C’est historiquement un euphémisme d’évoquer l’influence des médias dans notre quotidien. Ça l’est encore plus aujourd’hui avec l’anéantissement des distances géographiques et des délais de circulation de l’information grâce à la révolution numérique et aux réseaux sociaux. Ainsi le barycentre des enjeux autour de l’information s’est sensiblement déplacé. D’une problématique d’accès nous sommes passés à un souci de qualité compte tenu des flots quotidiens d’informations qui nous parviennent et surtout des « nouveaux » acteurs des médias que sont leurs propriétaires.

Le point commun entre tous les propriétaires de médias reste une volonté, assumée ou non, d’influencer l’opinion. Idéologiquement, politiquement, économiquement, la palette est plutôt large. Ce n’est pas nécessairement péjoratif. Les médias d’opinion par exemple qui, dans un passé récent, appartenaient à des forces économiques qui en partageaient largement l’idéologie, ont largement contribué aux luttes sociales, aux grandes révolutions et aux avancées démocratiques. Seulement, ils ont la particularité d’annoncer statutairement ou tout du moins publiquement la couleur. C’est autrement plus complexe lorsque la seule revendication assumée est l’objectivité. Dans ce cas le public destinataire de l’information doit être à même d’en juger par lui-même en ayant tous les éléments à sa disposition.

Si nous convenons que les médias sont délégataires de services publics, savoir à qui ils appartiennent devient un impératif démocratique. Avoir cette information n’offre aucune garantie quand aux intensions ou à la qualité des médias. Pour autant, ne pas l’avoir vous prive à coup sûr d’une grille de lecture plus complète des messages qui sont émis.

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Il arrive que des propriétaires de médias se lavent à grande eau en jurant qu’ils n’ont jamais censuré un journaliste et n’ont jamais tenté d’influer sur la ligne éditoriale de leur entreprise. On leur accorde volontiers une présomption de bonne foi puisse ce n’est ni la façon la plus subtile, ni la plus efficace et encore moins la plus répondue d’orienter l’opinion dans le sens que l’on veut.

Il arrive également que des journalistes se défendent d’appartenir à un média partisan. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, on peut être un journaliste exemplaire, faisant un travail appréciable à tout point de vue et appartenir à un média dont l’orientation générale répond à des intérêts qu’on ne maitrise pas nécessairement. Ensuite, il est important de souligner que l’influence que l’on souhaite exercer à travers un média ne passe pas forcément par les journalistes. Outre les animateurs, chroniqueurs et autres éditorialistes, même le choix habile d’un invité peut servir à faire passer un message. Un réalisateur ou un cadreur au sommet de son art peut en un seul plan dire des choses qu’un monologue d’une heure ne suffira pas à démentir.

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Tout ceci pour dire que tous les citoyens doivent vivre avec cette réalité que derrière chaque information qu’on leur donne il y a potentiellement une volonté d’orienter leur manière de penser. Et l’un des éléments incontournables pour permettre à chaque citoyen de mettre en perspective efficacement cet état de fait est de connaitre pour chaque média son ou ses propriétaires.

Depuis son lancement, je me pose la question du ou des propriétaires du groupe E-media Invest. D’abord par simple curiosité. Ensuite par réel intérêt puisque je suis devenu plutôt client de ce qu’ils font. Et puis surtout, j’ai été très étonné que cette information ne sorte pas ou ne soit pas disponible aussi facilement qu’elle l’est pour pratiquement tous les autres groupes de presse du Sénégal.

Ma curiosité a été ravivée récemment lorsque le directeur des programmes de la TFM, Bouba Ndour, a affirmé en direct à la télé qu’un milliardaire avait mis beaucoup d’argent pour créer un groupe de presse dans le but de détruire celui auquel il appartient en débauchant les ressources les plus importantes. Il se trouve que tout le monde avait compris que même sans qu’il ne soit pas qu’il parlait du groupe E-media Invest. Même s’il a regretté ses propos par la suite, il ne les a pas pour autant remis en cause et forcément cela interpelle.

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Je me suis permis d’interroger sur twitter, publiquement certes mais en y mettant les formes je crois, des journalistes du groupe sur l’identité des propriétaires. Certains n’avaient pas la réponse. D’autres n’ont pas répondu. Un 3ème groupe a servi des réponses qu’on peut qualifier au mieux d’échappatoire et desquelles on pouvait aisément déduire qu’ils ne voulaient pas évoquer le sujet. En tout cas pas en public. Il se trouve que l’un d’eux était le directeur général du groupe. J’ai trouvé très curieux qu’il prenne le temps de répondre pour ne rien dire finalement. Qu’à cela ne tienne ! Ceux qui consomment les productions du groupe, dont moi, ont le droit de savoir pour mieux mettre en perspective tout ce qui en sort. Je me suis permis d’enquêter et après recoupement il apparaît que le groupe appartient collectivement à Harouna Dia, Abdoulaye Sylla (Ecotra), Tahirou Sarr et Boubacar Diallo (Dj Boubs). Libre à chacun de pousser l’enquête au niveau qui lui sied et en fonction de l’information qui lui paraitra orientée.

Par Balla DIÈYE

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