«  Confiance en soi ». C’est le maître-mot inscrit sur toutes les portes en verre des bureaux du 23e étage de la tour Greenland, à Shanghai. C’est d’ici que Colin Zheng Huang, 40 ans, dirige la dizaine d’entreprises, principalement des applications et sites Internet, qu’il a créées. Ce milliardaire chinois est le nouveau pape de l’Internet chinois depuis quelques années. Le Financial Times, relayé par Courrier international, a mené l’enquête sur le véritable empire qu’il a su monter et exporter dans le monde entier.

Une entreprise en particulier a fait le succès de Colin Huang : l’application Pinduoduo, qui a vu la valeur de son action prendre 261 % depuis janvier 2020. Ce site de commerce en ligne créé en 2015, et désormais valorisé à plus de 140 milliards d’euros, est peu connu en Europe, mais fait un carton en Asie. Il permet à quelque 630 millions de clients d’effectuer des achats groupés et à bas prix sur leur smartphone. À l’échelle mondiale, Pinduoduo est la troisième plateforme de ce type derrière Alibaba.com et JD. com.

Recours à des prête-noms

Comme la plupart des entreprises de Colin Huang, le site de commerce s’est d’abord présenté devant les investisseurs comme une société fondée par lui ou du moins liée à lui par le biais d’autres sociétés, souligne le Financial Times. Mais le milliardaire a fréquemment recours à des prête-noms. Ainsi, sur les documents enregistrés auprès des autorités de régulation chinoises, ce sont d’ailleurs ces noms-là qui figurent et pas le sien. La pratique est courante en Chine : elle permet aux riches entrepreneurs de céder leurs parts d’entreprises à des amis ou à des proches pour limiter leurs risques et ne pas trop attirer l’attention sur leurs activités.

LIRE AUSSI  Réseaux sociaux : la friction est-elle l’avenir de la modération ?

Dans le cas de Pinduoduo, Colin Huang a, par exemple, cédé ses parts à Chen Lei, ancien camarade de l’université du Wisconsin et directeur général de l’entreprise, dès l’entrée en Bourse de la société en 2018. Parmi les autres prête-noms, le Financial Times a débusqué une femme de 69 ans, originaire d’une région rurale de la Chine, et qui détient pas moins de 90 % de plusieurs entreprises créées par Colin Huang.

Un homme secret

Le milliardaire aime en tout cas cultiver le mystère autour de sa vie. Les médias chinois le décrivent comme un homme secret et ne savent même pas s’il est marié. Cette confidentialité s’étend d’ailleurs à ses entreprises, puisqu’au sein de Pinduoduo, ses employés s’appellent? par des surnoms. Né à Hangzhou de parents ouvriers en usine, Colin Huang a effectué des études d’informatique en Chine, avant de partir aux États-Unis en 2022. Il a ensuite travaillé pour Google, puis s’est mis à son compte « pour faire de l’argent » et « pour être un peu plus cool », relaie le Financial Times.

Après avoir vendu ses actions Google, Colin Huang lance Ouku, un site de produits électroniques qu’il cède ensuite en 2010 pour 2,2 millions de dollars. Dans la foulée, il monte Leqee, qui a aidé de grandes enseignes à créer leurs boutiques sur les deux principales plateformes chinoises de commerce en ligne Alibaba et JD. com. Devenu une sorte de holding, Leqee dévoile deux ans plus tard un nouveau projet, Lebbay, outil de création de sites d’e-commerce. Son dernier bébé, Pinduoduo, est initié en 2015.

LIRE AUSSI  Virage numérique ( Par Abdou Diaw)

Par Lepoint