samedi, juillet 20, 2024

Pr Mary Teuw Niane: Mon rêve, la fin de l’ignorance

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Avons nous suffisamment conscience du boulet que constitue l’analphabétisme dans la marche de notre pays vers le développement ?

N’est-il pas plus facile de mobiliser des personnes instruites pour réaliser un programme de développement qui, en aucune façon, ne peux se passer de connaissances et de compétences ?

N’est-il pas plus efficace d’engager des personnes capables par elles-mêmes d’utiliser tous les moyens de s’informer et d’apprendre pour bâtir la voie vers le bien-être des populations ?

Savoir lire et écrire est un droit inaliénable de toute personne en ce siècle de la connaissance.
Alors comment peut-on être indifférent à cette frange importante de notre population qui ne sait ni lire, ni écrire ?
Mettons les points sur les i !
Savoir lire et écrire ne se résume pas à savoir lire et écrire en français.
Face à la connaissance toutes les langues sont d’égales dignité !
Oui, nos langues maternelles, toutes nos langues maternelles, l’arabe et le français sont les langues dans lesquelles les connaissances sont transmises à la base chez nous. Ces langues sont d’égales dignité.
Les caractères arabes ont permis pendant des siècles, avant l’usage du français, l’écriture de nos langues nationales.
Aujourd’hui le gouvernement a adopté la codification de nos langues nationales en utilisant les caractères latins.
Dans tous les cas, dans nos campagnes, dans les réseaux sociaux les caractères arabes et français sont utilisés pour tenter d’écrire nos langues maternelles, pour tenter de se faire comprendre, pour communiquer.
Faute de formation, chacun écrit comme il l’entend nos langues maternelles faisant fi de la codification et des règles de grammaire.
Il y a un réel besoin d’apprendre à écrire nos langues maternelles, une vraie envie de communiquer par l’écriture dans nos langues maternelles.
Il suffit de parcourir les posts sur Facebook, les messages sur WhatsApp et les affiches publicitaires dans les rues, pour voir les mots et les textes dans les langues maternelles écrits avec plein de fautes et souvent, lorsqu’il s’agit du wolof, avec beaucoup de contre sens. On confond dans beaucoup d’affiches publicitaires jàmm et jaam, paix et esclave, par exemple.
Savoir lire et écrire donne à une femme et à un homme le moyen de sauvegarder leur dignité, d’exercer leur citoyenneté et de contribuer pleinement à la construction du développement du pays.
Éliminer l’analphabétisme n’a pas de prix.
C’est pourquoi il sera impératif d’organiser une mobilisation citoyenne nationale pour éradiquer dans le plus bref délai l’analphabétisme.
Toutes les personnes qui savent lire et écrire devront y participer pour que dans nos quartiers et dans nos villages, dans les recoins les plus éloignés ou les plus isolés, qu’il n’y ait plus une seule personne analphabète.
La direction de l’alphabétisation éditera les manuels de formation, et en association avec les associations et les ONG d’alphabétisation, le département de Langue et Culture africaine de l’UFR CRAC de l’UGB, le département de Linguistique de la FLSH de l’UCAD, etc., devra former massivement dans un délai très court les formateurs.
Les associations sportives et culturelles (ASC), les GIE de femmes et de jeunes, les mbootaay, les associations de natt des femmes, les bajanu gox, les imams, les prêtres, les chefs de quartiers, les chefs de villages, les retraités, les sages, les artistes, les communicateurs traditionnels, les élèves, les étudiants, les enseignants, les agents de l’administration et du secteur privé, etc., devront être mis à contribution pour sensibiliser et participer à cette opération nationale d’éradication de l’analphabétisme.
Tous les moyens de l’État et toutes les modalités de formation, numérique, présentiel, multimédia, devront être utilisés pour réussir, dans le plus bref délai, à toucher toutes les personnes sans exception.
Réussir à lire et à écrire doit être promu au rang des plus grandes réussites individuelles, des plus grands succès du citoyen sénégalais, de l’habitant du Sénégal.
Par tous les moyens matériels, financiers, culturels et moraux les pouvoirs publics mettront en valeur les expériences collectives réussies d’alphabétisation des villages, des quartiers, les expériences individuelles réussies de vieilles personnes, de personnes en situation de handicap, de communautés défavorisées.
Les meilleurs formateurs seront primés.
Le combat contre l’analphabétisme sera un combat qui réunira toute la population sénégalaise sans distinction d’appartenance politique, religieuse, ethnique et régionale.
Les étrangers qui vivent parmi nous seront invités à y prendre part.
Cette bataille sera accompagnée par la construction de médiathèques dans chaque commune du Sénégal avec des ouvrages en français, en arabes et en langues nationales, l’édition hebdomadaire du Soleil et d’un recueil des dépêches de l’Agence de presse sénégalaise (APS), l’édition du journal officiel, dans toutes les langues nationales et en arabe.
La fin de l’analphabétisme permettra de faire du Sénégal la grande école ouverte dans laquelle la Sénégalaise et le Sénégalais auront une soif insatiable d’apprendre, de découvrir, de se cultiver, d’être patriote et citoyen du monde nouveau qui se construit principalement avec la connaissance.
Mon plus grand rêve est de voir vivant ce jour arrivé.
Je vous souhaite une excellente journée sous la protection divine. Juma Mubaarak.
Jërëjëf, jaaraama, njook njal, albarka.
Dakar, vendredi 21 juillet 2023
Prof Mary Teuw Niane