jeudi, juillet 7, 2022

Maram Kaire: “Plus on met en avant l’utilisation et l’exploitation du spatial, plus on a les chances d’atteindre les ODD”

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Organisée du 16 au 22 avril à Kinshasa (République démocratique du Congo), la 9e édition de la Semaine de la Science et des Technologies (SST) a été une occasion de montrer à quel point les sciences et technologies spatiales peuvent contribuer à l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) en Afrique.

Maram Kaire, astronome sénégalais, affirme d’ailleurs que les pays qui sont aujourd’hui ancrés dans les technologies spatiales sont aussi les plus avancés dans l’atteinte des ODD.

« Si vous prenez les pays qui sont opérateurs de satellites ou les pays qui disposent d’une agence spatiale, on se rend compte que ces pays sont quasiment, en tout cas actuellement d’après les résultats de 2021, les plus en avance dans l’atteinte de leurs objectifs », soutient l’astronome.

Et de conclure que: « plus on met en avant l’utilisation et l’exploitation du spatial, plus on a les chances d’atteindre les ODD ».

“Plus on met en avant l’utilisation et l’exploitation du spatial, plus on a les chances d’atteindre les ODD”

Maram Kaire, astronome sénégalais

Pour Maram Kaire, les secteurs critiques comme l’éducation, la santé ou l’agriculture (pour pouvoir arriver à l’objectif « zéro faim »), font tous appel à l’utilisation des données issues des satellites.

« Nous pouvons arriver au constat que le spatial aide à atteindre, quasiment pour ces 17 ODD, l’essentiel des objectifs. C’est ce que nous constatons sur les cartes de résultats. Nous pensons que si les pays africains s’y mettent, ça peut aller plus vite », explique-t-il.

Les cartes ci-après montrent que les pays ayant développé l’industrie spatiale (à gauche) sont aussi les mieux avancés dans l’atteinte des ODD (à droite).

Source : Maram Kaire

Source : Maram Kaire.

Une position que partage Stéphane Kenmoé, physicien camerounais et chercheur à l’université de Duisbourg-Essen en Allemagne.

« On s’est rendu compte que dans plusieurs domaines qu’on croyait déconnectés du ciel, la science spatiale est omniprésente. Dans une ville comme Kinshasa avec ses 15 millions d’habitants, il y a des bouchons à tout moment. Avec la science spatiale, on peut fluidifier la circulation et faire de meilleurs plannings pour le déplacement urbain », explique-t-il.

Dans le secteur de l’agriculture, le chercheur estime que grâce à la science spatiale, on peut contrôler le déplacement des criquets ravageurs qui détruisent les productions et ainsi protéger les récoltes « en aménageant des boucliers contre ces criquets pour avoir des récoltes saines et abondantes ».Ainsi, Albert Kabasele Yenga Yenga, chercheur en sciences spatiales de télédétection du climat et ancien directeur général de l’Institut géographique du Congo (IGC), estime que les pays africains doivent s’approprier la technologie spatiale et qu’elle devrait être enseignée dès l’école primaire.

« Les activités comme la semaine de la science et des technologies permettent de faire comprendre l’importance de ces technologies spatiales à nos gouvernements, au secteur public et au secteur privé… », renchérit la physicienne congolaise Raïssa Malu, présidente de l’association Investing In People, organisatrice de la SST.

Investissement intelligent

Dans un continent où les Etats ont encore du mal à subvenir aux besoins vitaux de leurs populations, Raïssa Malu pense que c’est en travaillant de manière parallèle, c’est-à-dire en ayant à la fois un investissement dans ces technologies tout comme en investissant dans les infrastructures de base que l’Afrique pourra accélérer son développement.

« On ne va jamais passer par toutes les étapes où sont passés les pays développés. Ça n’a pas de sens, on se maintiendrait en retard. Le but c’est d’accélérer ce développement et accélérer ce développement, c’est aussi investir dans ce type de technologie tout en faisant en sorte que les infrastructures de base, notamment l’eau et l’électricité, soient assurées à nos populations », précise-t-elle.

« C’est le message qu’on veut faire passer à nos gouvernements. C’est qu’il ne s’agit pas d’un rêve ni d’un gadget ni d’une folie, c’est vraiment un investissement intelligent », insiste la physicienne.Pour Maram Kaire, l’erreur, c’est de penser que les technologies spatiales sont un rêve ou une sorte de leurre. « Si l’Afrique veut arriver à un certain niveau de développement, il faut qu’on s’y mette et qu’on ne pense pas que c’est loin de nos réalités… C’est quelque chose qui est accessible », dit-il.

« La technologie des satellites a tellement évolué qu’on est à la période des miniaturisations. Des satellites qui coutaient des millions de dollars aujourd’hui sont accessibles pour des centaines de milliers de dollars et accessibles à nos universitaires », assure l’astronome.

L’édition 2022 de la SST était justement placée sous le thème : « les technologies spatiales au service du développement durable en Afrique », et comptait parmi ses partenaires le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique et le ministère de la Recherche scientifique et innovation technologique de la RDC.

Avec Scidev