jeudi, septembre 29, 2022

Avec un lycée qui n’a ni bibliothèque, ni salle informatique, Aïssata Ndiom, un éclair de “scientifique”

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Elle ne se considère pas comme une surdouée. Mais Aïssata Ndiom est un éclair de scientifique pour ne pas dire de génie. Âgée de 19 ans, la potache qui ne digère toujours pas son échec à intégrer le Lycée Scientifique d’Excellence de Diourbel vient de décrocher son baccalauréat avec la mention «Très bien» en série S2 au «jeune» lycée de Dimat.

Sa photo vogue toujours sur la toile. A travers les commentaires, un seul mot : « Félicitations ». Aïssata Ndiom vient de décrocher le baccalauréat, avec la manière. L’élève en Série S2 a obtenu la mention «Très bien». Une note qui ne l’a guère surprise. «Le résultat ne m’a pas trop surprise, car j’avais confiance en moi. Par contre, j’étais trop stressée», confesse dans un jeu de questions / réponses de 24 heures sur l’application WhatsApp auquel elle s’est livrée avec «L’As».

Au baccalauréat, Aïssata a obtenu les notes suivants : 15 en Mathématiques, 16 en Physiques-chimies (PC), 16 en Sciences de la vie et de la terre (SVT), 16 en français, 18 en anglais, 18 en Histoire et Géographie et 14 en Philosophie. Une moisson récoltée après une préparation de dur labeur.

Pour préparer sereinement l’examen, elle est entrée en «retraite spirituelle». Elle s’est retranchée seule dans son coin pour réviser. « Un jour, je n’arrivais pas à me concentrer. J’avais à la fois sommeil et faim. Ce jour-là, je n’allais pas trop bien, alors je suis allée prier et lire le Coran. Après, comme par magie, j’ai retrouvé toute mon énergie. Alhamdoulilah, je rends grâce à Allah», indique la jeune demoiselle qui est une musulmane pratiquante. Issue d’une famille très religieuse, Aïssata Ndiom a commencé comme bon nombre de jeunes de la localité par les études coraniques. Très passionnée de l’histoire de l’Islam, elle lit beaucoup d’ouvrages consacrés à ce domaine.

Aïssata Ndiom s’est distinguée comme une élève depuis l’élémentaire. Elle a toujours été première de sa classe. Sauf une seule fois à cause d’une maladie qui l’avait clouée au lit. C’était au CE2. Elle a fait ses humanités à l’école élémentaire de Diagnoum, village de la commune de Fanaye, sur la RN2 (dans le département de Podor). Après son entrée en sixième, elle intègre le collège de Dimat situé à 2 kilomètres de Diagnoum. A l’issue d’un parcours sans faute avec des notes oscillant entre 17 et plus, elle obtient son Brevet de fin d’études moyennes (Bfem).

Grâce à ses excellentes notes dans les matières scientifiques, elle est orientée en Série S. «À la base, je suis plus fan de la littérature, mais mon orientation en série S2 a changé cela. J’aime le Français, l’Anglais, l’histoire et la Géographie», dit la nouvelle bachelière qui, par ailleurs, bouquine depuis son bas âge. Le premier roman qu’elle a lu remonte à ses 9 ans lorsqu’elle faisait la classe de CE1. Le livre : «Mon cousin Luc» dont elle ne se souvient plus de l’auteur l’a particulièrement marquée du fait de son histoire. Aïssata Ndiom vit quotidiennement avec sa mère, son père vivant à l’étranger. Fille unique du couple, elle dédie son dipôme à sa maman qui l’a épargnée des tâches ménagères pour lui permettre de se concentrer exclusivement sur ses études. Dès que les résultats sont tombés, elle a appelé en premier lieu son papa qu’elle considère comme son «héros» et sa «référence» pour lui annoncer la bonne nouvelle.

Très fier de son élève, le proviseur du Lycée de Dimat n’a pas tari d’éloges à l’endroit d’Aïssata Ndiom. «Aissata Ndiom est une élève qui a fait un parcours honorable depuis le cycle moyen. Elle est une fille très correcte, disciplinée, assidue, travailleuse, très discrète. A l’unanimité, les professeurs s’attendaient à cette performance. Ce n’est pas une surprise pour nous», s’extasie Oumar Thiello qui exprime une grande fierté et une grosse satisfaction pour toutes les populations de la commune de Fanaye et de la communauté éducative de l’Académie de Saint-Louis.

«JE DEVAIS MONTRER QUE LES ÉLÈVES QUI ONT INTÉGRÉ LE LYCÉE DE DIOURBEL NE SONT PAS MEILLEURS QUE MOI»

En voulant se distinguer de ses semblables, la jeune fille a tenté en 2019 le concours d’entrée au Lycée d’Excellence de Diourbel. Elle a aussi tenté sa chance au concours Miss Science. Mais les vieux démons de l’échec sont venus frapper à sa porte. Et elle en a été profondément affectée. «Le fait d’échouer au concours d’entrée au Lycée d’Excellence de Diourbel m’a fait trop de mal».

En effet, elle ne voulait pas faire ses études secondaires au lycée de Dimat. Et pour cause, le Lycée venait juste d’ouvrir ses portes. Il y avait un manque de professeurs. D’ailleurs, se rappelle-t-elle, c’était un professeur du collège qui y dispensait les cours de mathématiques à l’époque. Des échecs successifs qu’elle va désormais transformer en force, puisqu’elle s’est donné l’objectif d’inscrire le nom de son jeune Lycée, qui manque de tout, dans les annales de l’histoire éducative du Sénégal. De ce fait, à partir de l’année suivante, elle a commencé à se familiariser avec ses professeurs. Puis elle s’est donnée à fond. Comme dans une sorte de révélation, elle s’est dit : « Ce lycée, c’est le mien. Et c’est à nous de le faire entrer dans l’histoire de ce pays. Alors, j’ai commencé à beaucoup bosser. J’avais même obtenu une moyenne de 18 au premier semestre».

Pour elle, il s’agit d’un défi personnel de montrer qu’à force de «travail» et «d’abnégation», les autres lycées pouvaient damer le pion à celui de Diourbel. «Je devais montrer que les élèves qui ont intégré le lycée d’Excellence de Diourbel n’étaient pas meilleurs que moi. Malgré la différence des conditions d’apprentissage, j’ai obtenu le bac avec la même mention qu’eux. Alhamdoulilah !», s’exclame-t-elle.

Pour de bonnes conditions d’études, elle a plaidé pour l’équipement de son lycée qui n’est pas encore un centre. «Le lycée de Dimat n’a ni bibliothèque, ni laboratoire et ni salle informatique. En plus, il n’y a pas suffisamment de salles de classe, car la Première L’ de l’année passée ne faisait cours que si une salle était disponible. De la même manière, il n’y a pas assez de professeurs», indique Aïssata Ndiom. Sur la politique d’orientation des filles dans les matières scientifiques, la nouvelle bachelière a demandé la mise à disposition du matériel nécessaire pour les scientifiques, et concrétiser les cours dès le bas âge afin, dit-elle, de faire naître cette passion dans le cœur des enfants.

 

Par Abou SY, L’AS