Le Ministère de l’Emploi, de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Insertion a entamé cette année, un large plan d’élaboration de programmes de formation dans les métiers du numérique. L’objectif est d’une part de diversifier l’offre de formation et d’autre part, de renforcer la formation des jeunes  dans ce secteur en pleine mutation tout en se conformant aux exigences du chef de l’Etat qui a souhaité que  30% des élèves sortant du cycle fondamental soit orienté au-delà des filières classiques, dans les métiers du numérique à l’horizon 2035.

Dans cet entretien avec Socialnetlink, Ousmane SECK, Chef de la division Formation professionnelle publique revient sur l’importance de ces programmes de formation en partenariat avec le projet Skill-UP du BIT.

Comment est née cette initiative d’intégrer les TIC dans la formation professionnelle et technique du côté de la tutelle et quels sont les  objectifs? 

Ce projet qui a démarré en Décembre 2018 pour une durée deux ans en  partenariat avec le projet  Skill Up du  BIT est orienté vers le secteur du numérique. C’est  le fruit d’un partenariat entre l’Organisation internationale du Travail (OIT) et le gouvernement de la Norvège qui appuient l’introduction et le développement du numérique dans la formation professionnelle et technique avec comme enjeux : la diversification de l’offre de formation à partir du numérique, l’employabilité des jeunes, l’adéquation formation / emploi et l’élargissement de l’accès à une formation professionnelle et technique pour le plus grand nombre. 

Ces écritures de programmes se sont faites à la suite d’une étude diagnostique dans le secteur du numérique au Sénégal qui a abouti à une stratégie de développement du numérique dans la formation professionnelle et technique. Un premier appui a été réalisé en 2019 avec l’élaboration de deux programmes ; un en BTS Développeur d’application mobile et un autre,  de niveau BT sur  la domotique qui concerne l’ensemble des techniques de gestion intelligente des habitations (confort, sécurité, communication). 

Séminaire d’écriture de programmes avec les équipes concernées

Pour cette année, le travail est centré sur l’écriture de trois programmes  dans le domaine du numérique. Tout ceci entre en droite ligne avec  la stratégie de d’introduction et de développement du numérique dans la formation professionnelle et technique, stratégie qui a été présentée devant les acteurs du numérique, les établissements de formation professionnelle et technique et cela sous la présidence effective de Monsieur Dame DIOP,  Ministre de l’Emploi, de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Insertion

L’écriture de ces trois  programmes accès sur le BTS Marketing Digital, le BTS Business digital et le BEP infographie, constituent pour nous des piliers sur lesquels nous devons  réfléchir déjà et nous  préparer à nous ouvrir à d’autres métiers dans le secteur.

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Comment sont effectivement organisés ces ateliers d’élaboration de programmes ?

En fait, il y’a eu un changement de paradigmes au niveau de la méthodologie d’écriture des programmes dans la Formation professionnelle.

Auparavant, les programmes étaient proposés par le ministère à travers des commissions où le milieu du travail n’était pas bien représenté, afin de prendre en charge les réalités de l’entreprise.

Désormais tous les programmes sont définis selon la modalité pédagogique de l’Approche par les Compétences,  avec au premier plan les professionnels du métier avec la  contribution des experts-méthodologues du Ministère.

Dans le cadre de ces ateliers, il est question d’écrire 5 référentiels pour chaque métier (Analyse de situations de travail, référentiel métier-compétences, référentiel de certification, référentiel de formation, guide d’organisation matériel et pédagogique). Un ensemble de chefs d’entreprises et de professionnels sont mis à contribution afin  de réaliser une description monographique des métiers pour disposer du portrait le plus complet possible de l’exercice des métiers ciblés et aboutir à un référentiel de métier qui définit et décrit de manière précise le métier, en définit les tâches, tâches qui seront, dans un autre référentiel, dérivées en compétences. Un processus d’ingénierie est ainsi suivi jusqu’à l’élaboration des   5 référentiels qui composent le programme de chaque métier. 

Pourquoi un changement pareil dans la formation professionnelle quand on sait que le secteur du numérique impulse le monde de l’emploi ?  Adaptation à la réalité numérique ou obligation de conformité?

Cette question dépasse même le cadre du ministère. C’est une orientation de Mr le Président de la République. Cela fait suite à une décision qui proposait que la plus grande partie des 30% des sortants du cycle fondamental plus précisément la classe de 3e, mais aussi du baccalauréat et  du brevet de technicien soient orientés dans la formation professionnelle et technique à l’horizon 2035.

Avec ce constat et partir de l’étude diagnostique, il est ressorti que le secteur du numérique occupe une place importante en termes d’opportunité d’emplois et de métiers. Dans un autre volet, le numérique peut bien absorber une large partie des 30% des demandes d’orientation dans la FPT d’ici l’horizon 2035, si l’on se prépare en conséquence.

Ousmane SECK, Chef de la division Formation professionnelle publique

C’est  pourquoi, le président de la République  a demandé de prendre en compte cette nouvelle donne pour adapter la formation aux métiers du numérique tout en tenant compte des autres métiers, mais en insistant toujours sur le numérique.  

C’est  la raison pour laquelle, l’année dernière, deux programmes ont été intégré. Cette année trois autres sont en cours d’élaboration et l’année prochaine le cap sera maintenu pour écrire d’autres programmes, afin d’être en conformité avec les orientations de la haute autorité.

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L’intégration du numérique dans la formation professionnelle, une nouvelle innovation. Au sortir de cette rencontre, quelles seront les stratégies du ministère pour aider les jeunes dans le cadre des formations ? 

La stratégie d’introduction et du développement du numérique dans la formation professionnelle pour être en phase avec les réalités de la formation par rapport à l’insertion et à l’emploi a permis de décliné un plan d’action élaboré avec l’ensemble des acteurs et budgétisé. Le fait que le volet emploi fasse désormais partie intégrante du département ministériel nous oblige depuis plusieurs mois à prendre en charge ce volet important qu’est l’entrepreneuriat. 

Il permet dans une très large mesure aux sortants de la formation professionnelle d’avoir beaucoup d’aptitudes dans le monde de l’auto-emploi, donc de gérer leur propre compte, leur propre business et d’ouvrir d’autres perspectives pour les jeunes.

C’est à cet effet que le ministère ait pris l‘option d’internaliser les modules entrepreneuriales dans  les curricula de FPT.

Quelle sera la place des partenaires comme la DER, dans le financement des projets ainsi que la collaboration avec le ministère? 

Deux séances de travail ont déjà été effectuées entre la DER et la DFPT (Direction de la Formation professionnelle et technique) et se poursuivent encore. Le volet entrepreneurial et la formation vont de pair. Les deux séances de travail avec la DER ont permis la création d’unité d’incubations dans les centres de formation professionnelle. Ces centres permettent de préparer les jeunes à l’auto-emploi. Nous sommes aussi en contact  avec d’autres partenaires dans le monde entrepreneurial.

Un centre de formation dédié à l’entrepreneuriat sera  ouvert au courant du mois de décembre. Il a été  financé par le royaume du Maroc. C’est pour dire que les volets insertion,   formation entrepreneuriat et emploi font partie des prérogatives du ministère pour résoudre la problématique de l’emploi au Sénégal. 

En somme, combien de jeunes seront formés ?

En termes de nombre, juste un gap est pris et l’espoir est permis. Pour les 30% des sortants de la formation qui sont ciblées, nous souhaitons atteindre le résultat à défaut, atteindre au moins la moitié des sortants même si on est aux environ de 10 à 11%. 

Un nombre certes, très faible pour nous, mais nous espérons que le Ministère de la formation professionnelle va apporter sa contribution avec l’appui de de ses structures de financement telles que le 3FPT et l’ONFP, ainsi que les partenaires techniques et financiers qui accompagnent le Ministère à travers  les projets et programmes. 


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Le projet SKILL UP Sénégal

SKILL UP Sénégal, financé par le Gouvernement de la Norvège et executé par le Bureau international du Travail, vise à appuyer la structuration du système des compétences du secteur numérique pour faciliter l’accès des jeunes à l’emploi dans les sous -secteurs porteurs par la formation professionnelle.
Ce projet s’inscrit dans le Programme de réalisation de l’ Agenda horizon 2030 et vise à contribuer à l’ODD 8 « travail décent et croissance », particulièrement à l’ODD 8.b.1 « Existence d’une stratégie nationale de promotion de l’emploi des jeunes, qu’il s’agisse d’une stratégie à part entière ou d’une com- posante d’une stratégie nationale de promotion de l’emploi, et application de cette stratégie ».

L’objectif du projet SKILL-UP est d’aider les mandants et partenaires sociaux à préparer leurs systèmes de compétences aux opportunités offertes par les plus récents moteurs de changement, notamment la mondialisation, les changements climatiques, les changements technologiques et la migration.

Il vient soutenir le secteur du numérique à travers l’identification et le développement de compétences nécessaires à sa croissance par la formulation d’un cadre de structuration des métiers du secteur, SKILL UP vise à renforcer les capacités des acteurs nationaux de la formation professionnelle et prend en compte la dimension genre dans le développe-
ment de stratégies des compétences sectorielles .


Astou Dieng consultante en marketing et communication digitale

« Que pensez-vous de la stratégie du ministère de vouloir mettre en place des diplômes liés au secteur du numérique…

Excellente initiative du ministère à saluer. Il n’est plus à démontrer que la transformation numérique, si elle est bien menée peut apporter au Sénégal, pour ne pas dire à l’Afrique subsaharienne une hausse positive de la croissance et permettre de réduire drastiquement la pauvreté.

Des ressources bien formées , compétentes et opérationnelles dans les métiers du numérique permettront de nourrir l’ambition du Sénégal d’embrasser cette transformation digitale.

Comment avez-vous travaillé pour soutenir l’initiative (marketing digital/communication)

Nous avons travaillé en parfaite synergie avec d’autres professionnels du métier, des acteurs du ministère de la formation professionnelle dans diverses activités : ateliers, plénières, brainstorming avec l’approche par compétence qui vont permettre de produire les différents référentiels liés à ce métier. Cette démarche permettra de renforcer l’adéquation entre l’emploi et la formation.

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