A cause de nouvelles pièces fournies dans le dossier, l’affaire opposant Kabirou Mbodje à ses ex-collaborateurs Malick Fall, Seyni Camara et Cheikh Tagué connaît un nouveau renvoi. Ces pièces concernent les rapports du commissaire aux comptes faisant état des audits des états financiers de Wari et de la société Interactive. Des documents que les parties civiles ont eu du mal à avoir, pendant dix ans. 

L’affaire opposant Kabirou Mbodje à ses ex-collaborateurs Malick Fall, Seyni Camara et Cheikh Tagué a été évoquée, hier, à la barre de la deuxième chambre du tribunal correctionnel de Dakar. Le directeur général de Wari, qui a bénéficié d’un non-lieu pour le délit d’augmentation de capitaux, a été renvoyé devant cette juridiction pour répondre du chef d’abus de confiance. 

Selon ses anciens collaborateurs, le montant du préjudice s’élève à 22 milliards de francs CFA. Ce montant est reparti comme suit : (Wari 16 milliards de francs CFA et Interactive 6 milliards de francs CFA). 

En l’absence du prévenu à l’audience d’hier, les plaignants ont tour à tour relaté les faits qu’ils reprochent à M. Mbodje.

Ainsi, selon Malick Fall, c’est en 2008 que Wari a été légalement créée. De société à responsabilité limitée, la start-up est passée à une société anonyme. Partis de zéro pour faire de Wari le leader sur le marché, Malick Fall et Cie reprochent à Kabirou Mbodje de les avoir écartés de la société qu’ils ont créée ensemble. A en croire Malick Fall, le prévenu a orchestré des manœuvres frauduleuses pour les appauvrir. Ce, en maquillant les résultats de la société pour justifier une augmentation de capital.

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‘’Il a volontairement caché le capital de 2012. Il a dissimulé les résultats pour ne pas faire une augmentation par réserve. Il l’a fait pour justifier qu’on n’a pas suffisamment de fonds propres. L’augmentation du capital nous a dilués’’, déclare Malick Fall. Qui ajoute : ‘’Nous trois avions 39 %. En 2013, Kabirou augmente le capital, en le multipliant par 10.  Alors que la société s’offrait des 4×4 et autres privilèges, il est venu dire que la société bat de l’aile et qu’il faut augmenter le capital à hauteur de 300 millions. De 39 %, on s’est retrouvé avec un peu plus de 3 %. Il a falsifié les états financiers’’, renchérit Malick Fall. 

Cheikh Tagué de révéler, de son côté, que Kabirou Mbodje s’est auto-octroyé 8 % du chiffre d’affaires de Wari, soit 500 millions de francs CFA, de façon frauduleuse. ‘’Avec son concours, Me Ababacar Camara a reçu 5 % de ce chiffre d’affaires. Maitre Camara, après Kabirou Mbodje, est le deuxième actionnaire de la société. Il devenu associé en 2014. C’est entre les deux augmentations qu’il est devenu associé’’, a martelé Cheikh Tagué.

Quant à Seyni Camara, il relève que, depuis la création de Wari et de la société Interactive, ils n’ont reçu aucun sou.

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‘’Le commissaire aux comptes était resté introuvable’’

D’ailleurs, à propos de la société Interactive, les plaignants soutiennent qu’elle a été mise en place, deux ans après la création de Wari. Et là encore, ils accusent Kabirou Mbodje de les avoir grugés. D’après eux, ce dernier a détourné les fonds pour créer sa propre société, avec le silence coupable de l’inspecteur aux comptes. Seyni Camara relève que ce dernier n’a jamais accepté de leur remettre les rapports sur le contrôle des comptes de la société. ‘’Cela fait 10 ans qu’on court derrière ces documents. Le commissaire aux comptes était resté introuvable’’, s’est-il désolé. 

L’homme, que les parties civiles accusent d’être de mèche avec le prévenu, a pourtant été entendu à la barre, en tant que témoin. Dans ses déclarations, Louis Gérald Gari avoue : ‘’J’étais chargé d’effectuer les contrôles, pour les années 2013-2014-2015. J’ai fait deux rapports que j’ai remis à l’Ofnac. Je n’ai pas répondu à l’interpellation des plaignants, car ils m’indiquaient ce que je devais faire. J’ai noté des incertitudes que j’ai mises dans mon rapport d’opinion. Les incertitudes concernent le transfert de fonds vers d’autres filiales.’’

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Pour conforter ses propos, il annonce qu’il détient ces documents que les parties civiles ont eu du mal à avoir, pendant une décennie. Pour une meilleure compréhension de cette affaire, le juge a emprunté les rapports au témoin, afin de les étudier, ainsi que les conseils des parties civiles.

A cet effet, l’affaire a été renvoyée au 9 juin prochain.

MAGUETTE NDAO

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