Dans un article publié dans le 31ème numéro de Revue francophone « Liens », les Chercheurs Mamadou Ndiaye et Abdou Diaw analysent la pratique du journalisme de données, dans un contexte de percée numérique. Cette option, soulignent-ils, peine à se faire une place dans le paysage médiatique sénégalais, malgré une volonté affichée aussi bien par les groupes de presse que par les écoles de formation. 

La Faculté des sciences et techniques de l’Education et de la formation (Fastef) a publié en juillet dernier le 31ème numéro de la revue francophone « Liens ». Il s’agit d’un condensé de réflexions portant sur diverses thématiques. Dans cette série, le directeur du Centre d’Etudes des sciences et techniques de l’Information (CESTI), Mamadou Ndiaye, par ailleurs Docteur en Multimédia et l’enseignant-vacataire spécialiste en économie des médias Abdou Diaw ont posé le débat sur le journalisme de données au Sénégal, sous l’angle des défis et contraintes. 

D’emblée, les auteurs de l’article soulignent les avantages d’une telle option dans un contexte de percée du numérique qui devrait permettre de rendre plus digestes les résultats issus d’élections, les chiffres sur la pauvreté, l’économie, l’éducation, la politique etc. De leur analyse ressort une faible adaptation à cette pratique dans la mesure où, souligne l’article, les organes qui l’expérimentent peuvent se compter du bout des doigts, même s’il est noté une forte demande. Que ce soit en radio, télévision ou en presse écrite, les médias sénégalais et les écoles de formation ne sont pas encore entrés pleinement dans la mouvance du journalisme de données. 

Ainsi, les auteurs de l’article scientifique considèrent que l’essentiel des organes de presse restent très ancrés dans la pratique du journalisme classique, même si quelques rares journalistes ont pu prendre des initiatives personnelles en commençant à réaliser des projets de journalisme de données qu’ils partagent sur leur blog et pages de réseaux sociaux. À en croire Mamadou Ndiaye et Abdou Diaw, les modes de collectes, de traitement et de diffusions restent classiques malgré les nombreuses vagues de changements enclenchées par la percée du numérique. Ce qui leur fait dire qu’au Sénégal, les gens ne comprennent pas véritablement encore ce qu’est le journalisme de données. 

« Le journalisme de données n’est pas pour le moment une réalité au Sénégal, du moins il cherche son envol. Le peu d’initiatives entreprises suivent une dynamique peu performante. Cela, du fait que ce sont plutôt de jeunes reporters curieux qui s’intéressent à cette spécialité et non les organes de presse, lesquels ne se montrent pas prêts à aller vers un journalisme de renouveau. L’on se demande même si les organes de presse sénégalais ne sont pas réfractaires aux changements qui, actuellement, semblent s’imposer à la presse, notamment à celle dite écrite à cause de la percée sans précédent du numérique », lit-on à la page 337 de la revue. 

Le manque d’engagement pour cette pratiqueinnovante qu’est le journalisme de données contribue à une absence de culture du changement. Car « les entreprises de presse, très ancrées dans les pratiques traditionnelles et classiques, restent dans ce qu’elles savent faire depuis des décennies et refusent toute innovation ». Ce qui dénote d’une ignorance des enjeux liés au journalisme de données, d’une méconnaissance de la spécialité, d’une absence de maîtrise par certains journalistes de la manipulation. 

La formation comme case de départ 

Après avoir fait l’état des lieux et identifier les différentes contraintes du journalisme de données au Sénégal, Dr Mamadou Ndiaye et Abdou Diaw ont formulé des recommandations. Au regard des nombreux facteurs qui entravent l’émergence du journalisme de données au Sénégal, ils jugent important de prendre un certain nombre d’initiatives, parmi lesquelles l’intégration d’un module de formation en journalisme de données dans les curricula des écoles de journalisme. Il s’agira pour ces écoles de mieux préparer leurs étudiants à la pratique du journalisme de données. Les auteurs de l’article proposent également le renforcement du plaidoyer pour faciliter l’accès aux données ouvertes. 

En sus de cela, ils suggèrent l’organisation de sessions de formation continue sur le journalisme de données au profit des professionnels des médias, la sensibilisation des patrons de presse sur l’importance et les enjeux du journalisme de données. Sans oublier l’institution des prix et des récompenses pour les meilleures productions en journalisme de données et des partenariats avec l’Agence nationale de la statistique et de la démographie. Un travail qui devra être complété par l’adoption de la loi sur l’accès à l’information pour garantir la disponibilité des documents officiels.

D. DIENG du Soleil

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