ? Par ailleurs, il est probable qu’en dehors de l’éventualité de la décroissance qui va suivre la fin de la crise sanitaire, le redémarrage de la production pétrolière pour répondre à la demande qui va flamber, entraîne une augmentation du prix de l’énergie. 

Alors se posera une autre question à savoir d’où va venir l’augmentation de la demande, préalable à la hausse du prix ? Il est quasi certain que cette augmentation provienne du secteur du numérique. En effet, l’émergence de l’Internet et de tout ce qui s’y rattache (stockage de données, ventes en ligne, objets connectés etc…) a amené à une formidable croissance de la demande d’électricité dans le monde entier et cette hausse de la demande ne fait que commencer.

Au final, il est question pour le régulateur de mettre en place un cadre de réflexion sur les voies et moyens pour une meilleure diligence de la situation qui se posera au secteur dans sa globalité.

Quelques mesures que le régulateur pourrait prendre :

  • en s’appuyant sur le patronat du secteur du numérique, le régulateur doit aider les entreprises sénégalaises de manière générale à aller vers une digitalisation de leurs activités pour réinventer de nouveaux modèles d’affaires. En effet, les entreprises sont exposées aujourd’hui à une triple radicalité qu’elles n’ont pas réussi à intégrer (Internet qui abolit les frontières, les technologies qui peuvent offrir une ubiquité et l’accès à la multitude) ;
  • Réfléchir avec les acteurs de l’écosystème du numérique sur des opportunités pour relancer l’activité dans le secteur et/ou la maintenir à un niveau rentable, quand bien même le secteur du numérique n’est pas très propice à la concurrence – en effet le ticket d’entrée à payer pour exercer son activité en fait de facto un secteur de rente – ou en tout cas il est difficile qu’elle soit optimale, une régulation pourrait être :
  • De mettre en place un plan de relance économique afin de stimuler à court terme une dynamique d’investissement dans le secteur. Si l’on considère que le secteur du numérique a une incidence sur la croissance globale, il apparaît impératif dans un contexte post crise qu’un plan de relance soit mis en place afin d’augmenter la part de contribution du secteur sur le PIB. L’objectif ici est d’encourager l’investissement et de se situer dans la logique voulue par le Président de la République en faisant profiter au secteur du numérique dans son ensemble des possibilités de financement qui promeuvent des facilités d’accès au crédit pour atténuer les effets de la récession ;
  • un plan encourageant l’innovation technologique. Le Sénégal participe très peu à l’innovation technologique et si on regarde les innovations dans le secteur du numérique, les plus utilisées sont orientées vers les services lesquels doivent être adaptés aux réalités de notre société. Le CTIC et les Fablab offrent un cadre approprié pour cela et il faut travailler à la vulgarisation de ces instruments ; 
  •  une reflexion sur une fiscalité appropriée et adaptée à l’émergence d’un secteur du numérique dynamique et prospère. 
  • Une meilleure implication du consommateur. Le régulateur doit travailler à lui proposer un cadre qui puisse améliorer son pouvoir d’achat par la facilitation et l’amorçabilité des services numériques offerts.

Issa Isaac SISSOKHO

Docteur en Droit

Secrétaire général du Ministère de l’Économie Numérique et des Télécommunications 

ICT Regulation Market Expert

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