Au Sénégal, l’usager est vu sous l’angle d’une charge fautive à amoindrir, à travers un discours facile sur les débordements du web qui lui seraient directement imputables et non sous l’angle d’un client à fidéliser avec des services numériques, défiants et édifiants, qui l’éloigneraient des dérives tant décriées sur Internet.

Cet entretien du sensationnel, très tendancieux d’ailleurs, nous maintient dans l’agitation de sensibilités religieuses, le creuset des disparités sociales et régionales, l’alimentation de clivages politiques à tel point qu’une cloison de la pensée critique terrorise par-ci et compromet par-là l’économie de l’humain.

Jusqu’à ce que nous ne perdions pas l’essentiel dans nos pouces, il ne suffira pas de ne pas faire ce qui est proscrit, mais de surtout faire ce qui est prescrit.

Internet est virtuel mais une réelle cuisine interne de contenus externes. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de contacts au toucher entre êtres humains, mais du vrai relationnel placardé par le convoi massif de données online derrière lesquels il y a des Hommes, en chair et en os, des consommateurs la plupart du temps.

L’information, c’est le pouvoir

Les statuts, stories, vocaux, vues, mentions et commentaires sont des données collectées pour renseigner sur beaucoup de choses. Si pour les géants du numérique (Gafam : Google, Amazon, Facebook désormais Meta, Apple, Microsoft), ça constitue un gisement d’informations à troquer dans l’industrie publicitaire et les instituts de sondage, ce sont surtout des éléments d’influence sociale, de détection et de prédiction de faits, de profilage, d’analyse comportementaliste ou encore d’indexation doctrinale qui attirent toutes sortes d’organisation (publiques, privées, secrètes et non gouvernementales).

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Même les dérives sur Internet sont moulées dans des champs de structures de données destinés à être remplis. C’est comprendre tout l’enjeu de la possibilité donnée à chaque profil connecté, de s’exprimer en dehors des tunnels classiques et donc d’ouvrir sa voix au reste du monde, telle une foire où l’on escompte l’effet (retour triomphal) de son message (audio, visuel, textuel, audiovisuel).

Le comble de la toile d’araignée est de revêtir l’obsolescence de certains passifs d’un jeu de lumière capable de noircir certains actifs et dépassionner même les initiés. Facilement, les plus petits peuvent passer pour les plus grands et les plus grands pour les plus petits.

Au demeurant, si le gouvernement est démissionnaire, les parents doivent être visionnaires et non flatteurs de leurs enfants «permissionnaires» sur le tas digital.

Quand on s’émerveille de la faculté d’un enfant à décoder le verrou d’un appareil électronique, son habilité à naviguer en dessins animés sur Youtube, son aisance à lancer un jeu vidéo pioché dans Store, on passe vraiment à côté de l’essentiel.

Cela s’appelle routine et non intelligence. Car, au même moment, celui-là qu’on serait tenté de qualifier de prodige ne sait pas forcément découvrir un site Internet plus sérieux à capter son attention en dehors de sa palette d’actions à la fois usuelles et prioritaires (déverrouillage, Youtube, galerie, jeux vidéo). C’est comme quand un senior sait plus faire avec les réseaux sociaux que les outils collaboratifs qui profitent plus en présentant une panoplie de perspectives.

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Enfant ou adulte, cette utilisation d’un gadget électronique n’en fait pas un geek mais plutôt un jouet. Elle en fait plus une cible qu’un acteur, plus un explorateur sédentaire qu’un génie de la créativité nomade. C’est de la technologie de loisirs que des parents concèderont difficilement, pour avoir déjà prêté à leurs enfants une ingéniosité qui ne serait peut-être qu’éclaire, volatile. C’est cette attitude des grands à croire les petits sophistiqués qui en font la galerie qu’on amuse d’ailleurs. Ils contribuent à les exposer à la prédation du capitalisme numérique, au moment où il sied de debugger leurs esprits confisqués par des fonctionnalités qu’ils devraient plus savoir implémenter que découvrir.

Par ailleurs, cette mentalité de glorification des adultes pousse encore les enfants à creuser le terreau fertile aux adorations numériques, alors que de l’autre côté de tout-petits évoluent à un niveau de codage avancé, à piloter un drone, bricoler une création innovante ou assembler une technologie prometteuse. Tous les enfants peuvent être imaginatifs, mais c’est la disponibilité des outils qui peut les rendre créatifs, car développant véritablement, en eux, des aptitudes boostées par une certaine curiosité. Sauf que la fierté anticipée d’un parent est un facteur de blocage à l’éclosion des idées d’un enfant, quand celle-ci lui fait percevoir une prouesse d’un petit tour accompli sur un pavé tactile. Il ne faut pas que les parents contribuent à ce que la curiosité naturelle des enfants supplante leur curiosité intellectuelle.

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Comment peut-on être si ragaillardi de l’exploration qu’un enfant aurait fait d’une «poubelle numérique» en y focalisant sa psychomotricité ? L’édification d’une société en projet, fondée sur une éducation numérique principielle, exige, d’une part, du gouvernement qu’il n’accuse pas des gens qui en n’auront appris qu’à leurs dépens, sur initiative personnelle de surcroît et, d’autre part, des parents de transformer leur euphorie digitale en une perspective de travail scientifique sur leurs enfants, afin qu’ils soient de la galaxie des premiers cités ci-dessous. Il incombe donc d’attirer l’attention puisqu’une société d’informations n’est pas un champ de contemplations, mais émerge de clics sur des vertus pour surfer net, de manière à ne pas s’abonner, après, aux lamentations.

En vérité, il y a des enfants qui programment, fabriquent, développent et réalisent des trucs incitatifs de manière à camper l’attention, d’autres enfants qui, à leur tour, captent la fierté de leurs parents parce que tout simplement ils savent utiliser les produits des premiers. Choisissez les vôtres, car il y aura toujours des enfants qui tirent leurs pairs et indentent leurs comportements. Mark Zuckerberg a imprimé son Metaverse avec notre «existence» à lui permettre aujourd’hui de nous définir un paradis digital ou un enfer numérique. A quel taux de confiance, contre quel taux de risque ?

Papa DIOP

Professeur d’informatique Université virtuelle du Sénégal

Email : papaddiop@gmail.com

Texte publié dans Le Quotidien

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