mardi, mars 5, 2024

L’Europe, terre de science et de technologie

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L’Europe est le Continent, en dehors de l’Afrique, où j’ai vecu le plus. J’y ai des amis, des frères, des sœurs, des cousins et des doyens.

France

La France est le pays d’Europe que je connais le plus.
Terre de mes études supérieures, la France est aussi le pays où j’a enseigné dans ses universités et écoles d’ingénieurs.
C’est en France que j’ai adhéré au Parti africain de l’Indépendance clandestin (PAI clandestin) et au syndicalisme étudiant à travers l’Association des Étudiants Sénégalais en France (AESF).
Je me rappelle encore cet élan généreux qui nous portait à transmettre la connaissance aux ouvriers immigrés et à leurs enfants.
Nous allions dans les foyers des travailleurs alphabétiser les travailleurs immigrés et dans les appartements donner des cours de soutien à leurs enfants.
À cette époque le militantisme étudiant était synonyme de lectures intenses non seulement d’ouvrages politiques mais surtout de livres de toute sorte pour renforcer sa culture générale.
Il fallait lire car lors des débats autour du thé ou des plats sénégalais que nous cuisinions avec beaucoup de soin, les contradicteurs exigeaient des références précises avant d’accepter un argument, une assertion ou une idée.
Je retiens de la France ses grands-hommes de science humbles, effacés, généreux et humains.
Je me souviens de cette femme-médecin qui me découvrit un souffle cardiaque, qui m’envoya au Centre hospitalo-universitaire (CHU) d’Orléans et qui n’a cessé de s’enquérir de ma santé.
Des années plus tard, à mon réveil de l’anesthésie générale, après mon opération du cœur au CHU Georges Pompidou à Paris, je vis assis sur une chaise à côté de ma tête, le Professeur Claude Lobry qui vint de Nice uniquement pour me réconforter.
Je n’oublierai jamais le passage à chaque fin de journée du Professeur Ivar Ékeland après sa dure journée à l’Université Paris-Dauphine dont il fut le Président.
Il était le Directeur de Thèse de Ngalla Djitté qui fut un de mes plus brillants étudiants.
Ngalla s’occupa de moi comme un fils s’occupe de son père.
Je pense au Professeur Jean-Pierre Kahane qui m’expliquait qu’il avait subit la même opération de pose de deux prothèses cardiaques.
Nous marchions alors en direction du Jardin du Luxembourg.
Homme élégant, au style aristocratique, au français chatié, le grand mathématicien qu’il était, alors âgé de quatre-vingt ans, marchait allègrement, un cartable en cuir dans l’une de ses mains. Il était un homme politique engagé, un communiste.
Je me souviens aussi de ma présentation au Professeur Jacques-Louis Lions à l’annexe du Collège de France sur la rue d’Ulm.
Mon maître le Professeur Pierre Grisvard venait d’être nommé Directeur de l’Institut Henri Poincaré (IHP)de Paris, il me demanda de le rejoindre à Paris.
Professeur Jacques-Louis Lions est le père de l’analyse numérique française.
Il fut President de l’Academie française des Sciences, il dirigea le Centre national des Études spatiales (CNES), l’Institut national de Recherche en Informatique et Automatique ( INRIA), et beaucoup d’autres organismes français et internationaux.
Il était le Manitou de la science française.
Ces cours, le vendredi après-midi au Collège de France, étaient le lieu de rendez-vous des mathématiciens de la France, de l’Europe et des mathématiciens visiteurs de la France.
Il me reçut avec beaucoup de simplicité et d’affection. Il dit à mon Professeur que je pouvais partager avec lui son bureau et il me demandait si je prenais du café. Je répondis avec empressement par l’affirmative en ajoutant, avec du sucre. Il instruisit son assistante de veiller à ce qu’il y ait toujours une boîte de sucre au coin café de l’étage.
Ces trois années passées à l’Annexe du Collège de France furent merveilleuses, un rêve accompli.
J’y avais côtoyé un grand nombre de célèbres mathématiciens français.
Je me rappelle encore du vieux Jean Leray, un des plus grands spécialistes mondiaux de la mécanique, tellement âgé, qu’il était presque bossu.
Il y a la voix savoureuse de Pipo Geymonat, un ami à Pierre Grisvard, à l’accent italien très prononcé. Il avait beaucoup d’humour !
Et puis, Claude Bardos, un autre ami de mon Professeur, l’homme de l’analyse micro-locale, mathématicien très fin, un militant des luttes de libération.
L’Univers des mathématiciens en France respirait l’ouverture, les luttes pour la liberté et la justice en Afrique, en Amérique latine, en Europe de l’Est, en Asie, etc.
Les mathématiciens français très respectés dans le monde pour leurs innombrables Médailles Fields (équivalent du Prix Nobel pour les mathématiques) étaient en première ligne pour la libération des mathématiciens emprisonnés dans le monde pour des raisons politiques comme le mathématicien uruguayen Jose-Luis Masera, grand spécialiste des équations différentielles, emprisonné pour ses convictions communistes ou le mathématicien dissident soviétique Léonide Pliouchtch.
La communauté mathématique française est sans aucun doute l’une des plus grandes, des plus merveilleuses communautés scientifiques, des plus ouvertes et des plus généreuses dans le monde.
Écosse
J’étais venu à Édimbourg en Écosse sur l’invitation de mon ami John Ball un des plus grands mathématiciens écossais.
J’étais accompagné de mon doctorant Samuel Ouya, centrafricain, aujourd’hui professeur titulaire à l’École supérieure polytechnique de Dakar (ESP).
En Écosse j’appris que le repas le plus important de la journée était le petit-déjeuner. À la fin de la semaine de séjour j’avais fini par m’habituer à bien manger le matin.
Je fus aussi impressionné par les grands taxis noirs dans cette ville. Les places arrières étaient tellement spacieuses qu’on avait l’impression d’être assis dans son salon.

L’Italie

Mon premier colloque dans ce pays, à Pise, me permit de rencontrer, assis sur une chaise roulante, le grand physicien théoricien Stephen Hawking.
Plus tard, je vins plusieurs fois en Italie, à Trieste, à l’International Center of Theoritical Physic Abdu Salam ( ICTP).
J’y avais donné des cours de recherche et assisté à des colloques.
Beaucoup de mes plus brillants étudiants furent recrutés au Diploma et eurent de brillantes carrières par la suite au Sénégal, aux USA et en France.
Trieste fut le lieu de naissance du Réseau Équations aux Dérivés partielles (EDP), Modélisations et Contrôle qui réunissait à ses débuts trois pays africains : le Burkina Faso, la Mauritanie et le Sénégal. Ce réseau comprend aujourd’hui une dizaine de pays. Il a formé une centaine de docteurs en mathématiques.

Belgique

J’ai visité Bruxelles et Namur.
Ce sont les problèmes mathématiques liés au contrôle et à la stabilisation des canaux d’irrigation que j’avais confiés à ma doctorante Mariama Ndiaye ( Mme Diakhaby) qui avaient créé l’opportunité d’entrer en relation avec des mathématiciens belges spécialistes de ce domaine des mathématiques.
Je suis venu à Namur rencontrer des spécialistes de dessins animés, d’images de synthèse et d’animation 3D. Je voulais ouvrir à l’UGB une filière professionnelle dans ce domaine.
Enfin, à Bruxelles, j’avais participé au centenaire de l’Université Saint Louis de Bruxelles en même temps que le Recteur de l’Université de Saint Louis du Missouri aux USA.

Espagne

L’Espagne fut davantage un pays de passage.
J’ai rarement passé plus de deux jours à Madrid. Cependant j’avais séjourné une semaine à Barcelone.
Je passais à Madrid pour aller visiter l’Universidad Tecnica Particular (UTPL) à Loja en Équateur. Cette université est très importante dans la conception de l’Université virtuelle du Sénégal (UVS).
Je suis aussi passé par Madrid pour aller plusieurs fois au Venezuela.
Avec l’Espagne mes différentes visites permirent d’établir plusieurs coopérations et collaborations.
Plusieurs programmes actuels de l’UGB sont nés lors de ces visites ou en sont les fruits : l’équipement de la Ferme agricole de l’UGB avec l’ONG MON3, le Master de Développement rural et Coopération et la section d’études hispaniques.
Je n’ai eu, à aucun moment de mes visites, l’opportunité de bien connaître la population espagnole et le pays.
Je garde des universitaires espagnols que j’avais rencontrés cette vision optimiste pour l’avenir de l’Afrique qu’ils tiraient de la sortie très récente de l’Espagne du sous développement.

Suisse

J’ai visité le pays des lacs notamment les villes de Genève, Lausanne, Berne et Neuchâtel.
Ce sont des africains installés en Suisse, travaillant dans des établissements suisses d’enseignement supérieur qui ont établi la collaboration entre l’Université Gaston Berger et les universitaires travaillant en Suisse.
Il y a le Professeur Charles Stuart qui est un mathématicien écossais enseignant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne ( EPFL).
Grâce à lui mes quatre mousquetaires Ngala Djité, Mamadou Sy, Mabouba Diagne et Bocar Ly firent leur premier stage mathématique international à Trieste où ils impressionnèrent les conférenciers et leurs camarades de stage. Leur prestation ouvrit les portes du Diploma aux brillants étudiants de l’UGB.
Le Professeur Olivier Besson est un ami et un frère.
Ses travaux sur le Lac de Neuchâtel inspirèrent les mémoires de Diplôme d’Étude approfondie (DEA) et les thèses de doctorat sur le Lac de Guiers.
Le Fonds national Suisse de Recherche participa fortement au financement de la recherche doctorale du Réseau EDP, Modélisation et Contrôle.
Les Suisses ont gardé un sens très poussé de la famille.

Suède

En Suède, je connais surtout l’Université d’Uppsala et dans une moindre mesure l’Université de Stockholm.
Évidemment, la Suède fait résonner dans mon esprit le grand mathématicien Lars Hormander, spécialiste des équations aux dérivées partielles, Médaille Fields de mathématiques.
C’est un pays dont les universitaires, notamment les mathématiciens, sont fortement tournés vers la coopération avec les universités des pays en développement particulièrement les pays d’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe.
Le Réseau EDP, Modélisation et Contrôle bénéficie depuis une décennie du soutien financier de l’ISP suédois.
Les suedois donnent l’impression d’être austères, réservés et humbles. Cependant lorsqu’ils vous connaissent, ils sont chaleureux et attachants.
J’ai visité d’autres pays d’Europe: Allemagne, Autriche, Pologne, Tchécoslovaquie avant sa division, l’URSS avant son éclatement, etc.
Je garde de beaux souvenirs de mes séjours en Europe.
L’Europe est une terre très favorable à la coopération scientifique et technologique.
Dakar, mercredi 17 janvier 2023
Prof Mary Teuw Niane