Le Sénégal est dans une phase d’opportunité sans précédent dans le domaine du numérique qu’il doit valoriser, pour devenir une “nation numérique majeure”, a indiqué, mardi, Ibrahima Nour Eddine Diagne, président d’African Performance Institute (API).

“Le Sénégal est un pays jeune avec des compétences avérées en matière de numérique. Nous pensons que nous sommes dans une phase d’opportunité sans précédent, mais (qui) est appelée à disparaître si elle n’est pas valorisée”, a dit M. Diagne, selon qui c’est “le moment de provoquer ce débat”.

Il s’exprimait en marge d’une conférence, dans le cadre des “Mardis du numérique”, un cycle de conférences organisé par l’API.

A cette occasion, plusieurs panélistes sont intervenus sur les défis de l’enseignement supérieur dans les domaines de l’innovation et de l’entreprenariat dans une économie numérique, en présence d’universitaires, d’étudiants et d’acteurs de la société civile.

“Il y a dans les cinq prochaines années, un enjeu capital, si notre pays joue la partition qu’il faut – aussi bien l’Etat, le milieu de l’enseignement, le secteur privé, les étudiants -, nous pouvons vraiment prétendre être une nation numérique majeure”, estime Ibrahima Nour Eddine Diagne.

“A contrario, nous risquons, si nous ne faisons rien, d’être une économie marginale”, poursuit-il, estimant qu’avec la révolution numérique, le monde ne se rattrape plus.

“Quand on prend cinq ans de retard, on a perdu cinq ans”, au moment où “les autres ont pris l’avance et ont fini de valider les opportunités qui auraient dû être les nôtres”, a-t-il fait valoir.

Les jeunes principaux destinataires de ces réflexions, doivent comprendre que “dans le monde d’aujourd’hui, c’est les compétences qui font la différence”.

Ils doivent aussi avoir à l’esprit qu’ils “ne sortiront pas avec des diplômes qui les rendront compétents, mais avec des diplômes qui leur donneront des connaissances”, a-t-il souligné.

Il a salué la création de l’Université virtuelle du Sénégal (UVS) que le Sénégal “n’a pas copiée”, et qui malgré des problèmes, portera ses fruits avec le temps avec “un gain de compétitivité”.

Ibrahima Nour Eddine Diagne a évoqué “les profondes mutations” d’un monde passé d’une “domination par la force”, à travers l’esclavage et la colonisation, à une “domination par les compétences”.

Un monde dans lequel la souveraineté ne s’applique plus à un territoire, et où “Facebook connaît plus les Sénégalais que l’Etat du Sénégal”, en maîtrisant leurs préférences et autres caractéristiques.

Pour cheikh Thiam, directeur exécutif du Club des investisseurs du Sénégal et ancien directeur général du quotidien Le Soleil, un des panélistes, le Sénégal a déjà réalisé des avancées numériques en matière de procédure dans plusieurs secteurs.

Il devrait désormais mettre l’accent sur le paiement numérique pour gagner du temps et régler certaines “petites corruptions”, a-t-il dit, avant d’inviter à établir “des ponts entre les écoles de formations, les universités et le monde de l’entreprise”.

Cette perspective peut être accompagné par la création d’un fonds d’appui à l’innovation et à la recherche, qui serait à frais partagés entre l’Etat et les entreprises.

Il propose aussi un système d’incitation par la défiscalisation en faveur des entreprises qui créent des laboratoires de recherche.

“Le Sénégal est en train de progresser en matière d’innovation”, a dit pour sa part le professeur Amadou Thierno Gaye, directeur de la recherche et de l’innovation au ministère de l’Enseignement supérieur.

Il note que le Sénégal a gagné six places, selon le rapport 2018 du Global Innovation Index, publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).

Le concept des “Mardis du numérique”, qui en en est à sa 11-ème édition, vise à “provoquer ce dialogue” qui manque sur une question aussi transversale que le numérique, a dit Ibrahima Nour Eddine Diagne président de African Performance Institute (API), à l’origine de cette initiative.

Chacun fait de son côté ce qu’il pense être plus pertinent, alors que le rôle des uns et des autres “n’est pas de trouver des solutions, mais de poser les bonnes questions”, selon M. Diagne.

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