C’est un moyen très répandu dans divers pays d’Afrique de l’Ouest. Mais ces derniers temps, c’est au Togo que les plus grandes opérations s’effectuent. Des escrocs ont trouvé un nouveau moyen de soustraire de l’argent aux plus crédules avec un simple coup de fil. La société civile dénonce un obstacle juridique à la traque de ces arnaqueurs et appelle le gouvernement à l’aide.

C’est une escroquerie qui, au Togo, a fait des ravages. Selon les estimations du Mouvement Martin Luther King (MMLK), une des principales organisations de la société civile du pays, alarmée par les nombreuses plaintes qui lui sont parvenues, les victimes se comptent déjà par milliers. Le mode opératoire, décrit dans une publication diffusée par l’organisation –connue pour être «la voix des sans voix»– est simple.

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Les arnaqueurs composent un numéro, probablement de façon aléatoire. Une fois qu’ils ont un interlocuteur au bout du fil, ils «jouent sur sa psychologie, invoquant des faits imaginaires, mais suffisamment troublants pour l’amener à tomber dans leur piège», peut-on lire dans le communiqué relayé par le site togolais globalactu.com,

«L’interlocuteur, un inconnu, plonge les victimes dans une imaginaire affaire d’accident ou de maladie grave d’un proche. Ce dernier, poursuivent les arnaqueurs, a besoin de soins immédiats. Et si le parent n’a pas envie de voir mourir son proche, il faut qu’il envoie de l’argent par Flooz ou Tmoney [des plateformes de paiement mobile] afin que l’on prenne soin de lui avant que la famille n’arrive sur les lieux», indique le journal en ligne togolais.

Da Dela, vendeuse de pagnes au grand marché de Lomé, raconte sa mésaventure à Sputnik:

«Mon fils venait de quitter la maison pour passer un examen quand 30 minutes plus tard, quelqu’un m’appelle en me disant qu’il a eu un accident et qu’une ambulance est en train de le conduire à une clinique pour des soins. Il me dit que c’est tellement grave qu’il faut envoyer de l’argent pour commencer la prise en charge par la clinique. J’étais tellement affolée et le scénario paraissait si vrai que je n’ai pas hésité à leur envoyer 100.000 francs CFA (150 euros environ) par Flooz. Ce n’est qu’une fois arrivée à la clinique que j’ai constaté qu’il n’en était rien.»

Des milliers d’autres personnes ont déjà mordu à l’hameçon, selon le MMLK qui appelle les autorités à intervenir devant l’ampleur du phénomène.

Urgence

«Il y a urgence à ce que des actions soient engagées au niveau de l’État pour combattre sans pitié ces individus lugubres sans foi ni loi et mettre fin à leur cynique entreprise», a déclaré au micro de Sputnik Pasteur Edoh Komi, le président du MMLK. L’intervention de l’État, soutient-il, est nécessaire pour traquer ces escrocs parce que «toutes les procédures entreprises auprès des opérateurs de téléphonie mobile pour bloquer les virements ou débiter les comptes des arnaqueurs sont souvent vouées à l’échec».

«À chaque fois, ils nous renvoient vers le procureur de la République pour une autorisation préalable. Mais le temps d’agir, il est déjà trop tard. Les fraudeurs vont retirer l’argent des comptes et changent aussitôt de numéro», regrette Edoh Komi.

Pour le militant, il faudrait que des mesures étatiques draconiennes imposent que l’acquisition de chaque puce électronique passe par un processus d’authentification strict, en exigeant de chaque acquéreur une pièce d’identité en cours de validité. Une procédure qui n’est pas toujours respectée au Togo.

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D’un autre côté, il faudrait, soutient-il, que des poursuites puissent être engagées rapidement contre les auteurs de ces forfaits et qu’ils écopent de peines exemplaires.

En attendant, le mouvement appelle la population à la vigilance et à ne pas paniquer devant «ces alertes de mauvaises annonces à travers les coups de fil rageurs et complaisants des malfrats».

Dans le droit togolais, l’escroquerie, assimilée au vol, est punie de six mois à trois ans d’emprisonnement et d’une amende de 20.000 à 100.000 francs CFA (30 à 150 euros) ou d’une de ces peines seulement.

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