C’est aujourd’hui que le docteur Aloyse Waly Diouf quitte le ministère de la Santé. Directeur de cabinet du ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr, depuis maintenant deux ans, il va mettre ses compétences à la disposition de l’OMS. Personnalité courtoise et ferme à la fois, Aloyse a surpris plus d’un. Portrait.

Coup de tonnerre dans un ciel déjà ténébreux ! La lutte contre la Covid-19 au Sénégal perd un de ses vaillants généraux en plein virage critique, marqué par une montée des cas communautaires et des cas de décès. Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que le géant à la voix grave se retire, à ce stade du combat ? Rien de particulier, si ce n’est une promotion antérieure à la crise sanitaire.

Docteur Aloyse Waly Diouf va faire valoir ses compétences à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il est évident que son timbre vocal imposant va manquer aux Sénégalais. On s’était habitué à ce ton caverneux qui faisait partie du décor des bilans quotidiens de la pandémie de Covid-19 au Sénégal. L’homme a pourtant toujours voulu vivre dans l’ombre. Directeur de cabinet du ministère de la Santé et de l’Action sociale, son nom ne disait pas grand-chose au grand public. On peut dire, sans se tromper, qu’il fait partie des « révélations » de la pandémie de Covid-19 au Sénégal. S’il est resté dans l’anonymat jusqu’en mars 2020, il n’en demeure pas moins que le Dr Aloyse Diouf a occupé une place stratégique au département de la Santé.

Originaire de Fadiouth, M. Diouf a vu le jour le 27 janvier 1971 à Tivaouane. Sérère bon teint, il a grandi à Mboro, à la cité Mbaye-Mbaye où il a fait ses études primaires dans une école privée. Décrit comme un élève très sage et intelligent par sa famille et ses amis, il a toujours été premier de sa classe jusqu’en CM2. Un brillant parcours qui lui permet d’intégrer le prestigieux Prytanée militaire de Saint-Louis.  On est en 1982, et le jeune Diouf débarque dans un milieu qui requiert sérieux et abnégation. Il arrive tout de même à s’y adapter petit à petit. Dans cet établissement d’élite, malgré son QI bien développé, il trouve bien meilleurs que lui. Les premières places du classement lui échappent bien souvent, mais il gagne en endurance et en humilité. C’est dans ce temple du savoir qu’il a fait la connaissance de Sanou Ndiaye. Et plus rien ne les séparera. 

Pour ce dernier, le désormais ancien directeur de cabinet du MSAS est un homme extraordinaire. Aloyse a une sagesse et une discipline extraordinaires, confie-t-il. En plus de cela, il était un très bon élève, témoigne l’ancien camarade d’école. ‘’Il était au 6e A au prytanée. Il a fait latin et grec. C’est pourquoi il parle bien français. Par ailleurs, il aime bien la belle vie et aller à la plage’’, glisse-t-il.  Avant de poursuivre : Aloyse roulait bien les ‘’R’’ comme beaucoup d’habitants de Joal et Fadiouth. Et pour le chambrer on lui demandait de répéter : ‘’Sama deureum dafa rer ci ronron bi’’, se rappelle M.  Ndiaye. 

Le Docteur Diouf est aussi peint comme une personne très effacée. Il fut basketteur. Cela vous surprend d’un géant pareil ? Il était dans l’équipe de basket de l’école militaire de Saint-Louis. Il a gagné la Coupe du Sénégal à l’Uassu, en 1986, raconte son ami.

Au plan professionnel, de juin 2008 à mai 2010, il était médecin, éducateur au Service national de l’éducation et de l’information pour la santé (Sneips). Une entité dont il sera le patron plus tard, entre mai 2013 et septembre 2017, après un passage à Thiès (2010-2011) comme adjoint du médecin-chef, avant d’être affecté à Mbour.  Cette fois-ci en tant que médecin-chef de district.  En 2017, il quitte le Sneips parce que nommé conseiller technique n°1 du ministre Abdoulaye Diouf Sarr.

Mais, souligne M. Ndiaye, ce n’était pas du tout facile pour lui en tant qu’employé au Sneips, en 2008. ‘’En entreprise, on ne plait pas forcément à tout le monde. Des coups bas, il en a énormément reçu au Sneips. Mais il a su être patient jusqu’à ce que la chance lui sourie. Beaucoup de Sénégalais ignorent la personnalité de ce monsieur et se hasardent souvent à le juger. Quand il a accepté de partir à l’OMS, il y a eu un tollé. Pourtant, quand il avalait les couleuvres, il n’y avait personne pour être à ses côtés’’, relève son ami.

’’Mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir ma maman, en ces moments’’ 

Sanou Ndiaye reste convaincu qu’Aloyse mérite le meilleur, parce qu’ayant non seulement un bon fond, mais également parce qu’il est très croyant et altruiste. D’ailleurs, se rappelle-t-il, en 2018, le Dr Diouf a été choisi comme parrain d’une action sociale que le groupe No Stress Land avait organisée en faveur des enfants atteints de cancer. ‘’Il a fait l’impossible pour la réussite de cette activité’’, fait-il savoir. Dans la même veine, le curé de la paroisse Saint-Paul de Grand-Yoff et vicaire épiscopal chargé du service, Abbé Alphonse Biram Ndour, soutient que le Dr Diouf est, sans conteste, un homme très engagé dans la vie de son église, en particulier de l’archidiocèse de Dakar. Ils se sont connus dans les années 2004-2005, alors qu’il préparait la Journée mondiale de la jeunesse à Ziguinchor.

L’évènement rassemblait tous les diocèses du Sénégal, mais aussi de la Mauritanie, de la Gambie de la Guinée-Bissau, du Mali et de la Côte d’Ivoire.  C’était un dispositif important, se remémore le prêtre, qui avait été mis en place. ‘’Le Dr Diouf a été l’une des pièces maitresses de ce dispositif, tant son engagement ne souffrait d’aucune retenue, d’aucun équivoque.  Il est très hargneux dans le travail. Nous avons pu compter sur le savoir-faire de cette personne qui est tout à la fois très discrète est vraiment très loyale en amitié’’, témoigne l’abbé Ndour.

Il a su alors jouer sur ses relations pour leur faciliter le travail. ‘’Ses rapports d’amitié nous ont permis de pouvoir décrocher un dispositif sanitaire très efficace’’, raconte le curé. Lui-même étant le responsable de la commission santé, il a réussi à faire en sorte que, de Dakar jusqu’à Ziguinchor, on ait pu bénéficier de relais à travers les postes de santé, les dispensaires et hôpitaux que nous traversions. Mais également à travers les dispositifs roulants tels que les ambulances. Aussi, le Dr Aloyse était d’un grand apport, parce qu’ils ont connu des cas très complexes de santé qui ont pu être évacués sur Dakar à travers l’avion militaire.

‘’C’est sous son magistère que le ministère a pris en charge certains frais liés à la marche pèlerinage’’

Lorsqu’ils sont sortis de cette expédition, ils ont fait face à la marche pèlerinage du diocèse. A l’époque, elle était organisée pour la première fois par le Cicomap (Comité interne décanal de la marche pèlerinage). Ce comité venait remplacer le CCMP qui organisait la marche depuis une vingtaine d’années. Dans ce dispositif, le Dr Diouf était aussi une pièce maitresse.  Il est parti de responsable de la commission pour l’organisation des JMJ, à responsable de la commission pour la marche pèlerinage et particulièrement pour le pèlerinage national de Popenguine. Ainsi, ils ont repris l’organisation de cette marche en 2005, alors que tout était à refaire et à remettre sur les rails. Le Dr Aloyse a su efficacement apporter sa pierre à l’édifice. Son professionnalisme lui vaut d’ailleurs l’admiration de l’abbé Ndour. ‘’J’apprécie sa maitrise de son domaine. Il a été responsable de Présence médicale Saint Luc (une association chrétienne catholique de jeunes médecins, infirmiers, de personnel travaillant dans la santé)’’, fait-il savoir.

Par conséquent, le curé de la paroisse Saint-Paul de Grand-Yoff n’est pas surpris par la promotion obtenue par son ami. Il se souvient lui avoir dit une fois que son engagement pour l’église ne saurait s’arrêter seulement dans l’église et qu’il peut aller plus loin pour son pays. ‘’Aujourd’hui, la prophétie a donné raison, puisqu’il sort brillamment du ministère de la Santé, étant sollicité pour un poste au plan mondial à l’OMS. Cela est le couronnement de tant d’efforts que le docteur a eu à faire et qui lui ont permis de se forger cette compétence, cette loyauté dans ses services et ses relations’’, apprécie abbé Alphonse Biram Ndour.

Mais ce qu’il faut également dire est que le docteur Aloyse Waly Diouf n’a pas atterri à l’OMS par hasard. Il connaît très bien cette organisation dont il a été un des experts évaluateurs, avec des missions dans près de 12 pays africains, entre 2005 et 2017. Il est heureux d’y aller et aurait aimé voir quelqu’un assister à cette ascension. ‘’Mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir ma maman, en ces moments’’, confesse le médecin.

Le regret de Diouf Sarr est surement et sans nul doute de perdre un collaborateur de la trempe du Dr Diouf, en pleine crise. Il a cumulé diverses expériences en matière de gestion de crise sanitaire.

En effet, depuis mai 2013, il est le coordonnateur du volet communication du Comité national de gestion des épidémies (CNGE) du Sénégal. À ce titre, il avait dirigé la commission communication du comité de gestion, durant l’épidémie Ebola, en 2014.  Ce coordonnateur du Réseau des communicateurs en santé de la CEDEAO a toujours assisté le MSAS dans ses prises de parole et stratégies de communication de crise, communication pour le développement, communication institutionnelle ou celle portée sur les risques.

Aujourd’hui, il va à l’OMS pour un nouveau challenge.

Parler du Dr Aloyse est, pour Serge Badji, un exercice très difficile et contraignant. Leurs trajectoires se sont croisées en 2000, au comité d’organisation du pèlerinage marial où Aloyse s’occupait de la commission médicale et M. Badji représentait les scouts. Ils ont géré toutes les grandes manifestations religieuses (Journées mondiales des jeunes catholiques, marches et pèlerinages, les campagnes de consultations annuelles jusqu’en 2015). ‘’Je retiens de l’homme 4 vertus. Son appartenance au corps médical est pour lui sa manière de pratiquer l’Evangile. Il aime servir avec passion ses frères dans le Christ. C’est durant son magistère que le ministère de la Santé a doublé et même pris en charge certains frais liés à la marche pèlerinage. Mais aussi aux autres activités religieuses qui se déroulent à Popenguine, hormis le grand pèlerinage marial’’, révèle Serges Badji.

La timidité, une de ses faiblesses

Selon lui, le don de soi est une de ses qualités. Chaque année, après les célébrations, il ne rentrait que le lundi tard ou le mardi, après avoir pris en charge des pèlerins ayant des problèmes médicaux ou internés au centre de santé. Il aime servir son prochain, sa famille et partager. Cela, confie M. Badji, il l’a hérité de ses parents et surtout de sa maman (‘’paix à son âme’’). Il préfère se priver que de se servir. Avec les impaires des activités, il arrivait qu’il cède son matelas à un autre avant de s’engouffrer dans une ambulance pour y dormir. A son avis, le désormais ancien directeur de cabinet du ministre Diouf Sarr est un leader qui aime inciter à l’action pour obtenir un résultat avec son sens d’initiative, sa maîtrise de soi et surtout le goût d’une organisation bien faite. ‘’Bien qu’il n’ait pas fait sa promesse scoute, je retiens de mon frère une de ses faiblesses : sa timidité’’, dit Serge Badji.

‘’Sa position hiérarchique n’a rien changé en lui. Au contraire, cela a renforcé son humilité et son amour du prochain’’.  C’est par ces mots que le directeur général du Sneips, le docteur Ousmane Guèye, a décrit son ‘’frère’’ et collègue. ‘’Petit Alou », c’est ainsi qu’il l’appelle, fait partie des rares fonctionnaires du MSAS présents au poste du lundi au lundi, et cette assiduité s’est renforcée considérablement avec cette pandémie de la Covid-19.  Sur le plan professionnel, il le trouve très engagé et a le sens de l’innovation et de l’écoute. ‘’Ce qui est très rare aujourd’hui et que l’on retrouve chez Aloyse, c’est la loyauté. Nous nous sommes connus en 1990 à la Fac. C’est un grand poète. A l’université, il faisait des poèmes pour nous’’, révèle le Dr Guèye.

‘’Il n’a jamais répondu à ma collaboration’’

Le secrétaire général du ministère de la Santé et de l’Action sociale, Alassane Mbengue, ne regrette pas d’avoir travaillé aux côtés du directeur de cabinet durant presque trois ans. Selon lui, grâce à sa rigueur, son professionnalisme et ses nombreuses qualités humaines, ils ne font pas de distinction entre leurs deux fonctions. Très souvent, révèle M. Mbengue, c’est dans son bureau, compte tenu de la proximité physique avec le bureau du ministre, qu’ils traitent un certain nombre de dossiers. ‘’Il a réussi à bien gérer le cabinet durant ces années. Ce n’est pas facile. Parce qu’un directeur de cabinet est entre le technique et le politique. Il ne faut pas être équilibriste, mais il faut faire en sorte que les deux mamelles puissent aller ensemble. C’est ce qu’il a pu réussir. Bien entendu, avec l’appui du ministre, mais également grâce à l’appui de tous les membres du cabinet et du secrétariat général’’, soutient M. Mbengue.

Selon lui, dès qu’il a pris fonction au cabinet en tant que CT1, ils ont commencé à tisser des relations assez fortes. C’est ce qui a facilité d’ailleurs leur collaboration. Mais quand il s’agit de travailler, il s’écarte de toute futilité. Il le trouve comme un homme entier qui dit ce qu’il pense avec la courtoisie qu’il faut. ‘’Dans un cabinet, les gens n’ont pas toujours les mêmes avis. En réunion, quand il émet une idée, s’il se rend compte qu’il n’est pas suivi ou que son idée n’est pas retenue, il a l’humilité de l’accepter et d’avancer’’, informe M. Mbengue.

Selon lui, son ancien collaborateur mérite cette promotion, parce qu’il a énormément donné au système de santé du pays. Monsieur Mbengue reste persuadé qu’il va réussir sa mission à l’OMS. Dans la même veine, le secrétaire général du Sames, Docteur Yery Camara, affirme qu’il est très ouvert et à l’écoute. ‘’Il a servi avec honnêteté et dévouement le ministère de la Santé. Nous avons des relations cordiales. Il a toujours participé à la plupart de nos négociations’’.

Toutefois, tel n’est pas le cas pour le bureau sortant de l’Ordre national des médecins du Sénégal qui peint l’homme comme quelqu’un de froid. De l’avis de l’ancien vice-président dudit ordre, Docteur Joseph Mendy, leur collaboration n’a été que de façade. Comme qui dirait, personne ne fait l’unanimité.

 

Par Viviane Diatta ,Enquête

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