jeudi, septembre 29, 2022

Parcours de formation- Si le Sénégal accordait une grande importance au secteur industriel

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La science a atteint des avancées spectaculaires au cours des deux derniers siècles et les pays les plus développés rivalisent aujourd’hui dans les inventions scientifiques et technologiques. De la physique quantique à l’intelligence artificielle, tous les domaines d’activité de la vie quotidienne sont imprégnés de ces progrès qui ont énormément facilité nos vies. Les limites du savoir sont constamment repoussées dans tous les domaines et les pays occidentaux et asiatiques sont très souvent à des années-lumière en avance sur le continent africain dans les découvertes scientifiques. Dans son célébrissime message adressé à la jeunesse nigérienne et africaine, l’illustre Cheikh Anta Diop insistait sur la nécessité absolue de passer par la science et la recherche scientifique pour reprendre notre patrimoine culture. « Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents… » prophétisait-il.

 

Inutile antagonisme des disciplines

Lorsqu’on parle des limites du système scolaire et universitaire sénégalais, il est courant d’entendre des critiques formulées envers la pléthore d’étudiants inscrits à la Faculté des Lettres et Sciences humaines. Au niveau de l’enseignement secondaire général, les parcours scolaires qui mèneront plus tard à ces études universitaires, jugées moins prometteuses, essuient également de sévères dénigrements. En toile de fond, une profonde et inutile opposition est entretenue entre les élèves engagés dans des voies plus littéraires et ceux qui se destinent dans des profils plus scientifiques. C’est un biais cognitif qu’il convient toutefois de combattre dans un pays qui a encore de grands efforts à fournir dans l’augmentation du nombre d’élèves de 16 à 20 ans qui fréquentent les lycées.

Dans le dernier rapport national disponible (2018) sur l’éducation produit par le ministère de l’Éducation nationale, on estimait à 1 002 190 d’individus la population scolarisable au secondaire. Pour une population nationale globale de presque 17 millions dont plus de la moitié ont moins de 20 ans (ANSD, 2018), il apparaît clairement qu’une bonne partie de cette frange de la jeunesse se trouve ailleurs que dans les établissements scolaires. L’accessibilité à une éducation de masse et de qualité, quelle que soit la banche choisie par le jeune, demeure donc l’un des plus grands défis à relever en matière éducative au Sénégal. Un débat sur la prééminence de certains choix scolaires par rapport à d’autres demeure subsidiaire, car une société en développement économique a besoin de tous ses citoyens bien formés dans tous les domaines. Par exemple, une école moderne et performante, prototype d’une société, a autant besoin d’enseignants que de professionnels non enseignants (psychologue, psychoéducateur, technicien en éducation spécialisée, infirmiers, orthophoniste, orthopédagogue, etc.). Des métiers qui se forment dans les départements de sciences humaines.

Le rôle central des Social Scientist n’est plus à démontrer dans les grandes entreprises. La sociologie, la psychologie et l’anthropologie mènent un travail sur l’humain. Ainsi, les grandes firmes comme Amazon, Google, IBM, etc. cherchent constamment à mieux comprendre le consommateur dans ses comportements, ses opinions et ses attentes afin d’y répondre de façon adéquate. La Silicon Valley engage depuis longtemps des sociologues dans ses départements de Recherche et Développement. C’est donc dire que dans le monde d’aujourd’hui, la séparation est quasiment mince entre les disciplines ; ce qui est davantage important c’est d’avoir un système d’enseignement et de formation de qualité qui produit des diplômés avec des compétences transversales. Cela n’empêche pas tout de même la spécialisation dans des domaines précis qui demandent des qualifications spécifiques et pointues. Toutefois, cela ne saurait suffire sans le développement de compétences dites du 21e siècle telles que la communication, la collaboration, la pensée critique, la créativité et l’innovation. Les systèmes éducatifs adaptés aux besoins du marché y préparent leur jeunesse.

Parcours professionnels et conditions minimales

Dans la conception populaire, la formation technique et professionnelle est perçue comme une panacée dans le discours politique. Il ne faut pas toutefois oublier que cette avenue académique, pour être efficiente, doit d’abord correspondre aux besoins et intérêts de l’élève. D’ailleurs, dans les pays qui en comprennent réellement les enjeux, le choix du parcours professionnel et technique est offert très tôt à l’élève dès le premier cycle de l’enseignement moyen. Il s’agit d’un profil destiné aux élèves qui éprouvent de grandes difficultés académiques dans les matières de base. C’est donc un parcours de formation axée sur l’emploi qui permet à l’élève, en plus de consolider la maîtrise de certains apprentissages, de pouvoir effectuer des stages en milieu d’emploi dans des métiers semi-spécialisés qui ne nécessitent pas de grandes capacités intellectuelles. De même, au niveau de l’enseignement secondaire, contrairement à l’enseignement général préuniversitaire, le volet de l’enseignement professionnel et technique permet de combler les besoins en main-d’œuvre des industries. Il prépare les élèves qui s’y engagent à intégrer le marché de l’emploi dès l’obtention de leur diplôme après 2 à 3 ans d’alternance d’études et de séjour en milieu professionnel.

Néanmoins, dans le cas du Sénégal, la promotion de ce parcours verrait toute son importance si et seulement si le pays accordait une grande importance au secteur industriel afin, d’une part, de donner une réelle signification aux apprentissages et, d’autre part, d’absorber rapidement les besoins en emploi des nouveaux diplômés. C’est pour cette raison également que le modèle économique du président Ousmane Sonko basé sur l’industrialisation prend tout son sens.

Dans la foulée de la mondialisation la Chine l’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie, Philippines, etc.) sont devenus les usines du monde, offrant aux grandes entreprises internationales délocalisées sur leur sol une main-d’œuvre certes bon marché, mais surtout qualifiée. Un environnement des affaires favorables, au-delà de la réduction des réglementations contraignantes et la création d’institutions juridiques, c’est avant tout la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée.

Lamine Niang est gestionnaire scolaire.