« À la mi-avril 2020, 94 % des élèves et étudiants dans le monde subissaient l’impact de la pandémie, soit 1,58 milliard d’enfants et de jeunes scolarisés du pré-primaire au tertiaire dans 200 pays.» C’est une telle situation qui a obligé autorités, parents et bonnes volontés, à mettre en place des solutions pour permettre aux apprenants de continuer à suivre des cours, lire… en ligne avec des outils numériques ou avec le télé enseignement.

La pandémie du covid-19 a poussé plusieurs pays, dans les quatre coins du monde, à fermer leurs établissements scolaires, obligeant ainsi, des millions d’élèves à rester pendant des mois à la maison. Dès lors, nous assistons à l’arrêt de tout enseignement et apprentissage classique qui se pratiquait dans les écoles, collèges, lycées et établissements d’enseignement supérieur, etc.

Internet a révolutionné tous les secteurs d’activités… Grâce à ce réseau mondial, il est possible de trouver des solutions dans la plupart des activités qui se déroulent en présentiel. Par conséquent, une situation endémique telle que celle du coronavirus qui oblige les gouvernements de prendre certaines mesures pour éviter les contacts humains, l’enseignement à distance est la meilleure et la première solution qui permet de rendre nos systèmes éducatifs résilientes.

Les TIC pour l’éducation

Au cours du mois de mars 2020, les gouvernements de plusieurs pays ont demandé aux écoles et universités de fermer afin de lutter contre la pandémie du covid- 19. Conséquemment, des jours après, les ministères en charge de l’éducation, de l’enseignement, élaborent des stratégies de résilience pour permettre aux systèmes éducatifs de continuer à fonctionner. C’est alors qu’on voit partout, dans les pays, des initiatives orientées vers l’enseignement à distance. Ainsi, les moyens utilisés sont internet, la télévision, la radio ou encore la distribution de fascicules, etc.

Plusieurs recherches ont été orientées dans le cadre de l’intégration des technologies de l’information et de la communication dans les enseignements et apprentissages. Ainsi, Karsenti (2001) soutient que « l’intégration des TIC a un impact positif sur la pédagogie et permet à l’apprenant de maximiser son savoir. »

Pour Dias (1999), « les technologies sont intégrées lorsqu’elles sont utilisées de manière continue pour soutenir et pousser plus loin les objectifs du programme et pour engager les élèves dans des apprentissages significatifs. »

Pour intégrer les TIC dans le domaine de l’éducation afin d’améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage, il faut un ensemble de principes entre « les différents éléments constitutifs de la chaîne éducative » et ces technologies.

De l’ingénierie pédagogique

L’ingénierie pédagogique est ce processus qui entre dans la conception de contenus de formation avec des objectifs bien précis tout en tenant compte des apprenants et enseignants.

Pour Daniel Peraya et Claire Peltier (2020), « Ingénierie pédagogique, ingénierie de la formation, design pédagogique, instructional design… La terminologie est multiple pour désigner le processus et les procédures de conception de systèmes de formation. »

Basque va plus loin dans l’explication de ces terminologie liées à l’ingénierie pédagogique. Ainsi, il souligne que la quasi-équivalence de termes tels que design pédagogique ou conception pédagogique, reconnus de manière générique comme un « ensemble de procédures à mettre en œuvre au cours du cycle de vie d’un système d’apprentissage ». Pour Peraya et Peltier, ce cycle de vie comprend traditionnellement cinq phases constituant le modèle ADDIE : Analyse, Design, Développement, Implantation, Évaluation.

L’ingénierie pédagogique doit être repensée. C’est ce que Emmanuelle Villiot-Leclercq appelle le principe de réversibilité. En effet, il soutient que « l’ingénierie pédagogique ne peut s’enfermer dans un seul modèle; elle ne peut plus se contenter des anciens modèles de design; elle ne peut s’inscrire dans un modèle « à distance » définitif…Dans le contexte d’incertitude qui semble désormais le nôtre, elle doit ainsi permettre d’outiller les enseignants et les personnels d’encadrement en vue de déployer des dispositifs d’enseignement ouverts qui agencent de façon subtile « distance et présence », permettant de les combiner ou de passer de l’un à l’autre. »

Avec l’ingénierie pédagogique, dans la mise en place d’un dispositif de formation à distance, il serait important de tenir compte des points suivants : l’acquisition de connaissances passe par une interaction entre le sujet et l’objet d’études par le biais de résolutions de problèmes ; la tête de l’apprenant n’est jamais vide de connaissances ; l’apprentissage ne se fait pas par empilement de connaissances, ni de manière linéaire ; l’apprenant ne donne un sens à une connaissance que si elle apparaît comme un outil indispensable pour résoudre un problème ; les interactions sociales entre apprenants peuvent aider à l’apprentissage (Faouzia Messaoudi).

En conséquence, avant de lancer des initiatives impliquant l’enseignement à distance c’est tout un processus qui devrait être respecté, étudié et analysé. Cependant, la pandémie a fait que tout cela a été ignoré, les autorités ministérielles en charge de l’éducation et de la formation ont été surprises par la pandémie. Par la suite, d’une part, c’est une anticipation dans le lancement de certains programmes impliquant l’utilisation des technologies dans les enseignements. D’autre part, c’est une précipitation notée dans le déploiement des dispositifs sans tenir compte des aspects qui font qu’un processus d’enseignement à distance se déroulent avec un taux de succès acceptable. Or, comme le stipule Karsenti (2001), « l’intégration des TIC a un impact positif sur la pédagogie et permet à l’apprenant de maximiser son savoir. »

DES DIFFICULTES

La crise sanitaire a été historique pour les systèmes éducatifs. En effet, jamais les systèmes éducatifs ont été aussi fragilisés, déstabilisés. Les États se sont rendus compte que les procédés d’enseignements qui se déroulent dans nos pays ne sont pas résilients. Le seul recours qui existait était l’utilisation des technologies, le numérique. Cependant, utiliser les technologies de l’information et de la communication pour enseigner à distance nécessite certains préalables d’ordre matériel et pédagogique à différents niveaux.

Manque de compétences numériques chez les enseignants

La principale difficulté que nous retrouvons pratiquement partout à travers le monde quand on évoque l’usage des TIC pour l’éducation, c’est le manque de formation chez les enseignants.

Comme le souligne Ghina El ABBOUD, dans sa thèse de doctorat en 2015, « la recherche montre que l’usage pédagogique des TIC en classe par les
enseignants reste jusqu’à aujourd’hui irrégulier et même décevant. »

Si nous prenons un pays comme le Sénégal, c’est avec l’avènement du programme sur le Management Intégré des Ressources Axé sur une Dotation Rationnelle (MIRADOR) et surtout du Système d’information et de Management de l’éducation nationale (SIMEN) que la plupart des enseignants ont eu leurs premières adresses électroniques.

Avec la plateforme Mirador, tout enseignant était obligé de créer un compte afin de pouvoir participer au mouvement national qui permet de bénéficier d’un changement de lieu de service selon la préférence. Dès lors, les enseignants devraient avoir d’abord des adresses mails pour créer leur compte sur la plateforme du ministère de l’éducation nationale. Malheureusement, à l’époque, nous avons vu des enseignants qui ne pouvaient pas identifier une adresse mail et une adresse de site web. Autrement, il y avait des enseignants qui n’avaient jamais envoyé un message électronique. Ce qui veut dire des milliers d’enseignants n’ont aucune compétence liée au numérique.

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C’est ce que nous rappellent Balanskat et AI. (2006) quand ils soutiennent que parmi l’un des facteurs entravant de l’intégration des TICE est principalement lié au manque de compétences, de motivation et de confiance dans l’utilisation des nouvelles technologies dans l’enseignement. En conséquence, la nature des outils utilisés dans les dispositifs d’enseignement à distance est un grand problème.

Au Maroc, 50% des enseignants interrogés déclarent avoir des difficultés dans la manipulation des outils, « principalement en raison de leur complexité ». En effet, « ils expliquent que depuis la suspension des cours, ils sont obligés de travailler avec de nouveaux outils pour la première fois, qui sont parfois de nature compliquée et dont l’utilisation demande beaucoup d’efforts. »

Manque d’attention chez les apprenants

« Je n’ai plus envie de vous enseigner, c’est tout. J’en ai vraiment marre », lance, dans une vidéo, Baldeon, enseignant à l’Université fédérale Federico Villarreal (UNFV) du Pérou. Une façon pour ce professeur de dénoncer les difficultés que rencontre le personnel enseignant dans le cadre des cours en ligne et surtout le manque de motivation du côté des étudiants.

En effet, il trouve que ses étudiants ne lisent pas les documents qu’il leur remet. C’est pourquoi, « vous allez dire que je vous ai rien appris. Mais ce n’est pas comme ça… c’est vous qui ne lisez pas. », rapporte BBC. L’enseignant explique que le principal problème que rencontrent ses collègues lorsqu’ils proposent des cours en ligne est la rupture du lien entre l’enseignant et l’élève, qui est vital pour le processus d’enseignement et d’apprentissage. » En plus de cela, le professeur relève le manque d’espace dédié aux études. Car « pendant qu’ils sont dans leur classe virtuelle », il entend un marché en arrière- plan.

L’enseignant se justifie en expliquant qu' »ils ne sont probablement pas dans un lieu d’étude particulier, une salle ou un environnement d’étude. On a l’impression qu’ils sont dans la rue. Et là, le professeur ne peut rien faire ou presque ».

Les élèves et étudiants n’avaient pas l’habitude de suivre des enseignements à distance, dès lors, ce changement brusque les plonge dans un autre monde. Etant seul face à son écran, l’apprenant n’a personne pour veiller sur son attention. L’enseignant n’a aucune information sur le niveau d’attention, le niveau de concentration de ses élèves. C’est pourquoi, il ne pourra pas les faire revenir dans le bain du cours qu’il déroule. Contrairement au présentiel où l’enseignant est maître de sa classe. Il comprend qui suit, qui est attentionné, qui comprend ses explications… Mais dans le cadre de ces dispositifs, l’élève peut être absent deux fois. Pourquoi ? parce qu’il est d’abord absent du milieu où se trouve son enseignant d’abord, même si nous notons sa présence virtuelle. Ensuite, il se peut que l’apprenant soit déconcentré voire perturbé par des choses qui se passent à son niveau, dans le milieu où il se trouve. Ainsi, il peut rester des minutes et même durant tout un cours sans aucune attention sur ce qui est déroulé par l’enseignant.

Le fait d’être connecté, d’être devant son ordinateur, tablette, téléphone, etc. n’est nullement synonyme de concentration sur l’enseignement déroulé. Cela ne veut pas dire qu’il suit le cours, qu’il retient et réfléchit sur ce qui est dit car son environnement n’est pas adéquat pour suivre un enseignement.

Divers paramètres peuvent expliquer cet état de fait. En premier lieu, dans beaucoup de pays la fermeture des classe a été prise dans la hâte, sans préparation. Ainsi, les élèves n’ont pas été préparés sur ce qui les attendait à la suite d’une telle décision. C’est le même cas chez les enseignants, ils n’ont pas été préparés à dispenser leurs enseignement à distance.

Donc, voilà un véritable problème pour les enseignants qui étaient chargés de dérouler des enseignements à distance lors du premier confinement dans différents pays.

Ils n’ont pas de possibilités pour motiver, encourager les élèves qui suivent leurs cours. Ils n’ont pas la possibilité d’avoir une certaine interaction avec leurs élèves.

Accès à une connexion de qualité

Dans la majeure partie des pays, surtout ceux en voie de développement, la principale difficulté réside dans la mise en place des infrastructures. Ainsi, c’est l’accès et la qualité de l’internet qui reviennent toujours. En conséquence, même si les enseignants qui dispensent les cours et les élèves ont accès à internet, nous notons souvent une mauvaise qualité du réseau. Seulement, les grandes villes avec une forte agglomération qui bénéficient d’une bonne couverture et une qualité dans le réseau internet. Or, dans chaque pays, on retrouve des écoles dans les villages les plus reculés, dans des zones qui n’ont pas accès à l’électricité, dans des zones dites blanches (sans couverture en réseau de télécommunication). De la sorte, les enseignants qui vivent dans de telles situations n’ont pas la possibilité de dispenser des cours à distance car les conditions ne leur permettent pas.

Selon les données publiées dans la revue Les Cahiers du Cread -Vol. 36 – n° 03 – 2020 à travers l’article intitulé « Université et enseignements face au COVID 19 : L’épreuve de l’enseignement à distance en Algérie », sur plus de 2000 enseignants enquêtés, plus de 71% déclarent que la qualité de leurs connexion est plutôt moyenne (52.6%) voire mauvaise (18.6%). Environ un quart (26,50%), la jugent de plutôt bonne et seulement 2,30% d’excellente.

Ainsi, (Olusola et al., 2020) soutiennent qu’au Nigéria « la connexion internet, selon la plupart des apprenants (87,5%), pose des problèmes et empêche le déroulement normal des cours. Pour 67,4%, les parents se plaignent de la consommation excessive des forfaits. Les parents des 32,6% restants ont les moyens pour répondre à ce besoin clé pour la réussite des cours virtuels. »

Au Sénégal, selon le rapport sur la stratégie du service universel, il y a 253 communautés rurales (zones regroupant plusieurs villages) qui ne sont pas connectées ou mal connectées aux réseaux. En chiffres, c’est plus de plus de 2,6 millions de Sénégalais qui sont isolés, déconnectés de la plupart des services de communications. Donc, l’obstacle principal dans le programme « Apprendre à la maison » lancé par le ministère de l’éducation nationale (MEN) du Sénégal se situe dans ce cadre. Or, ce sont des zones qui englobent plusieurs centaines de villages donc plusieurs enseignants concernés par le programme. Malheureusement, c’était impossible pour eux de prendre part à ce programme.

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C’est d’ailleurs ce qui explique le faible d’utilisation des outils numériques développés par le ministère. Au moment du confinement avec tous les moyens de communication et administratifs mis en place pour pousser les enseignants à utiliser les outils mis en place par le ministère, le taux d’utilisation était très faible.

Dans un pays comme le Maroc, la qualité du réseau revient comme principal facteur bloquant dans le succès des TIC pour l’éducation.

Ainsi, près de 80% de personnes concernées, des enseignants et étudiants interrogés, dans le cadre d’une enquête portant sur les enseignements à distance lors du confinement déclarent « avoir des problèmes de connexion qui bloquent leur travail, notamment lorsqu’elles utilisent des outils nécessitant une interaction directe et instantanée.»

Au Ghana, c’est le même problème qui se répète. Cependant les autorités ont essayé de résoudre une partie. «… nous avons pu négocier avec les opérateurs téléphoniques la gratuité de la « data » nécessaire pour se connecter aux ressources éducatives, mais il nous restait deux problèmes : combler le déficit d’équipement des élèves et couvrir les disciplines pour lesquelles nous n’avions pas encore créé de ressources. », confie M. Joshua C. Mallet, directeur du Centre for National Distance Learning and Open Schooling (CENDLOS), l’agence du ministère de l’éducation ghanéen pour l’enseignement à distance.

A cela, s’y ajoute la disponibilité du matériel. Pour suivre des cours à distance, il faut un minimum d’abord, avant même de parler d’internet. Pour un enseignement à distance, il faut que l’apprenant dispose d’un certain nombre d’outils comme un ordinateur, une tablette, un smartphone, une télévision ou une radio.

INITIATIVES D’ENSEIGNEMENT A DISTANCE ET COVID19

Beaucoup de pays ont lancé des programmes d’enseignement à distance. Mais le principal problème était lié au déroulement, l’assistance et la formation des enseignants.

D’abord, il faut noter qu’il était impossible de former le personnel enseignant lors du déploiement des plateformes de formation à distance. C’était un travail qui devrait se faire avant l’arrivée de la pandémie. C’est un travail qui doit être intégrer dans les cursus de formation des enseignants.

Au Sénégal, le programme « Apprendre à la maison  » a été lancé a été lancé en premier.

Ensuite, c’est l’exploitation des outils numériques du MEN. Ainsi, les enseignants devraient travailler dans des classes virtuelles via différentes plateformes mises à leur disposition par ministère. Parmi lesquelles on avait la plateforme PLANETE (Paquet de Logiciels Académiques Normalisés pour les Établissements et Écoles), des outils de Google (Classroom) ou encore de Microsoft (Teams.) D’autres canaux aussi sont utilisés par les enseignants, c’est le cas du canal éducation : une télévision dédiée spécifiquement à l’enseignement à distance. Ici, l’enseignant déroulent un cours comme s’il était en classe. Par contre, il est le seul à s’exprimer, aucune interaction avec les élèves. Dès lors, c’est la méthode transmissif qui est pratiqué. Et dans ce cas, rien ne confirme que les élèves vont assimiler ce qui est transmis lors de ces séances. C’est le même procédé utilisé dans ce qu’on appelle les radios communautaires (radios qui assurent la couverture des zones les plus reculées du pays).

Donc, pratiquement tout ce qui a été appelé enseignement à distance se déroule sans interaction avec les apprenants.

« A ce jour, plus de 9.000 enseignants sont déjà formés, ont créé leurs classes virtuelles et continuent en même temps leur formation en ligne. L’enseignant est donc au cœur de ce dispositif : il crée la classe, ajoute ses élèves et interagit avec eux. Le contenu pédagogique est disponible sur les supports web ou sur les téléphones portables. Une grande partie de la population scolaire n’y a pas accès, internet n’étant pas disponible sur l’étendue du territoire… », affirme M. Seyni Ndiaye FALL, coordonnateur du Système d’information du Ministère de l’Éducation nationale dans France Éducation international.

En Albanie, le ministère l’Éducation, des Sports et de la Jeunesse (MoESY) a mis en place un « service d’assistance pour les étudiants et les parents, une formation des enseignants aux usages des TIC et de l’éducation numérique, un soutien psychologique et une aide s’agissant d’examens et d’évaluations.« 

En Croatie, c’est un peu particulier car le ministère en charge disposait déjà le matériel pédagogique, mais aussi un certain nombre de lignes directrices pour aider les enseignants dans leur travail.

En Estonie, pays connu dans ses innovation technologiques, la Fondation des Technologies de l’Information pour l’Éducation (HITSA) organisait « des séminaires en ligne pour les parents, enseignants et responsables d’établissement scolaire sur les questions d’enseignement à distance.

Un groupe Facebook « Enseigner à domicile avec la technologie » a été mis en place afin de soutenir les enseignants. De plus, un groupe Facebook sur l’enseignement à distance a été créé pour les enseignants russophones. Tous les enseignants sont invités à rejoindre les groupes pour demander conseil à des technologues de l’éducation en cas de besoin.»

L’Estonie comme nous le rappelle Pille Põiklik et Kati Bakradze, la société estonienne est habituée à ce que tous les services administratifs soient disponibles en ligne. Par conséquent, la fermeture des classes ne sera pas une surprise car c’est un pays déjà préparé numériquement. C’est un véritable pays d’exception car l’acquisition de compétences numériques, tant pour les élèves que pour les enseignants est l’un des piliers capital du système éducatif. Le second est celui « concernant l’accès à une infrastructure numérique moderne qui permette aux établissements scolaires de gérer leur système d’apprentissage en ligne.« 

Dès lors, pour eux, l’accent a été mis sur les besoins des élèves. « L’enseignement s’est davantage concentré sur les compétences transverses, liées à la gestion du temps, aux compétences numériques, à l’auto-apprentissage, à la recherche d’informations en ligne, au travail d’équipe basé sur des projets, à travers des tâches personnalisées selon les capacités des élèves, et moins sur les connaissances disciplinaires.»

C’est un pays qui a très tôt compris que le développement de compétences numériques est une bonne préparation pour faire face à de pareilles situations pandémiques

Alors évidemment, la mise en œuvre des dispositifs de formation à distance est une réussite car « là où la relation entre les élèves et les enseignants en classe était très bonne, la coopération sur les écrans a mieux fonctionné et les cours en ligne ont été plus aboutis. »

Beaucoup d’élèves estoniens ont apprécié l’apprentissage en ligne car cela leur permet d’avoir leur propre rythme et environnement de travail.

Au Danemark la pédagogie liée à l’enseignement à distance a été un grand défi. C’est pourquoi un cadre composé de plusieurs acteurs a été mis en place afin de réaliser des ateliers spécifiques sur l’utilisation des nouvelles technologies. « On a constaté combien il était important de travailler sur les compétences organisationnelles, didactiques, numériques y compris de littératie numérique critique, c’est-à-dire une réflexion critique sur les atouts et les limites de la/des ressource/s proposée/s. », explique Ana Kanareva-Dimitrovska, coordinatrice de projet pour le Centre national danois pour les langues étrangères, à l’Université d’Aarhus.

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Intégrer la culture numérique dans les programmes

Comme nous l’avons eu à le constater, la pandémie du Covid19 a bouleversé l’ensemble des systèmes éducatif du monde entier. Quel que soit le pays, développé ou en voie de développement, écoles et universités ont fermé leurs portes. Et seulement, par la suite que certains ont initié des dispositifs de formation à distance qui n’ont pas permis d’atteindre les objectifs visés car plusieurs paramètres d’ordre matériel ou en rapport avec l’ingénierie pédagogique ne sont pas pris en charge.

Les gouvernements doivent intégrer la culture numérique, la capacité d’utilisation du numérique dans les formations initiales et continues des enseignants afin qu’ils s’approprient des opportunités offertes par le numérique dans l’amélioration de leurs enseignement et apprentissage. Il faut que les enseignants soient formés dans les outils de travail et d’enseignement à distance pour donner la possibilité aux apprenants de découvrir d’autres méthodes pédagogiques tout en ayant une culture du digital.

Il serait important de tenir compte de ces aspects pour permettre aux systèmes éducatifs classiques de tirer profit de l’ingénierie pédagogique. Ainsi, avant de mettre en place des dispositifs de formation à distance, on tient compte des bénéficiaires, autrement, des apprenants et des enseignants qui, le plus souvent ne sont habitués à utiliser les outils mis en exergue dans de tels dispositifs. D’ailleurs Emmanuelle Villiot-Leclercq (2020) souligne l’importance de tenir compte de ces points.

Pour lui, « l’évolution de l’ingénierie pédagogique relève d’une vision encore à construire, ou en construction, mais ne peut se passer d’une réflexion à court terme et opérationnelle en lien avec les acteurs qui la portent ou la vivent. Sortie de l’urgence, cette ingénierie devrait s’inscrire dans le respect des temporalités et des rythmes d’appropriation des outils, des méthodes, du développement des compétences. Faire croître certains paramètres essentiels (formation, accompagnement de enseignants et des étudiants notamment en culture numérique…) et se doter les moyens humains et technologiques adaptés (cellules de soutien pédagogique et digitale dimensionnées, etc.). »

L’enseignant doit être outillé en matériel qui lui permet de suivre des cours à distance et surtout de délivre des cours à distance. L’élève aussi devrait avoir une autonomie dans le processus de formation. Parce que c’est cela qui lui permettra d’apprendre à distance.

Les pays en voie de développement ont déjà des systèmes éducatifs fragiles à cause des insuffisance notées dans les infrastructures et la qualité des enseignements. D’ailleurs, le dernier rapport du Programme d’analyse des systèmes éducatifs (PASEC) 2019 de la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (Confemen), souligne qu’il faudrait encore plus d’amélioration, plus d’engagement dans les systèmes éducatifs.

« Sur le plan de l’amélioration de l’équité des systèmes éducatifs, de nombreux efforts restent encore à fournir. En effet, l’environnement scolaire se révèle comme étant un facteur majeur dans l’explication des performances des élèves. Ainsi les pays devraient renforcer les politiques en matière de répartition des ressources éducatives selon les besoins des différentes localités, des écoles et des groupes spécifiques. »

Des systèmes éducatifs à l’ère du numérique

Le confinement mondial imposé par la pandémie a précipité l’innovation des systèmes éducatifs chez certains pays et l’amélioration chez d’autres. Néanmoins, nous remarquons que les systèmes actuels ne sont pas adaptés au monde d’aujourd’hui, ce monde digitalisé. En conséquence, les autorités en charge de l’éducation dans les différents pays doivent revoir les curricula.

C’est le moment d’impliquer les spécialistes des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement afin de permettre aux élèves d’apprendre grâce à la technologie. En plus de cela, il urge de mettre de mettre des stratégies de formations initiales pour donner aux enseignants les outils qui leur permettent d’enseigner à l’heure du numérique. Sans oublier, l’intégration de la culture numérique dans les programmes de formation destinés aux nouveaux enseignants qui sont recrutés. C’est tout le système qui doit être repenser et adapter pour le futur où nous serons de plus en plus connectés.

Il est important de réorganiser l’architecture de nos écoles, recentrer le rôle de l’enseignant en même temps les activités et les outils de travail chez l’apprenant.

Mais il faut surtout repenser l’ingénierie pédagogique afin de rendre plus efficace les dispositifs d’enseignement à distance.

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