Influenceurs, activistes, membres de la diaspora, citoyens engagés…la mafia Kacc Kacc, du nom de ce mouvement né sur les réseaux sociaux et très critique contre le Président Macky Sall et son régime, a actuellement le vent en poupe. Toutefois, si certains trouvent l’initiative salutaire, d’autres pensent que c’est un espace de non droit qui peut aboutir à des dérives.

Gouvernants, juges, chefs religieux, journalistes… Aucune sensibilité sociale du pays n’est épargnée par les critiques de cette dynamique née sur les réseaux sociaux, qui regroupe des jeunes activistes et influenceurs de la diaspora et du pays. Si plusieurs d’entre eux sont des souteneurs du leader du Pastef Ousmane Sonko et croisent le fer avec ses détracteurs, surtout dans l’affaire «Sweet Beauty Spa», force est de dire que la mafia Kacc Kacc est en train de devenir un véritable moyen de pression qui empêche visiblement l’Etat de dormir.

Maîtrisant parfaitement les rouages des nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic) et conscients de leur force de persuasion et d’influence dans un monde dominé par le numérique, les membres de ce nouveau courant ne ménagent aucun effort pour vilipender le régime actuel et mettre à nu ses tares. Et le président de la République est inquiet apparemment de son influence, surtout sur la jeunesse. «Ne perdez pas votre temps sur les réseaux sociaux à la merci de personnes qui se disent influenceurs. Saisissez l’essentiel sur internet, cultivez le savoir et ne vous laissez pas manipuler», avait lancé Macky Sall lors de la semaine départementale de la jeunesse, il y a quelques semaines. L’on se souvient aussi qu’après les événements de mars 2021, il avait imputé la responsabilité des émeutes à ses pourfendeurs qui sont sur les réseaux sociaux où ils font dans la menace.

Dans un pays où certaines populations ne croient plus à l’élite, à l’impartialité des médias et à la fiabilité des institutions comme la Justice qui est nécessaire dans un Etat de droit, la mafia Kacc Kacc semble être un ‘’ désordre ‘’ qui remet de l’ordre. D’autant plus que ses membres dont plusieurs sont de la diaspora se positionnent comme des justiciers. En effet, après le limogeage du capitaine Seydina Oumar Toure de l’Iam sur injonction du ministère de l’Enseignement Supérieur, certains membres du mouvement comme l’influenceur Ousmane Diagne avaient lancé une cagnotte pour le compte de l’exofficier de la gendarmerie. Une cagnotte qui a battu tous les records avec une somme de plus de 20 millions Fcfa récoltée en moins de 24 heures. Et beaucoup d’initiatives de ce genre ont été constatées ces derniers mois.

INSULTES, DÉBALLAGES, MENACES…DES DÉRIVES* A PARFAIRE

Certains analystes estiment que dans un pays où la démocratie représentative est en crise et où les pauvres et les couches défavorisées ne se sentent plus représentés par leurs élus, cette dynamique numérique est une donne intéressante. En revanche, beaucoup de Sénégalais s’inquiètent des dérives qui peuvent découler de ces genres de mouvements dont les membres sont difficiles à contrôler. D’ailleurs, les conséquences de ce que certains considèrent comme une anarchie sont visibles avec des insultes et des attaques verbales adressées chaque jour à travers les réseaux sociaux à des autorités politiques et religieuses du pays. Même s’il faut reconnaître que ces dérives ne sont pas l’apanage des membres de la ‘’mafia’’.

L’autre phénomène malheureux constaté avec l’avènement de ce courant, c’est le viol de l’intimité de certains Sénégalais. Une véritable guerre des ‘’audios’’ et de publications ‘’ sextape de certaines autorités’’ se déroule sous nos yeux par le truchement de l’affaire Adji Sarr-Ousmane Sonko. Ce qui pousse certains à alerter sur un précédent dangereux qu’il ne faut pas laisser prospérer. Mais peut-on objectivement arrêter la mer avec ses bras ? Avec l’avancée du numérique, le contrôle est-il possible ? La mafia Kacc Kacc ne constitue-telle pas une révolution dans l’espace public ?

La question sera difficile à trancher. Mais ce qui sûr en revanche, c’est qu’elle est en train de secouer la société sénégalaise. Et même si Ousmane Sonko est le principal bénéficiaire politique de cette dynamique, ce mouvement numérique est visiblement incontrôlable et même le maire de Ziguinchor peut s’attirer les foudres de ces activistes, si demain il n’est plus en phase avec leurs idéaux.

Mamadou Mbacké NDIAYE , L’AS