Entretien avec Khoudia Gueye NDOYE, Ingénieure en informatique, Présidente de SenChix, Commissaire à la Commission de Protection des Données personnelles (CDP), Directrice des Infrastructures et des Systèmes d’Information (DISI) et Présidente du Comité universitaire de Dialogue Social (CUDS) à l’UVS.

Comme toutes les organisations, l’Université virtuelle du Sénégal (UVS) a dû s’adapter face à la crise sanitaire liée à la Covid-19. En effet, la pandémie a eu des répercussions sur son fonctionnement entraînant une transformation des méthodes de travail et une accentuation des sollicitations externes. Pour répondre aux nouveaux besoins du personnel et des acteurs externes, la Direction de la Formation et de l’Ingénierie pédagogique (DFIP) et la Direction des Infrastructures et des Systèmes d’Information (DISI) ont développé des solutions. Allons à la découverte de celles-ci.

L’UVS est sollicitée dans la riposte contre la Covid-19. Comment cela se traduit au niveau de la DISI en termes de réalisations techniques pour les besoins en interne ainsi qu’en externe ?

« L’avantage de la plateforme de télétravail est qu’elle permet entre autres de tenir en parallèle plusieurs réunions dans différentes salles virtuelles avec des capacités presque infinies, ce qui n’est pas possible en environnement réel où le nombre de salles est limité,… »

Depuis le début de la crise, la DISI a mis en place plusieurs solutions visant à accompagner d’une part les utilisateurs internes et, d’autre part des partenaires externes dans le cadre des services à la communauté.

Pour le personnel, d’abord une plateforme de télétravail sous Moodle a été mise en place dès les premiers jours en collaboration avec la Direction de la Formation et de l’Ingénierie pédagogique (DFIP) qui avait en charge les enrôlements par structure ou par projet.

Cette plateforme accessible via https://teletravail.uvs.sn a permis au personnel d’organiser des réunions virtuelles à leur convenance, de disposer d’espaces d’échanges par chat ou forum de discussion mais aussi de partager des documents. L’avantage de la plateforme de télétravail est qu’elle permet entre autres de tenir en parallèle plusieurs réunions dans différentes salles virtuelles avec des capacités presque infinies, ce qui n’est pas possible en environnement réel où le nombre de salles est limité, leurs capacités sont également limitées et certaines peuvent être occupées pendant qu’un groupe de personnes aurait voulu y tenir une réunion.

Outre cette plateforme à accès permanent dédiée au personnel, plus de 120 réunions virtuelles ont été organisées par le personnel avec des prestataires, partenaires et autres intervenants externes. Pour ce genre de réunions, le personnel passe par le portail de réservation de ressources.

Par ailleurs, la Direction des Infrastructures et des Systèmes d’information (DISI) a mis en place un VPN (réseau privé virtuel – NDLR) qui permet un accès à distance sécurisé aux applications métiers et serveurs hébergés en local.

Dans le cadre des services à la communauté, la DISI a également déployé une plateforme de télétravail dédiée aux partenaires (Enda Ecopop, Nebeday, l’UT, etc.) et à notre ministère de tutelle, notamment la Direction générale de l’Enseignement supérieur (DGES) et la Direction générale de la Recherche et de l’Innovation (DGRI) et accessible sur https://e-rooms.uvs.sn ainsi que des plateformes de formation pour le Centre des Opérations d’Urgences sanitaires (COUS) (https://formation-cous.uvs.sn) et l’Université du Sine Saloum Elhadji Ibrahima NIASSE (USSEIN) ( https://ussein.uvs.sn ).

Nous  avons également appuyé le projet “100 mille étudiants contre la Covid-19”  avec l’hébergement des sites web http://www.etudiantscontrec19.sn/ et http://formation.etudiantscontrec19.sn/ sur nos serveurs

Comment l’équipe de la DISI est organisée en cette période de pandémie pour assurer la continuité de ses services ?

« Nous avons été plus productifs dans ce nouveau format de travail à distance. »

Il n’y a pratiquement pas eu beaucoup de changements, car nous avons l’habitude de travailler de façon virtuelle et en instantané avec Google hangouts ; la réactivité étant une valeur fondamentale à la DISI.

En effet, pour beaucoup de projets, nous avions créé des groupes hangouts pour faciliter la coordination des tâches par exemple avec la DFIP, les Agents Gestionnaires Techniques (AGT), etc.

Vu l’efficacité de cette méthode, dès la date de début du télétravail à l’UVS, nous l’avons adoptée, en créant des groupes sur hangouts pour rester en contact permanent avec chaque équipe (DISS, DASN et SE/AGT), en plus de l’utilisation des trois (3) salles virtuelles de la DISI disponibles sur l’espace de télétravail.

Néanmoins, la DISI étant au cœur de certains projets d’envergure comme le Projet d’appui à l’Université virtuelle du Sénégal (PAUVS) et le Smart Sénégal (pour volet Education), des déplacements sur site au siège sont effectués au besoin pour la réception ou la mise en service d’équipements (onduleurs, serveurs, ordinateurs des étudiants).

Ainsi notre représentant à la commission de réception a eu à se déplacer pour participer à la réception des équipements et vérifier leur conformité.

A part ces cas spécifiques, tout le travail se fait à distance et de façon très efficace. Je pense que nous avons été plus productifs dans ce nouveau format de travail à distance.

L’UVS a adopté le télétravail depuis l’annonce de la fermeture des écoles et universités à partir du lundi 16 mars 2020 et la limitation des déplacements par le Président de la République. Quels outils ont été mis en place pour permettre aux personnels de continuer à assurer leurs missions ?

Comme nous venons de le dire, la plateforme de télétravail et le VPN sont les principaux outils nouvellement mis en place.

Cependant, à la DISI, nous veillons toujours à fournir un service de qualité avec des niveaux de performances très satisfaisants, aussi bien en terme d’accessibilité mais aussi de rapidité et de stabilité pour permettre aux personnels d’assurer leurs missions et aux étudiants d’étudier dans les meilleures conditions.

En effet, en matière de gestion des systèmes d’information, il est fondamental que les outils numériques mis à leur disposition soient hautement disponibles, et c’est notre défi de tous les jours.

J’ai la chance d’avoir une équipe très jeune, formée aux dernières technologies et très dynamique et avec notre expérience, nous essayons de nous conformer aux standards en matière de gestion d’infrastructures pour garantir un niveau de service assez satisfaisant pour nos clients que sont les étudiants, les personnels, enseignants associés, tuteurs ainsi que le grand public.

Y-a-t-il d’autres dispositifs exceptionnels mis en œuvre en interne comme en externe pour appuyer des missions ou services spécifiques ?

Oui, il y en a eu énormément, nous allons juste en citer quelques-uns.

En effet, depuis le début de la crise, nous avons travaillé en étroite collaboration avec l’Agence De l’Informatique de l’Etat (ADIE) et CFAO Technologies pour la mise à niveau de notre infrastructure hébergée à l’ADIE. Nous remercions vivement ces partenaires techniques pour leur accompagnement tant apprécié. Ceci permettra à nos étudiants de disposer d’environnements d’apprentissage encore plus performants.

Nous avons également accompagné notre ministère de tutelle, notamment la DGES et la DGRI dans le cadre, respectivement, du plan de continuité pédagogique et académique dans les IES et de l’Observatoire national des Sciences, des technologies et de l’innovation pour la riposte contre la COVID-19 (Ocovid19), en mettant à leur disposition notre plateforme de webconference ainsi qu’un formulaire d’inscription aux groupes thématiques et composantes.

Au total, plus de cent huit (108) rencontres ont été organisées sur notre plateforme de webconference par notre ministère de tutelle et des partenaires.

En plus de l’accès à e-rooms.uvs.sn, nous avons accompagné le lycée technique professionnel François Xavier NDIONE de Thiès à avoir la  Gsuite Education avec plus de deux mille (2000) comptes.

Nous avons également mis en place un serveur pour l’hébergement du portail d’accès aux plateformes de formation en ligne de tous les IES (projet en cours).

Dans le cadre du partenariat avec Orange EMEA, nous avons déployé une plateforme Moodle pour Orange Côte d’Ivoire.

Un nouveau dispositif vient de confirmer la maturité de notre infrastructure réseau. Il s’agit de l’acquisition des ressources IP suivantes :   un ASN, un préfixe IPv4 de /22 et un préfixe  IPv6 de /48. Ce qui nous donne un univers de possibilités pour déployer des services numériques avec la plus grande autonomie dans les cinq (05) prochaines années.

Nous venons de configurer le peering BGP avec Expresso que nous remercions pour sa franche collaboration.

Comment se fait la gestion du parc informatique à l’heure actuelle, notamment dans les Espaces numériques ouverts (ENO), fermés depuis le début de l’état d’urgence ?

Evidemment, les ENO étant fermés, personne ne pourra faire de maintenance physique sur le parc qui est à l’arrêt pour l’essentiel.

Cependant la maintenance logicielle des infrastructures réseaux et systèmes continue à se faire avec des mises à jour automatiques planifiées ou manuelles sur les équipements en service.

Le besoin de connexion ne s’est-il pas accentué, compte tenu du fait que les étudiants ne se déplacent plus vers les ENO ?

« Nous invitons tous les opérateurs à proposer des offres sur mesure dédiées aux élèves et étudiants avec un accès illimité à leurs ressources pédagogiques hébergées dans le pays. »

« Nous envisageons de mettre en place une application mobile disponible pour permettre aux étudiants d’accéder à leur espace numérique de travail hors connexion. »

Certainement au niveau des étudiants, leur forfait de cinq (05) Go par mois pourrait ne plus suffire étant donné qu’ils fréquentaient les ENO et pouvaient se connecter et ainsi économiser leur forfait. Les ENO étant fermés, les étudiants n’ont que leur forfait, encore que ceux de la Promotion 7 n’en ont pas, mais nous espérons trouver une alternative rapidement.

C’est la raison pour laquelle nous sommes en négociation avec les opérateurs pour un accès illimité à nos plateformes sur les forfaits de nos étudiants, de sorte que leur crédit ne puisse être consommé que pour l’accès à l’Internet public et non à des services pédagogiques.

Nous invitons tous les opérateurs à proposer des offres sur mesure dédiées aux élèves et étudiants avec un accès illimité à leurs ressources pédagogiques hébergées dans le pays. Si c’est possible de le faire avec Facebook, pourquoi pas avec nos plateformes de formation.

Par ailleurs, nous envisageons de mettre en place une application mobile disponible pour permettre aux étudiants d’accéder à leur espace numérique de travail hors connexion.

Nous encourageons les étudiants à utiliser Moodle Desktop et Moodle Mobile pour accéder aux ressources pédagogiques de leurs plateformes en mode offline.

En ce qui concerne nos services, nous n’avons pas senti de saturation car nous avons conçu un système assez résilient qui s’adapte par rapport à la montée des flux.

En effet, l’UVS a investi plus de 300 millions entre 2018 et maintenant pour bâtir une infrastructure de qualité au niveau système, réseau et sécurité.

Au niveau de nos charges d’exploitation, il faut aussi noter que le coût de la connectivité Internet est très important. Mais c’est une politique volontariste pour asseoir un système d’information de qualité, digne d’une université numérique avec plus de 30.000 étudiants.

Rien qu’au siège, nous avons une bande passante de plus de 100 Mbps, sans compter l’utilisation de la liaison spécialisée partagée des universités pour nos serveurs hébergés à l’ADIE.

Les ENO également disposent d’une double connexion, une vers l’ADIE et une autre vers un fournisseur d’accès Internet pour garantir une redondance.

Nous remercions également la SONATEL qui a donné un avis favorable à notre requête de suspension du service et de la facturation des LS au niveau des ENO à compter du mois d’avril, étant donné qu’ils sont fermés à cause de la crise.

En tant qu’actrice du numérique, quels enseignements avez-vous tiré de cette situation, qui a replacé le secteur au cœur des stratégies ?

« Cette crise m’a convaincue que nous africains, devons investir dans le développement de nos infrastructures IT (datacenters, fibre optique, points d’échanges Internet, LTE, etc.) afin d’oser espérer une souveraineté numérique, de fournir à nos citoyens une belle expérience utilisateur et de refuser une colonisation technologique. »

Cette crise me conforte dans ma vision d’il y a quelques années, qui consiste à dire que le numérique allait devenir incontournable quel que soit le domaine d’activité dans lequel on évolue.

L’on se demande même jusqu’où va nous mener cette transformation digitale ?

Ou alors quel est le rôle du numérique dans le nouvel ordre mondial dont on parle beaucoup ces derniers temps ?

La dématérialisation n’a jamais autant touché un si grand public, aucun secteur n’est épargné, que ça soit le public, le privé ou l’informel. Combien de groupes et de communautés sont en l’espace de deux (02) mois devenus si familiers à zoom, webex, teams, meet, collaborate ect.

Néanmoins, nous devons être vigilants dans cet univers virtuel en nous comportant de façon responsable et citoyenne. Nos données personnelles, ne les partageons jamais avec des inconnus. Et même si nous devons les partager avec des personnes ou structures de confiance, nous devons connaître nos droits et limites en matière de protection de la vie privée.

Cette crise m’a convaincue que nous africains, devons investir dans le développement de nos infrastructures IT (datacenters, fibre optique, points d’échanges Internet, LTE, etc) afin d’oser espérer une souveraineté numérique, de fournir à nos citoyens une belle expérience utilisateur et de refuser une colonisation technologique.

Mais cela ne suffit pas, il nous faut une vision globale déclinée dans une stratégie numérique incluant un cadre juridique, institutionnel et de régulation adéquat et en formant une masse critique de ressources humaines dans les technologies de pointe et d’avenir (IA, IoT, Blockchain, big data, etc.).

Il est clair qu’il existe d’excellents outils sur le CLOUD, mais optons pour des environnements hybrides, allons vers le CLOUD oui mais investissons également sur nos infrastructures IT et pour le développement des contenus africains afin d’enrichir et de valoriser la contribution des africains au développement de l’Internet.

Avez-vous un message à lancer ?

Si l’UVS arrive à faire face à la crise, c’est grâce à ses ressources humaines de qualité.

Permettez-moi de féliciter très chaleureusement tous mes collaborateurs de la DISI, sans exception aucune, et des agents de la DFIP qui ont vu leur charge de travail multipliée par deux ou plus pendant cette crise sanitaire, rien que pour satisfaire toutes les requêtes internes comme externes en un temps record.  Je suis très fière de vous tous.

Je suis aussi fière de toute l’UVS dans sa globalité et très honorée de participer à ce projet d’avenir qui n’est qu’à ses débuts, projet créé et mis en œuvre par des femmes et hommes sénégalais.

Avant de terminer, permettez de remercier Monsieur le Coordonnateur, le Professeur Moussa LO, pour sa confiance sans cesse renouvelée à la DISI mais aussi pour son style de management hors du commun.

Qu’ALLAH nous donne la force de poursuivre encore l’aventure, nous avons encore beaucoup d’idées pour l’UVS, pour le Sénégal.

 

Entretien réalisé par Garmy Sow et Mamadou Alpha Sané (UVS).

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