C’est une première! Il est jeune, il est un produit de l’école sénégalaise. Mbougar Sarr vient de remporter le prestigieux Prix dans la littérature. Un âge précoce pour un lauréat du Goncourt.

Le romancier de 31 ans qui était le grand favori de la plus prestigieuse récompense littéraire française, vient d’être le premier Sénégalais à remporter ce Prix.

Mohamed Mbougar Sarr, qui était également dans la première liste du Renaudot et finaliste du Médicis en 2021, mais aussi du prix des Inrocks et du Grand prix du roman de l’Académie française, concourt, ce mercredi, avec son dernier roman (le quatrième), La plus secrète mémoire des hommes. Un texte paru aux éditions Philippe Rey, au mois d’août 2021.

Brouiller fiction et vérité

Son histoire, c’est celle d’un certain Diégane Latyr Faye, un jeune écrivain sénégalais installé à Paris qui, bouleversé par la découverte d’un livre paru en 1938, décide d’enquêter sur le récit qui se cache derrière ce roman. Une quête qui va l’emmener sur les traces de son auteur, T.C. Elimane, au Sénégal, en Argentine, à Amsterdam et à Paris.

Mémoire de la colonisation, de la Première Guerre mondiale, de la Shoah… En creusant l’histoire du mystérieux auteur, inspiré de l’écrivain Yambo Ouologuem (prix Renaudot de 1968), le récit de Mohamed Mbougar Sarr revisite les liens entre fiction et vérité. “C’est cette confusion entre le vraisemblable et ce qui relève de l’invention qui me semble intéressante. Car entre les deux il y a un espace: l’espace de la révélation”, souffle le romancier au micro de France Culture.

Soucieux d’apporter une alternative aux oppositions souvent faites entre les continents européen et africain, il dit vouloir créer un troisième territoire, entre deux eaux, qui serait un territoire poétique. “C’est là qu’on se réconcilie d’abord”, estime-t-il.

Un premier livre à 24 ans

Mohamed Mbougar Sarr est l’aîné d’une famille de sept garçons, avec qui il a grandi à Diourbel, à 150 kilomètres de Dakar. Né d’un père médecin et d’une mère au foyer, il a été éduqué dans un milieu favorisé qui l’a d’abord orienté vers des études militaires, avant d’arriver sur le territoire français pour démarrer une classe préparatoire dans l’Oise. Depuis son entrée à l’EHESS, il n’a pas arrêté d’écrire, la fiction l’emportant désormais sur une thèse qu’il n’arrive pas à finir.

“Symbolique” et ”évidente”, pour reprendre les mots de certains, la remise du prix Goncourt à Mohamed Mbougar Sarr, qui agite le milieu littéraire depuis ses 24 ans avec Terre ceinte, pourrait peser sur la moyenne d’âge des lauréats. Cela ferait de lui le vainqueur le plus précoce depuis 1976, date à laquelle Patrick Grainville a été récompensé pour son roman Les Flamboyants. L’écrivain normand était alors âgé de 29 ans. Il est le seul vainqueur de moins de 30 ans avoir remporté le Goncourt dans la seconde moitié du XXe siècle.

Comme le soulignait Le Monde, dans un article publié au moment de la consécration de Leïla Slimani pour Chanson douce, l’âge moyen pour être primé était de 41,8 ans en 2016. Avant l’autrice (34 ans à l’époque), il fallait remonter à 2004 pour trouver un lauréat plus jeune avec Laurent Gaudé, âgé de 32 ans lors de son sacre en 2004 pour Le Soleil des Scorta.

La Seconde Guerre mondiale, un tournant

D’après le club de lecture Booknode, selon lequel la moyenne d’âge des vainqueurs monte d’année en année, la situation n’a pas toujours été ainsi. Lors de ses premières éditions, le prix récompensait volontiers des personnes de moins de 30 ans. Ce fut par exemple le cas d’Adrien Betrand qui, en 1914, n’avait que 26 ans. La tendance aux vainqueurs de plus en plus âgés s’est opérée au tournant de la Seconde Guerre mondiale.

Même si les cas sont de plus en plus rares aujourd’hui, les trentenaires sont au nombre de 40 dans la liste des lauréats. Ils se font progressivement rattraper par les quadragénaires, 40 également. À titre de comparaison, Hervé Le Tellier et Jean-Paul Dubois, respectivement Goncourt 2020 et 2019, avaient 63 et 69 ans lorsqu’ils ont reçu le prix.

“Honoré” et “très touché” par ses nominations, Mohamed Mbougar Sarr dit, lui, avoir “toujours regardé ça d’un peu loin”. La remise du Goncourt à La plus secrète mémoire des hommes pourrait toutefois permettre de renouer avec une tradition passée de l’institution.

Avec huffingtonpost