Télévision, radio et presse écrite ont, pendant longtemps, eu le monopole de la publication des avis de perte ou de disparition. La technologie faisant son chemin, avec Facebook comme l’une de ses plus illustres filles, a  disloqué ce monopole. Ainsi naissent de nouveaux canaux.

«La fille a été retrouvée saine et sauve. Merci pour tout ce que vous avez fait». Par une averse de «alhamdoulillah», des adhérents à la page Facebook «Trouvés ou perdus» ont réagi à la publication de Lamine Coly. La page en question n’en est plus une simple : c’est un mur de lamentations. À son pied, ceux qui ont perdu bagages ou papiers viennent déposer leur valise de peines. Ainsi en est-il de ceux qui ont perdu de vue un membre de leur famille. Lamine a exposé la disparition de la fille de l’ami d’un frère… Babacar Diouf  gère une cantine au campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. L’allégresse suinte de son regard. Le sourire qui accompagne sa discussion avec la clientèle en témoigne. Ainsi s’exprime sa joie d’avoir retrouvé cette fille qui a fugué deux jours auparavant. C’est bien pour lui que Lamine Coly ait fait la publication sur «Trouvés ou perdus».

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Babacar Diouf se révèle : «je n’ai pas de compte Facebook. J’ai whatsapp sur mon téléphone, et c’est seulement pour les besoins de mon travail». À son goût, les réseaux sociaux sont trop chronophages. Il confie s’être fié à des amis qui lui ont suggéré une publication sur la page «Trouvés ou perdus». L’information fait le tour du réseau. Lamine, à partir de Keur Mbaye Fall, l’éparpille sur la toile pour Babacar qui habite aux Parcelles assainies. Deux jours après, la jeune fille est chez elle ! Une chance pour Babacar d’avoir eu à sa disposition la magie de la technologie. Une aubaine que n’a pas eue Moustapha Sané. Il en dit plus au téléphone : «j’ai perdu ma carte d’identité, et me suis naturellement rendu à la police pour une déclaration. Par la suite, j’ai compris qu’attendre qu’elle me soit retrouvée et remise n’était pas la meilleure attitude». Il commence à chercher sur le net des pages où l’on vient déclarer des objets ramassés. Celles trouvées étaient localisées en France ou ailleurs.

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L’idée «d’objets trouvés ou perdus au Sénégal» nait et la page est timidement suivie. «Un jour, poursuit Moustapha, j’ai été à la gendarmerie de la foire où j’ai trouvé un enfant autiste perdu. La stratégie proposée sur place pour l’aider à regagner sa famille m’a paru impertinente. J’ai donc décidé de le photographier pour mettre son image sur ma page». De là, tout est parti : en deux heures, la publication est partagée 1.500 fois. Le nombre d’abonnés se multiplie par deux. Ils deviennent 13.000, le nom change. On est en juin 2018. Cet évènement impose une autre dénomination. «Trouvés et perdus au Sénégal» est adopté comme nom, mais pas pour longtemps. La demande vient d’autres pays de l’Afrique tels que la Côte-d’Ivoire. «Trouvés ou perdus» s’officialise.

1.023 cartes d’identité retrouvées 

Moustapha ne saurait gérer seul toutes les sollicitations. Kenza Ba s’est portée volontaire pour l’aider avec les annonces. Ces dernières sont rédigées par les concernés. C’est par la suite qu’elles sont envoyées à un administrateur. Histoire de vérifier si elle est conforme aux règles de la page et de freiner les arnaqueurs qui usent de la popularité de la page. À ses débuts, Moustapha proposait son appui aux hommes de tenue, en photographiant les pièces d’identité égarées déposées à la police ; l’intention étant de les afficher sur sa page. Dans un sourire étouffé cependant, il se résigne : «aux Parcelles assainies, on m’a fait savoir que le commissaire était occupé et on en est resté là».

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Sa collaboration avec la mairie de Yoff a par contre été fructueuse. Dans un débit rapide, M. Sané indique des chiffres et des dates. À partir de juillet 2020, sa page a commencé à dresser des statistiques. Initiative un peu tardive, reconnait-il, mais qui n’est pas sans importance. «On a retrouvé 1.023 cartes d’identité et géré 410 cas», dit-il. Ces derniers, à 80%, concernent des personnes retrouvées. Le reste est lié à du bétail, des véhicules volés et retournés dans les mains des propriétaires grâce au partage des publications. À travers la page «Trouvés ou perdus», beaucoup de portés disparus ont revu leur famille. L’un d’eux a retrouvé les siens, 42 ans après.

Moussa SECK (stagiaire), Le Soleil

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