La représentante du ministère public a requis, hier, 6 mois avec sursis contre El Hadj Diallo, le responsable des opérations de la banque UBA. A ce dernier, il est reproché les chefs de collecte illicite d’images et de diffamation. Selon enquêteplus, il comparaissait devant la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar. 

En pleine période de pandémie liée au coronavirus, El Hadj Diallo a écrit, à travers les réseaux sociaux, des choses bouleversantes sur Aminatou Bodian. Alors que la psychose avait envahi les Sénégalais, il leur a fait croire que cette dernière, contaminée par le virus, circulait librement dans le pays. Selon l’économie des faits, Aminatou Bodian, revenue de la France le 20 mars 2020, s’était rendue à la banque UBA, le lendemain de son arrivée, pour effectuer un retrait au guichet.

Elle a remis son passeport à la caissière qui a émis des réserves sur son état de santé, car la cliente étant enrhumée et elle croyait qu’elle était atteinte du coronavirus. Sur ces entrefaites, elle a donné le document à son responsable, El Hadj Diallo. Celui-ci, à son tour, interpellera la dame, devant les autres usagers, pour lui signifier qu’elle devrait se mettre en quarantaine, car elle venait d’une zone où le virus sévissait considérablement. Aminatou, outrée par les propos du responsable des opérations, lui a clairement rétorqué que ce n’était pas à lui de lui demander de se mettre en quarantaine. Ne démordant pas, il a posté un message vocal qu’il a partagé dans les réseaux sociaux avec, à l’appui, une photographie du passeport de celle-ci. Pire, le responsable des opérations de la banque fait passer l’information dans l’émission ‘’Teuss’’. Informée par ses proches, Aminatou Bodian dépose une plainte contre El Hadj Diallo et la banque UBA.

 Face aux juges, ce dernier, qui est convaincu d’avoir agi en responsable, soutient : ‘’Je voulais juste lancer un message d’alerte. La dame venait d’une zone à risque et elle n’a pas respecté les mesures édictées par le ministère de la Santé et de l’Action sociale. Elle était venue faire un retrait à la banque. J’ai vu qu’elle développait les signes. Elle était enrhumée, elle toussait et elle détenait un mouchoir. Je n’ai jamais dit qu’elle est atteinte du coronavirus, mais qu’elle présentait des signes’’, a-t-il précisé. Après avoir tenu ces propos, le président de l’audience lui fait remarquer : ‘’En faisant ça, vous pouvez détruire la vie des gens. Vous êtes un responsable et vous devez agir en responsable. Dans les audio, vous faites croire que vous êtes en France et qu’elle a contaminé beaucoup de gens.’’ Et le prévenu de fulminer : ‘’J’ai agi de la sorte pour rendre service à la population. Elle a été testée positive et j’ai été mis en quarantaine pendant 14 jours. Les agents du ministère de la Santé sont venus me tester et m’ont mis en quarantaine chez moi et la banque a été fermée pendant une journée’’, tente-t-il de se justifier avant d’être stoppé par la représentante du ministère public qui soutient que l’intention du prévenu de nuire à la dame est palpable. Dans sa plaidoirie, le conseil de la partie civile n’écarte pas la responsabilité de la banque dans cette affaire.

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Il a soutenu que le mis en cause a agi à l’occasion et à l’heure de son service. A cet effet, il a demandé au tribunal de condamner la banque à payer à sa cliente la somme de 50 millions de francs CFA, pour réparation du préjudice qu’elle a subi. ‘’Même s’il avait la preuve que les tests étaient positifs, il n’avait pas le droit de divulguer l’information. Elle a été atteinte dans son honneur.

Commerçante, ses activités ont drastiquement baissé. Elle a subi un préjudice moral et économique’’, a relevé la robe noire. Durant toute la plaidoirie de son conseil, la partie civile versait de chaudes larmes jusqu’à en trembler. Le ministère public, trouvant que le mis en cause est atteint et convaincu de tous les chefs qui lui sont reprochés, a requis 6 mois de prison avec sursis. Venu défendre les intérêts de la banque, Me Moussa Sarr veut que celle-ci soit mise hors de cause. ‘’El Hadj Diallo a fait un enregistrement diffusé dans le réseau WhatsApp. Le réseau n’appartient pas à la banque. Depuis la police, il dit l’avoir fait en tant que citoyen. Il ne l’a pas fait en tant que chargé des opérations. Les faits dommageables ne peuvent pas être rattachés à l’exercice de ses fonctions’’, plaide l’avocat.  L’affaire mise en délibéré, le tribunal rendra sa décision le 27 octobre prochain.

Par enquêteplus

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