Les professionnels des médias ont lancé, hier, le début des assises de la presse pour assainir le secteur. Cette rencontre organisée sans la présence du Cdeps, a vu la participation de plusieurs acteurs du milieu et d’autres spécialistes qui souhaitent, à travers ces conclaves, identifier les problèmes et trouver des pistes pour assainir le secteur des médias.  

Le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics) a initié, depuis hier, l’élaboration des termes de référence pour les assises des médias. L’objectif de ces conclaves est de mettre fin aux dérives et autres mauvaises conditions de travail notées dans ce secteur. Ces rencontres, qui se veulent inclusives, n’ont cependant pas réuni l’ensemble des acteurs.

En effet, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps) s’est démarqué des travaux, car, selon ses membres, ils ont été saisis tardivement, précisément à trois jours des travaux, et n’ont pas pu ainsi prendre part à cette rencontre, au regard de l’importance des questions abordées.

Ainsi, l’ancienne secrétaire générale du Synpics s’est engagée à faire une médiation, afin d’arrondir les angles. Il s’agira, pour Diatou Cissé Badiane, de parler à ces acteurs des médias pour qu’ils viennent rejoindre le mouvement au nom de l’intérêt exclusif du métier. Et mieux, le président du comité scientifique des assises, Mbaye Thiam, a fait savoir que deux membres de ce comité seront désignés pour accompagner Mme Badiane dans sa mission qui consiste à intégrer les patrons de presse. Seulement, pour Bamba Kassé, ce n’est pas un manque de respect, comme le considère une frange.  C’est juste, précise-t-il, que la démarche ne saurait être plus inclusive, c’est-à-dire convier tout le monde à regarder ensemble les termes de référence, une fois que l’on termine à réfléchir ensemble sur des thèmes, à réfléchir sur un agenda et ensuite à consolider tout cela et démarrer les assises.

‘’Nous sommes dans une démarche inclusive. Toutes les associations de presse sont représentées. La question qui se pose est simple : est-ce qu’on va continuer à polémiquer avec une frange qui considère qu’on ne leur a pas donné le respect qu’on leur devait ou est-ce qu’on va plutôt essayer d’avancer ? C’est tous ensemble qu’on va faire ces assises-là et non le Synpics uniquement’’, indique le syndicaliste.

Pour le président du comité scientifique d’ailleurs, certaines questions relatives à la protection sociale des journalistes ne pourront pas être abordées, sans la présence des patrons de presse.

‘’Ce n’est pas un manque de respect’’ 

Ces assises constituent, d’après Bamba Kassé, un moment de marquer une pause dans l’exercice du métier, afin de réfléchir sur les limites et erreurs commises par les acteurs. ‘’Combien de fois, nous autres, sommes pointés du doigt par le public pour nous critiquer sur la pratique de notre métier ? Combien de fois vous voyez des acteurs de la société se lever et fustiger certains contenus qui ne sont pas purement journalistiques et accessibles aux enfants ou personnes d’un certain âge ? Toutes ces remontées justifient qu’on puisse s’assoir ensemble et discuter sur le devenir de ce secteur. Combien sont des employés écrasés par leur patronat ? Est-ce qu’on va laisser faire ou qu’on va s’assoir, se regarder droit dans les yeux et essayer ensemble d’avancer ?’’, s’interroge le SG du Synpics. Pour qui, la deuxième option est la bonne, car, dit-il, il faut que chaque acteur du métier ait l’humilité de reconnaitre qu’il est une partie du problème et qu’il puisse également écouter les autres donner leurs avis sur ce qui est en train de se faire. Ce qui pourra permettre, sous la supervision d’éminentes personnalités spécialisées sur des questions de droits, de sociologie des médias, de dérouler ensemble une sorte de feuille de route qui sera résumée dans un document final.  

Pour le vice-président du comité scientifique des assises, la presse sénégalaise présente de l’extérieur toutes les apparences d’une presse en bonne santé, dynamique, alors qu’elle vit beaucoup de problèmes à l’interne. Les réalités de la presse sont, aux yeux du professeur Mor Faye, en contradiction avec l’image que les acteurs ont de la presse. ‘’Ces assises constituent un moment privilégié pour mettre tout sur la table, afin d’en discuter. Les acteurs sont dans cette disposition. On attend beaucoup de ces assises, en termes de propositions concrètes. Il s’agira de mettre un point sur les difficultés que rencontre la profession et d’en tirer une série de recommandations à des fins de remédiation’’, fait savoir le spécialiste des médias et de la communication.

D’après son analyse, l’environnement des médias a beaucoup changé. Ce qui fait, par conséquent, dit-il, appel à d’autres paradigmes, d’autres attitudes professionnelles et des réflexions approfondies pour voir le positionnement adéquat que doit avoir la presse par rapport à tout cela. ‘’Nous venons accompagner ce processus-là, en nous basant sur le vécu des acteurs qui sont en interaction avec les employeurs et le public. Notre rôle est d’accompagner, pour arriver à avoir un document de référence, pour permettre à la presse de franchir d’autres pas très importants’’, fait remarquer M. Faye. Qui précise, par la même occasion, que certaines questions comme la cartographie de la presse, sa composition, le niveau de formation des journalistes nécessiteront des études sérieuses pour mieux s’imprégner des réalités du milieu.

‘’Ceux qui n’ont rien à voir avec le milieu, nous allons les extirper’’ 

Le ministère de la Culture et de Communication, qui a été représenté par le directeur de la Communication, s’est réjoui de l’initiative. Aux yeux de Seydou Dieng, ces assises sont une sorte d’évaluation à mi-parcours du Code de la presse qui a été voté en 2017. ‘’Elles constituent une sorte d’accélérateur, un levier pour accélérer les réformes déjà engagées par les autorités compétentes. Nous avons 10 gros chantiers sur lesquels je mesure régulièrement le taux d’avancement et pratiquement, nous sommes à 80 %, pour la première fois. Et ça, nous le devons aux acteurs’’, a indiqué M. Dieng.

Il souligne que la transformation numérique a fini de s’imposer à tous les secteurs, y compris les médias, avec tous ses corolaires, à l’image des fake news. ‘’Au rythme de notre démocratie, nous devons surveiller en permanence, parce que l’objectif, c’est de faire en sorte que la communication puisse être un levier pour la consolidation de la démocratie, contribuer au développement socio-économique du pays, garantir la diversité dans tous les sens. Mais au bout, contribuer à former un citoyen, à renforcer la cohésion nationale, à garantir la paix et la stabilité’’, a ajouté le directeur de la Communication.

Seydou Dieng reconnait, néanmoins, que les médias sont infiltrés de partout et pense ainsi qu’il faut des instruments puissants et un travail à mener pour assainir ce secteur de la presse. Il liste à ce propos la mise en place, pour la première fois, d’un fonds dont les acteurs ont défini les critères d’éligibilité. ‘’Nous voulons désormais que ce fonds-là soit un instrument pour le développement du secteur. Ceux qui n’ont rien à voir dans le secteur, nous allons les extirper à travers la carte de presse, la formalisation des entreprises. Nous comptons sur les assises pour renforcer davantage’’.