Universités du Ramadan : experts et théologiens croisent leurs analyses sur l’IA

Université du ramadan

La 29ᵉ édition des Universités du Ramadan a ouvert, le lundi un débat stratégique sur l’un des enjeux majeurs de notre époque : l’intelligence artificielle. Autour du thème « L’intelligence artificielle à l’aune de l’éthique et des valeurs islamiques », un panel multidisciplinaire a croisé regards scientifique, technologique et théologique pour interroger la place de l’humain dans la révolution numérique.

Organisée par le Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty, cette rencontre s’inscrit dans le thème central de l’édition 2026 : « La Umma à l’épreuve du monde contemporain : défis, fractures et recompositions, les musulmans interpelés ».

Pour Gérard J.F. Dacosta, ingénieur en sécurité des systèmes d’information, l’intelligence artificielle reste avant tout une capacité à automatiser, à grande vitesse, des tâches que l’homme aurait exécutées lui-même. Mais derrière cette prouesse technologique se cache une réalité plus complexe : la collecte massive de données et les risques liés à leur exploitation.

Reconnaissance faciale, géolocalisation, profilage comportemental via les smartphones… autant de mécanismes qui, selon lui, posent des questions cruciales de souveraineté et de protection des libertés individuelles. Face à cette mutation globale, l’expert appelle l’Afrique à ne pas rester spectatrice. Après avoir manqué plusieurs révolutions industrielles et technologiques, le continent doit, selon lui, définir sa propre vision culturelle, économique et stratégique de l’IA.

L’algorithme raisonne, l’humain a conscience

Le Pr Ousmane Kane, mathématicien et scientifique, a tenu à clarifier la frontière entre intelligence artificielle et intelligence humaine. L’IA, explique-t-il, repose sur des modèles mathématiques et statistiques capables de produire des raisonnements, mais elle ne possède ni conscience ni responsabilité morale.

« L’intelligence artificielle n’est pas responsable parce qu’elle n’a pas d’âme », a-t-il souligné, insistant sur la dimension spirituelle et morale qui distingue fondamentalement l’être humain de la machine. Le scientifique a également alerté sur l’illusion de neutralité technologique : les outils d’IA sont conçus par de grandes entreprises internationales, porteuses de leurs propres référentiels culturels. D’où le risque d’une uniformisation des valeurs et d’une dépendance intellectuelle.

Une technologie à maîtriser, non à subir

Apportant la perspective théologique, l’Imam Birahi Pouye, islamologue et chercheur, a replacé la question dans le cadre de la création divine. Pour lui, l’intelligence artificielle demeure un outil, au même titre que les autres inventions humaines. Elle ne saurait se substituer à la dimension émotionnelle et spirituelle de l’homme.

Rappelant que « c’est le cœur qui ressent les vibrations du Seigneur », il a invité la jeunesse à ne pas craindre la technologie, mais à s’en approprier les savoirs afin de ne pas la subir. Son message s’est voulu mobilisateur : excellence scientifique et fidélité aux valeurs éthiques ne sont pas incompatibles.

Ce panel des Universités du Ramadan illustre la volonté des organisateurs d’articuler foi, science et enjeux sociétaux. L’intelligence artificielle apparaît ainsi comme un terrain d’expérimentation majeur où se croisent innovation, souveraineté et responsabilité morale.

 

 

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par Socialnetlink

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