A l’heure où sonnent les cloches du retour en classe dans plusieurs pays dont le Sénégal ce matin ou la Côte d’Ivoire il y a quelques semaines, il est important de se questionner sur la « parenthèse inattendue » qu’a constitué l’usage tous azimut du numérique dans l’éducation en pleine pandémie de la covid-19, en fait d’en tirer les enseignements pour amorcer et réussir un véritable virage numérique dans l’éducation.

Imaginons un instant qu’en Avril 2020, qu’il n’y ait pas eu toutes ces applications de visioconférence, que le secteur Education-Formation ne disposait d’aucune plateforme de gestion de contenus de formation, qu’il n’y ait pas eu des plateformes collaboratives et de stockage ou que les apprenants n’aient eu aucun moyen réseau d’accéder aux ressources éducatives. 

La pandémie est apparue au moment où l’industrie des Edtech était en plein essor avec plus de 7milliards de $ investis en 2019. Certes 2/3 de ces investissements étaient réalisés aux États-Unis et en Chine, mais alors quels seraient les vecteurs pour dynamiser un écosystème numérique au service de l’éducation, pour transformer l’expérience de l’apprentissage et de l’enseignement en Afrique.

  1. Equipements: Dans mes classes successives à l’école primaire à Abidjan puis à Douala et à Cotonou, tous les enseignants avaient la même phrase quand un élève venait en cours sans son cahier: le cultivateur au champs sans sa « daba ». Il est difficile d’imaginer un virage numérique sans réussir le défi de l’équipement des acteurs (apprenants, enseignants et administratifs). Les projets OLPC (One Laptop Per Child) ou 1 étudiant 1 Ordinateur dans plusieurs pays n’ont pas tenu leurs promesses, en parti à cause de la complexité des montages financiers et la qualité des équipements. Il est important de réinventer l’approche, et le projet Smart Classroom au Rwanda en ce sens est une belle promesse.
  2. Connectivité: Connecter chaque école de tous les hameaux à internet est l’image idéal pour se convaincre d’un pas vers l’équité et l’inclusivité du numérique éducatif. On ne peut pas entrevoir un numérique éducatif de qualité sans un internet de qualité. Il reste là encore plusieurs défis et investir en masse dans la connectivité et l’interconnectivité des sites d’éducation devraient être une priorité pour nos gouvernements. Certaines initiatives comme AfricaConnect 3 sont à renforcer sur le plan régional.
  3. Formation des enseignants: pilier essentiel de la stratégie, les enseignants doivent être formés à la pédagogie numérique, la création des ressources, et d’une manière générale aux usages numériques qui améliorent la qualité de l’enseignement, qu’il soit en présentiel ou distanciel. A ce titre, DIGITALSCHOOL TECHNOLOGIES a contribué avec l’UNESCO et Microsoft à la formation des enseignants du secondaire au Sénégal dans le cadre du SIMEN PROMET du Ministère de l’éducation nationale. Certaines initiatives sont également en cours en Côte d’Ivoire pour l’année académique 2021-2022.
  4. Disponibilité des contenus: Ne pas avoir des contenus locaux et adaptés est comme importer une berline électrique sans disposer de bornes de rechargement dans sa localité. Si la formation des enseignants est une approche de solutions, l’exemple de plusieurs pays montre que c’est au privé d’être impliqué et d’innover en matière de digitalisation et de diversification des ressources éducatives. Plusieurs startups, entreprises et organisent se lancent dans la création de contenus de vidéo learning (comme Ecoles au mali ouvert récemment) et de Réalité virtuelle pour le marché local.
  5. Gouvernance et culture numérique: Le numérique dans l’éducation n’est pas uniquement une affaire de pédagogie mais aussi de gouvernance. L’un des enjeux pour atteindre une éducation de qualité est d’avoir des données de base dès le cursus de l’école primaire. L’intelligence artificielle jouerait un rôle important à fin de modéliser ces données, pour anticiper sur le recrutement des enseignants, la construction des classes, le suivi du bien-être social et émotionnel, ou encore prévenir les abandons et échecs scolaires. D’autres technologies comme la blockchain pourrait relever le défi de la vérification des diplômes dans le supérieur ou de s’assurer de la transparence dans le système de contrôle continue au secondaire. Il s’agira également d’impliquer davantage et capaciter les parents dans cette culture numérique en leur donnant accès aux ressources pour suivre la progression de leurs enfants.
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Si les gouvernements et les collectivités locales sont interpellés sur les vecteurs de la connectivité et équipements, les enseignants le sont aussi pour leur développement professionnel à l’ère du numérique, tout autant que les administrateurs du système éducatif pour la gouvernance, les parents et les apprenants pour les usages. Les entreprises et organisations ont un rôle important à jouer sur tous les vecteurs d’où l’importance pour nos pays de promouvoir un véritable écosystème du numérique éducatif pour atteindre les objectifs de l’ODD 4.

Mamadou Dramé, EdTech Expert

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