Le Dr. Ibnou Taimiya Sylla a reçu à Kigali le 19 juin dernier, le prix Africain de développement. Suite à cela, il a accordé un entretien à la presse, dans lequel il exprime la satisfaction et l’honneur qu’il a ressentis quand il a su que le choix était porté lui.

Dans ce débat fructueux, il étale son expertise face aux défis de notre temps qui mettent le continent au devant de la scène économique mondiale. Pour lui, nos états devraient miser sur une diversification des secteurs d’activités génératrices de revenus et sur une revalorisation de la chaîne des valeurs technologiques. Entretien

Bonjour Monsieur Sylla, vous avez été choisi cette année pour recevoir le 19 Juin prochain à Kigali (Rwanda) le Prix africain de Développement. Quelle appréciation faites-vous de cette décision du Jury ?

Je vous remercie d’abord de cette entrevue. Comme vous l’avez mentionné, j’ai été choisi cette année comme l’un des lauréats du Prix PADEV. Je suis très honoré par ce choix du jury de PADEV. À mon avis ce choix du jury a été guidé par deux facteurs fondamentaux : premièrement, notre engagement à doter les pays africains d’un écosystème numérique solide afin de pouvoir bâtir des économies du savoir ; deuxièmement, la mise sur le marché de la marque de Smartphones SUMU que nous avons conçue pour répondre aux besoins spécifiques du marché africain, en termes de performances et de prix. Notre marque vise également à créer un fort sentiment de connectivité dans une région africaine à forte croissance économique.

Avant d’approfondir ces deux facteurs déterminants dans le choix du Jury, pourriez- vous vous présenter en quelques lignes à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

Je suis natif de Koumpentoum (Tambacounda) ; je suis titulaire d’un diplôme d’ingénieur en Telecom de l’École Supérieure des Télécoms de Tunis, d’un Master en Micro-ondes et électronique spatiale de l’école Polytechnique de Montréal, d’un PhD. en Microélectronique de l’école Polytechnique de Montréal et d’un MBA en Finance et Leadership Stratégique de l’Université de Dallas. J’ai passé la totalité de ma carrière à travailler sur des projets Wireless de grande envergure avec des multinationales telles que Philips, Texas instruments, entre autres.

Vous avez mentionné au début de l’entretien votre engagement à promouvoir un écosystème numérique solide en Afrique. Quelle est votre évaluation de notre écosystème numérique au Sénégal ?

Notre écosystème numérique se solidifie de plus en plus. Toutefois, nous aurions pu mieux faire mieux au regard du potentiel dont nous disposons dans ce secteur, aussi bien au Sénégal que dans la diaspora. Tous les analystes s’accordent sur le fait que l’Afrique sera le continent qui va attirer le plus d’investissements étrangers directs dans les années à venir. Il est donc impératif que nous accélérions nos modes opératoires afin de pouvoir profiter de cette nouvelle donne et faire en sorte que notre taux d’investissements étrangers directs dans le secteur puisse atteindre 10% de notre PIB. Ces investissements étrangers directs aideront à créer un effet d’entrainement sur les autres secteurs connexes de notre économie, et par conséquent, la création de centaines de milliers d’emplois de qualité stables pour notre jeunesse.

Si vous aviez un conseil à donner à nos décideurs politiques concernant cet écosystème quel serait ce conseil ?

Deux conseils importants : la première est qu’au Sénégal les startups s’intéressent plus au secteur tertiaire, c’est à -dire les services, plutôt qu’à ceux dits secondaires (industrie) et primaire (agriculture, pêche, élevage), ce qui peut être problématique en cas de chocs exogènes. Donc il serait sage de procéder à une plus grande diversification. Le deuxième conseil est le positionnement sur la chaîne de valeur technologique ; il nous faut identifier une position sur la chaîne de valeur technologique qui offre plus de plus-value, contrairement à la majorité des pays africains qui ont tendance à se positionner sur la portion qui offre le moins de plus-value. Cette identification doit être suivie par la mise en place d’une stratégie cohérente de construction d’écosystèmes adéquats.

Pour revenir aux Smartphones sénégalais de Marque SUMU que vous venez de lancer, quelle est leur spécificité par rapport à ceux déjà présents sur le marché ?

La première particularité de la marque SUMU est qu’elle est conçue pour constituer la base d’une plateforme numérique totalement africaine à prix abordable pour permettre aux Africains de jouer leur pleine partition dans les différents secteurs de l’Internet des objets (IoTs). L’autre aspect des smartphones SUMU est le fait qu’ils tiennent compte des besoins culturels des Africains.

Lire aussi l’article :  A la découverte de SUMU Mobile: le smartphone low-cost 100% sénégalais

Le marché africain de smartphone est aujourd’hui dominé par les fabricants coréens et chinois qui comprennent moins nos habitudes et notre culture pouvant leur permettre de concevoir des produits qui s’adaptent à nos besoins en tant qu’entité démographique. En lançant SUMU, nous offrons aux populations africaines une technologie conçue pour eux et par eux-mêmes.

Etant le dernier venu sur le marché des smartphones, comment comptez-vous gérer le retard accusé par rapport à certains de vos concurrents tels les géants Samsung, Techno et Huawei ?

C’est vrai que nos concurrents nous ont précédés sur le marché. Non seulement ils sont solides financièrement, mais aussi ils évoluent sur le marché du mobile depuis longtemps. Cependant, nous sommes convaincus que la qualité de nos produits, combinée à notre connaissance du terrain, devra nous permettre de capturer une part de ce marché annuel d’au moins 100 millions de smartphones. Les produits SUMU sont développés par une équipe d’ingénieurs expérimentés ayant déjà participé au développement de plusieurs produits utilisés par des géants comme Nokia, Samsung, Bosch, NTT-DoCoMo, NEC, Mitsubishi, Omron, Microsoft et Ali Baba. Certains de ces ingénieurs sont encore actifs dans divers comités techniques de définition de normes de communication sans fil, telles que Wi-Fi, Bluetooth, RFIDet NFC.

Vous avez présentement vos activités de Recherches et Développements localisées à Dallas, au Texas ; pensez-vous les relocaliser à Dakar ?

Absolument ! Pour nous, il est impératif de profiter des ressources humaines de qualité que regorge le Sénégal et l’Afrique. La localisation de la R&D aux États-Unis est due au fait que les ingénieurs concepteurs de SUMU ont tous évolué en Amérique du Nord. Présentement, nous sommes en contact avec les responsables gouvernementaux du Sénégal afin de discuter de la relocalisation de notre centre de R&D à Diamniadio. Nous continuerons cependant à garder nos bureaux de Dallas opérationnels, car notre présence en Amérique du Nord nous permettra de mieux rester au diapason des évolutions technologiques du monde des High Tech, et nous permettra d’anticiper sur les nouvelles tendances. Nous pourrons également nouer des alliances nécessaires avec d’autres grandes firmes de renommée mondiale afin de pouvoir offrir à nos consommateurs l’accès aux technologies de pointe.

Le mot de la fin a l’attention de nos lecteurs ?

Je tiens à remercier l’ensemble du Jury de prix PADEV. En nous choisissant comme lauréat, ils nous ont donné encore plus de courage pour continuer à œuvrer afin que le continent puisse parachever son bond technologique et par ailleurs bâtir des économies basées sur le savoir. SUMU s’inscrit dans cette stratégie d’expansion à l’échelle du continent. Il est le fruit d’une ambition, celle de contribuer à valoriser le savoir-faire sénégalais et africain dans le domaine du numérique tout en aidant à organiser un transfert de technologie structuré vers nos pays. Merci de nous avoir accordé cet entretien et toutes nos félicitations pour ce prix bien mérité. Avec La rédaction de senenet

COMMENTAIRES

Je donne mon avis sur le sujet