La crise sanitaire sans précédent qui a frappé le monde entier a, à nouveau, mobilisé ou polarisé toute l’intelligentsia africaine (constamment mobilisée) autour du devenir de l’Afrique dans le monde de l’après COVID19. Les nombreux appels lancés depuis le début de la pandémie remettent au goût du jour les multiples réflexions déjà menées sur la nécessité de s’unir, de poursuivre nos propres priorités fondées sur nos propres préoccupations, de s’affranchir des modèles pensés ailleurs, selon d’autres réalités, de privilégier les solutions endogènes, de briser ce mur invisible sur lequel se fracassent, depuis toujours, les « volontés politiques » les plus affirmées….

L’effet surprise de la pandémie, ses menaces immédiates et ses conséquences certaines vont -ils encore juste permettre d’inoculer la piqûre de rappel de toutes les convictions, recherches, réflexions, symposiums, conférences, plaidoyers sur la prospective africaine ?

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Pourtant, après les héros du Panafricanisme sacrifiés sur l’autel de leurs idées, les intellectuels africains et de la Diaspora africaine de tous domaines, n’ont eu de cesse de penser et de repenser l’intégration et la Renaissance africaine, l’identité africaine dans un contexte multiculturel, la place de l’Afrique dans le monde ou dans la mondialisation, les enjeux et perspectives de la Science et la Technologie pour l’Afrique.

Lorsque le Président Thabo MBEKI qui, rappelant le dicton de Karl Marx à savoir que « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il faut désormais le transformer », interpellait l’Intelligentsia africaine et de la Diaspora à la Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora à Dakar en 2004, pour lui demander de réfléchir aux questions « Où l’Afrique peut-elle trouver des ressources pour se développer ? « Comment obtenir des capitaux immenses pour l’Afrique alors que d’importants capitaux sortent du Continent à cause de la dette ? », cela sonnait comme une invite aux solutions concrètes et originales, comme une remise en cause de l’efficacité des théories macroéconomiques et autres modèles de développement en vigueur dans la plupart des Etats africains en total déphasage avec leurs réalités socioéconomiques ?

Cependant dès qu’il s’agit de s’ouvrir à la nouvelle pensée économique africaine, la demande de MBEKI vole en éclat et le fossé se creuse à nouveau entre la pensée et l’action sur le terrain du confort des uns pris dans le tourbillon de l’urgence signalée et du devoir de « résultats » à court terme.

Certains faits méritent quand même d’être relevés avec la survenue du COVID19 :

  1. la révélation qu’on pouvait tenir tête aux injonctions des toutes puissantes organisations onusiennes. De « simples » virologues africains, avec en bandoulière, leur seul serment d’Hippocrate ou même des tradipraticiens, sauvent des vies avec des produits qui laissent sceptiques les éminences grises de la santé mondiale, perturbant par la même occasion les projections qui entrevoyaient déjà la violence du raz-de-marée sur les populations africaines ;
  2. les libertés que se sont données les populations d’assurer leur pitance par ce qui pourrait ressembler à de l’inconscience mais qu’on pourrait aussi accepter comme instinct de survie ;
  3. le constat d’échec de certaines politiques notamment dans les secteurs sociaux et corrélativement les faux modèles de débrouille qui s’offrent à la plupart de la jeunesse.

Maintenant que même un paysan du fin fond d’une province reculée d’Afrique a fini de proclamer que la gestion du COVID et de l’après COVID en Afrique ne saurait être sur des modèles venus d’ailleurs, l’Afrique ne doit prendre aucun risque, elle doit juste se préparer à réenchanter le monde comme disait Vincent CESPEDES « en prise avec ses réalités sociales qui la façonnent corps et âme »

Oui l’après COVID sera assurément le temps de l’action ou…de l’action !

Aminata Cira LO, Professeure de Lettres modernes

Publié d’abord dans penseragir

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