Le Sénégal veut mettre en place un hub minier pour concentrer de l’expertise,  des infrastructures, des services et des investissements du secteur, dans la sous-région ouest africaine.

Un projet qui nécessite de la logistique et des investissements colossaux dans un contexte économique incertain. S’agit-il d’une utopie, d’une ambition démesurée ou d’une opportunité de relancer son économie et celle du secteur privé ? Khalil Rahmane Ndiaye s’explique avec enthousiasme, même si le Coordonnateur du Pôle Structuration du BOS/PSE reconnaît qu’il y a beaucoup de défis à relever. Entretien…

Le Sénégal a l’ambition de mettre en place le hub minier sous-régional. Pouvez-vous nous expliquer la quintessence de ce projet ?

Le Hub minier, c’est la mise en place d’un écosystème pour fournir les services, la logistique et la formation à l’ensemble des opérateurs, aussi bien au Sénégal que dans la sous-région. D’ailleurs le nom du projet indique l’ambition parce que si ce n’était que pour le Sénégal et le marché sénégalais, je peux dire que ce ne serait pas nécessaire. 

Le Sénégal peut capitaliser sur un certain nombre de projets déjà en cours et en perspectives. Je peux parler du port minéralier de Bargny qui a toute son importance. En effet, quand on parle de hub minier, l’aspect logistique est très important. Aujourd’hui les principales charges chez les opérateurs sont liées à la logistique. Il y a aussi l’approvisionnement en carbone, en énergies.

On peut y ajouter les autoroutes qui vont allez jusqu’à Tambacounda  et d’autres projets comme le chemin de fer qui devraient accompagner de façon globale la mise en œuvre de ce projet. L’avantage est dans la planification et certains projets ont déjà un coût de réalisation. Cela veut dire que le projet hub minier va capitaliser sur cet ensemble d’infrastructures en termes d’investissements. Mais il faut y aller très vite par rapport aux autres pays.

Le Sénégal n’est même pas dans le top 5 des pays qui ont le plus fort potentiel minier de la sous-région. D’où tenez-vous cette ambition ?

Je pense que, quand on regarde les potentialités de façon globale, en termes de volume, on peut se poser un certain nombre de questions sur l’ambition du Sénégal.  En fait,  Aujourd’hui parmi les raisons qui ont justifié l’idée du projet de Hub Minier dans le PSE (ndlr : Plan Sénégal Emergent) originel en 2014, c’est  que nous sommes dans un écosystème et que le Sénégal, en terme de position géostratégique et de stabilité, dispose d’un avantage que certains pays n’ont pas pour abriter la base de certains opérateurs.

Le deuxième volet, c’est le volet académique, ressources Humaines.  Aujourd’hui nous avons des entreprises dans l’ensemble des domaines et des trois dimensions du Hub. Et elles œuvrent déjà dans la sous-région, aussi bien sur le plan logistique que sur le plan académique.  Nous avons des entreprises qui sont nées au Sénégal qui commencent à offrir des services dans ces pays. Ce sont des éléments qui militent en faveur de la mise en place du Hub Minier Sous-régional.

Le dernier aspect sur lequel je voulais insister, c’est que dans la sous-région, beaucoup de pays ont la même ambition. Cela veut dire qu’il faut aller très vite parce qu’il y a une seule place pour un hub minier. Nous avons déjà des sénégalais engagés, mais aussi des structures de références.

Vous parlez ici d’un projet extrêmement coûteux, dans une période tout aussi incertaine. Comment allez-vous financer le Hub Minier Sous-régional ?

L’une des forces de la démarche que le BOS (ndlr : Bureau Opérationnel de Suivi – du PSE) a adopté c’est la construction d’un projet pour motiver le secteur privé dans la réalisation de ce projet

Le Secteur privé aussi est fortement secoué par la pandémie…

Oui mais il y a des opportunités et nous l’avons constaté dans l’exercice que nous avons eu à faire, même si les acteurs du secteur privé sont touchés par la pandémie. Nous avons constaté la dynamique actuelle de l’exploitation minière au niveau de la sous-région.

On peut y ajouter les découvertes d’hydrocarbures au Sénégal qui vont permettre d’intégrer l’aspect approvisionnement des sociétés minières. C’est l’un des facteurs qui vont pousser le secteur privé à accompagner l’Etat dans la réalisation du Hub Minier Sous-régional.

Il  est important de préciser qu’on cherche  beaucoup plus d’investissements privés, dans ce processus, que d’investissements publics. Et notre rôle c’est identifié, dans le processus qu’on a enclenché depuis 2 mois, l’ensemble des actions non marchandes que l’Etat doit mettre en place, en termes d’écosystème,  pour  permettre au secteur privé de réaliser ce projet.

Et vous croyez vraiment que cela va marcher ?

Moi, je n’ai pas de doute par rapport à  l’investissement qu’il faut réaliser.  Le plus important c’est que c’est une idée. Il faut la structurer ensemble avec eux. D’ailleurs c’est l’avantage qu’on a depuis plus d’un mois nous travaillons ensemble avec le secteur privé au niveau national et international pour identifier les prérequis à mettre en place et leur permettre  de réaliser ce projet.

Et vous comptez mettre en place ce hub minier malgré l’absence presque totale d’infrastructures de transport adaptées tels que les chemins de fer, allusion faite à « Dakar-Bamako » ?

Vous avez parfaitement raison. Aujourd’hui nous comptons beaucoup sur ces projets, aussi bien ferroviaires que routiers, pour accélérer la mise en place de ce hub surtout pour le volet transfert.  Je pense qu’il  y a eu des rebondissements dans le cadre de ce projet. Je ne peux pas aller dans la profondeur car l’objet de notre discussion c’est sur le hub minier.

Mais je sais que nous avons des perspectives de développement de cette ligne et nous comptons sur sa concrétisation dans les meilleurs délais.

Quelle est la place réservée à la transformation des matières premières minières dans ce hub minier ?

Le hub minier doit offrir des services logistiques et de formation dans toutes les chaines de valeur. Le défi c’est d’améliorer et d’encadrer ces acteurs locaux  au niveau national pour qu’ils puissent aller à un niveau supérieur et permettre, au moins, un premier niveau de transformation dans un premier temps. Aller à l’échelle de transformation soutenue, nécessite la mise place de certains prérequis.

Il faut former les ressources humaines et disposer des infrastructures. C’est comme cela que le hub va préparer le Sénégal à capter l’ensemble des opportunités dans le domaine de la transformation.

Quand on a l’avantage de découvrir le pétrole, d’avoir toutes ces potentialités en terme d’exploitation du phosphate dans certaines régions, on peut prétendre aller vers cette transformation.  Donc ceux  sont tous ces éléments qui vont être  intégré.  Je rappelle aussi qu’il y a une étude de faisabilité détaillée qui va aller en profondeur sur les trois éléments sur lesquels repose le hub minier.

Quelles opportunités offre le hub minier dans le court terme ?

Le premier challenge dans le cadre de ce projet, c’est de capter  la fourniture de services, de logistique et de conseils aux opérateurs. Et là, je parle de 700 et quelques milliards, qui nous échappent chaque année. Il s’agira ensuite, de mettre en place parallèlement, les conditions pour que le Sénégal puisse offrir un cadre de transformation de nos produits et de ceux des autres pays.

Abdou Diouf Junior de africapetromine